Le phénomène oppressant du Boy toy
Par : Réal Ménard, député Bloquiste d’Hochelaga-Maisonneuve
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Fidèle à une tradition de plus en plus établie, le premier dimanche du mois d’août verra se déployer la fête de la fierté gaie. Pour l’occasion, plusieurs centaines de milliers de personnes vont envahir le village gai, y faisant la fête, y installant un véritable carnaval avec ce que cela suppose de tabous, de transgressions, d’interdits et de rassemblements.
Je suis de ceux qui pensent que cet exercice est extrêmement salutaire. Il nous permet de réaliser qu’il existe une communauté gaie. À l’évidence, cette communauté n’est pas monolithique, elle est traversée par des courants divergents, voire contradictoires. Elle existe cependant. Plus grave encore, en son sein, un modèle s’est imposé, le modèle du boy toy ou si vous voulez, de l’homme musclé.
Il est intéressant de constater que parallèlement à des avancées institutionnelles importantes qui vont dans le sens du droit à l’égalité, la communauté gaie, du moins un segment important des gens qui la composent, a valorisé des modèles, des héros, des comportements, des mentalités qui sont porteurs d’auto-exclusion. Bref, les gais et lesbiennes sont probablement le mouvement social qui a le plus bénéficié des différentes chartes et de l’activisme judiciaire qui s’y rattache. En contrepartie, rarement aura-t-on vu un groupe social aussi enclin à la discrimination, à l’exclusion et à la stigmatisation et ce, je le répète, toujours selon un code de comportements qui se vit à l’intérieur de la communauté gaie par ceux-là mêmes qui lui donnent vie. Voyons cela de plus près.
En février dernier, le Parlement fédéral a reconnu les conjoints de même sexe. Après une décennie de contestation judiciaire, le geste n’était pas prématuré. Pourtant, en adoptant la Loi visant à moderniser le régime d’avantages et d’obligations dans les lois du Canada, Ottawa a clos une période dans l’histoire du mouvement gai. Cette période, c’est celle où le droit à l’égalité a été au centre des revendications de cette communauté. Rappelons qu’entre 1986 et 1996, on recense 24 causes relatives à l’orientation sexuelle portées devant les tribunaux canadiens en vertu de l’article 15 de la Charte canadienne.
En vertu de ces contestations, il en découlera l’inscription dans la Charte canadienne de l’orientation sexuelle comme motif interdit de discrimination (l’arrêt Egan), l’ajout à la Loi canadienne des droits de la personne de l’orientation sexuelle, le renforcement des dispositions du Code criminel qui reconnaissent comme circonstance aggravante les sévices faits aux gais (article 718.2), l’invalidation de la loi de l’impôt fédéral parce que ne reconnaissant pas aux gais la rente de conjoint survivant (arrêt Rosenberg) et la reconnaissance à Québec et à Ottawa des conjoints de même sexe.
L’ensemble de ces acquis juridiques a tissé la plate-forme de revendications d’une génération de militants gais. Si on y ajoute la problématique de la violence faite aux gais, à propos de laquelle la Commission des droits de la personne du Québec mènera de vastes consultations, on comprend que le cumul de ces revendications embrasse un nombre impressionnant de sujets : les libertés civiles, le droits de la famille, le respect au travail, le droit au logement, à la santé, aux services sociaux, etc.
Dans les prochaines années, il est à prévoir que les revendications de la communauté gaie seront moins juridiques, moins institutionnelles. Il y a fort à parier que cette communauté devra se regarder davantage de l’intérieur, se préoccuper de manière plus marquée des relations intergénérationnelles, de la mise en place de véritables lieux de rencontre, en somme, autant de considérations liées à l’écologie humaine.
Or, ces préoccupations, autant dictées par la sociologie que par la démographie, sont incompatibles avec le modèle gai dominant tel qu’il s’est imposé depuis quelques années.
Quel est-il ce modèle? C’est celui du boy toy, de l’homme musclé pour lequel l’apparence physique est sacrée et élevée au rang de culte. À telle enseigne que le corps est sculpté, épilé, tatoué, parfumé, enveloppé avec une précision et un zèle infinis qui n’ont rien à voir avec le hasard et la spontanéité.
Les méga-événements, les partys, les vidéos, les couvertures de magazines, la publicité, les messages forment une chaîne idéologique solide où tous les maillons constituants sont autant de supports qui n’en finissent plus de magnifier le corps tout en muscles.
Il est pour le moins étrange qu’une communauté qui n’a eu de cesse, par le truchement de ses leaders, d’appeler de tous ses vœux la diversité ait aussi facilement cédé à des pressions aussi persistantes que soutenues en faveur de l’homogénéisation.
Il suffit de se retrouver au Sky Pub ou au Unity un samedi soir pour voir ce modèle du boy toy dans toute sa splendeur : sans nuances, sans variation, des milliers d’hommes avec la fougue d’un corps body-buildé, gonflant leurs muscles, poitrines saillantes, torses épilés, bras mensurés. Voilà autant d’exhibitions qui couronnent le triomphe d’un modèle phallocratique où l’homme gai a dompté sa pilosité et immortalisé sa jeunesse... du moins, le temps d’un samedi soir...
Ce modèle serait sans doute attachant s’il n’avait pas un revers aussi navrant : l’exclusion. Demandons à l’homme gai moyen de 50 ans, ventripotent, au crâne dégarni, ce qu’il pense de ce modèle...
Une communauté a-t-elle vraiment réalisé le droit à l’égalité lorsqu’elle place au centre de son savoir-être le culte du corps, ce culte qui occasionne un clivage tel qu’être gai et avoir plus de 40 ans, c’est presque invariablement s’exposer, aux yeux des ses pairs, à un rejet en raison de l’âge, à une mise au rancard pour cause de vieillissement?
Il suffit de bien peu pour que ce modèle s’estompe et, elles aussi, la détresse et la souffrance qui lui sont liées. D’abord, se dire que les gais ne seront pas différents de l’ensemble de la société québécoise. C’est-à-dire qu’être jeune est un défaut dont on se corrige un peu chaque jour... Et beaucoup de gais se corrigeront de ce défaut en même temps.
De plus, il faut travailler à se donner de véritables lieux de rencontre, des lieux qui soient propices à la découverte des uns et des autres sans l’artifice de la musique, de l’alcool et des rôles qu’imposent les bars conventionnels.
Traditionnellement, la communauté gaie a eu le sens de la fête, et cette joie de vivre lui a valu une réputation fort méritée d’intensité et d’attachement à la vie que l’épisode du sida n’a en rien édulcoré.
Regardons les garndes stars que les gais ont élues dans leur cœur : Bette Midler, Donna Summer, Dalida, Judy Garland, Gloria Gaynor, Céline Dion, Diane Dufresne. Le palmarès est trop saisissant; il nous rappelle combien l’amour et la tendresse sont une quête bien présente dans la vie de bon nombre de gais et lesbiennes. Le défi est de ne pas nous laisser divertir par une mode qui nous éloignerait de l’essentiel. L’essentiel, c’est l’amour, la réussite de la conjugalité, dusse-t-elle être différente du modèle traditionnel...
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