Ils sont nés il y a 25 ans... ou moins
Par : Denis-Daniel Boullé [29-04-2009]
Julien, 18 ans |
Quand ils sont nés, Fugues venait de paraître ou existait déjà depuis quelques années. Ils sont devenus majeurs au moment où le Québec reconnaissait les conjoints de même sexe ou lorsque le Canada a autorisé le mariage pour les couples de même sexe. Ils sont à l’aise avec leur orientation sexuelle et, s’ils ont subi des railleries et des insultes au secondaire, cela ne semble pas avoir laissé de séquelles importantes. La raison ? Ils ont trouvé dans leur entourage : la famille et les amis, le soutien qui leur a permis de s’assumer très rapidement. Ils ne revendiquent pas le titre de militants, mais sont conscientisés et attentifs à ce qui se passe dans les communautés LGBTT. Rencontre avec la génération HP, celle qui vit rapidement hors du placard.
Pour Alexandro, jeune Français de 22 ans en stage à Montréal depuis un mois, le sentiment d’ouverture des Québécois face à l’homosexualité est très grand. Une perception que partagent Gabrielle, 25 ans, originaire de Québec, Jean-Michel, 22 ans qui a grandi à Gatineau, Sasha, une Montréalaise dont les parents sont originaires du Liban, et Thang, dont la famille a immigré au Québec quand il avait 2 ans.?Perception à laquelle ils apportent tous un bémol : on se sent plus libre d’être soi-même dans les grands centres urbains. Pour eux, Montréal reste le meilleur endroit pour vivre. «Même à Québec, le regard que l’on porte sur les gais et les lesbiennes est souvent encore marqué par la surprise», raconte Gabrielle. Ailleurs, que ce soit le Liban pour Sasha, l’Asie en général pour Thang ou même certains États américains selon Pierre-Luc, «c’est encore plus fermé quand ce n’est pas carrément hostile». Gabrielle, qui est allée visiter une amie à Sydney en Nouvelle-Écosse, se souvient du regard posé sur sa blonde et elle dans les épiceries : «J’avais le sentiment d’être un monstre. On sentait que les gens n’avaient pas l’habitude de voir des lesbiennes. Je n’avais qu’une envie : retourner dans mon quartier à Montréal.»
Même si le regard des autres continue de les déranger quand ils retournent dans leur région d’origine, ce n’est jamais au point de se cacher. Pour eux, c’est le problème des autres, plus le leur. Comme le résume Julien, 18 ans : «Je ne cherche pas à me surafficher, mais en même temps, je ne cherche pas à cacher ce que je suis.»
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| Gabrielle, 25 ans |
Autre point commun que partagent ces jeunes, c’est l’âge (durant l’adolescence) auquel ils ont pris conscience de leur homosexualité et la rapidité avec laquelle ils l’ont dit à leur famille, leurs amis puis leur entourage. «Je pense que je l’ai toujours su», se souvient Jean-Michel. «Et quand j’ai su comment on appelait cela, j’ai tout de suite compris que j’étais gai. Je n’avais jamais regardé les filles, seulement les garçons. J’avais entre 14 et 15 ans quand je m’en suis rendu compte et je l’ai dit à l’âge de 16 ans, d’abord à ma sœur, puis à mes amis et enfin à ma famille. Lors de ma dernière année de secondaire, tout le collège le savait.»
Tout comme pour Jean-Michel, le soutien de la famille et de l’entourage a été précieux pour Julien : «À 14 ans je me sentais prêt à le dire, d’abord à ma mère puis à la famille, en l’espace de quelques mois, même ceux que cela avait contrarié ou choqué, ont accepté. J’ai été très chanceux.»
Thang, quant à lui, a attendu le décès de sa grand-mère qui habitait avec sa mère, sa soeur et lui, pour l’anoncer d’abord à sa soeur et puis à sa mère.?Cette dernière, qui travaille dans un hôpital, avait plusieurs collègues gais et a «relativement bien pris la nouvelle.?Quant à mon père, que je vois peu, il le sait, mais c’est un sujet qu’on n’aborde pas ensemble.»
Pour Alexandro, qui vient d’une famille d’ori-gine grecque et chypriote, le dire a été plus difficile. «Encore aujourd’hui, ma mère pense que c’est une passade, que je vais un jour m’intéresser aux filles, mais on n’en parle pas dans ma famille. Et quand j’avais un copain, j’utilisais un prénom féminin pour parler de lui.» Benoît, 25 ans, né et élevé à Terrebonne, a lui aussi pris conscience très jeune de son attirance pour les gar-çons sans que cela ne représente un traumatisme. Le fait que sa famille et ses amis l’acceptent a joué sur son estime personnelle. «J’avais 11 ans quand je me suis rendu compte que j’étais attiré par les garçons; 15 ans quand je l’ai dit à des amis proches; 16 ans à ma famille. Cela s’est fait naturellement. C’est même ma mère qui m’a posé un jour la question et je n’ai eu aucun problème avec le reste de la famille.»
La prise de conscience a été différente pour Gabrielle. Elle ne se reconnaissait pas dans les filles de son âge. «Je n’aimais pas la pression au collège pour avoir des relations sexuelles avec des garçons, même si, à l’époque, j’ai eu un chum. Je pense qu’inconsciemment je savais que j’étais lesbienne. Mais c’est quand je suis tombé amoureuse d’une fille que j’en ai pris réellement conscience.» C’est de façon plus directe qu’Alexandro a découvert son attirance pour les garçons. «J’avais 14 ans et, avec mon meilleur ami, nous nous masturbions mutuellement. Au début, cela m’a intrigué, puis cela m’a plu». Comme plusieurs gars, Alexandro a essayé avec des filles, pour peser le «pour» et le «contre», pour voir, mais aussi à cause de la pression sociale pour correspondre à ce que l’on attendait d’un gars.
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| Alexandro, 22 ans |
Pour Sasha, dont une tante vit depuis plus de vingt ans avec une autre femme, «le terrain avait été préparé». C’est ainsi que, bien que la nouvelle que leur fille était lesbienne n’ait pas été accueillie par une fête, les parents de Sasha savaient que cela n’était pas la fin du monde et que leur fille resterait encore leur fille. «Ma mère a curieusement eu plus de difficulté que mon père à l’accepter. Sans doute à cause de son réseau d’amis, composé principalement d’immigrés libanais, dont l’identité islamique est très forte», ce qui n’est pas le cas de mes parents. «Mais entre nous, il n’y a plus aucun malaise, et ma mère n’a jamais essayé de me matcher avec des hommes», ce qu’elle apprécie. «Ma tante a très certainement été un modèle pour moi, même si je ne la vois pas très souvent. Je l’ai toujours connue, avec la femme qui partage sa vie. C’était donc une possibilité : être lesbienne, heureuse et ne pas vivre coupée de sa famille.» Sasha concède que cela n’est vrai que pour la portion de la famille qui réside hors-Liban. Pour ceux qui sont encore là-bas, cette tante n’existe tout simplement pas et, d’ailleurs, ils ignorent encore pour Sacha.
Même si l’approbation des proches est importante, comme pour les générations précédentes, les modèles sont tout de même assez rares. On se retrouve seul face à une différence que l’on doit assumer. «Il n’y avait aucun gai ou aucune lesbienne dans ma famille — même si j’ai des doutes pour certains (rires) —, ni parmi les amis de mes parents», avance Jean-Michel. Plus dur est le témoignage de Gabrielle : «Ouvertement, il n’y en avait aucun. Mais une personne de mon entourage est morte d’une pancréatite l’année dernière, à 56 ans, et n’avait jamais assumé son homosexualité. Cette souffrance a sûrement été l’origine de sa dépendance à l’alcool et aux drogues, dont elle est morte, c’était comme un lent suicide.» Toutefois, l’absence de modèles n’a pas nui à la construction de leur identité ni dans leur processus d’acceptation. «Je n’avais pas de modèles ni dans ma famille, ni parmi mes amis, mais je ne sais pas si j’en avais réellement besoin, car je ne me sens pas différent des autres si ce n’est de mon orientation sexuelle», explique Julien. Pour contourner cette absence de modèle, Julien se servira de l’Internet et des groupes de rencontre. Pas pour des raisons sexuelles, mais pour discuter avec ses pairs. «J’ai rencontré beaucoup de gars comme cela avec qui j’ai discuté et qui m’ont, d’une certaine façon, aidé à m’assumer. Ils étaient d’âges différents et certains sont devenus depuis des amis.» Mais encore faut-il faire la démarche d’aller vers les siens, ce qui demande une certaine forme de courage.
Internet est, bien entendu, un moyen pour s’informer et aussi pour faire des rencontres, y compris pour les jeunes d’aujourd’hui,. Et après avoir apprivoisé le médium et les codes d’utilisation des sites gais, nos jeunes sont devenus des experts. Ils en comprennent parfaitement les bienfaits mais aussi les limites. Ses premiers contacts avec d’autres gais comme lui, Pierre-Luc les a faits via Internet, alors qu’il avait 16 ans. Ils étaient plus virtuels que réels. «Je suis d’abord allé sur des sites de rencontres sexuelles, mais je n’étais visiblement pas prêt à rencontrer.?Je trouvais que tout allait trop vite et je ne comprenais pas les codes. Mais j’ai rencontré là, sur des chats, bien des gars qui sont devenus des «amis», des connaissances. Plus tard, j’ai fait des rencontres en personne. L’Internet a également été une source d’information sur les films, la musique, les événements gais, via les recherches scolaires. Fugues, je l’ai d’abord connu sur le net en faisant un travail scolaire. Et j’ignorais que c’était aussi un magazine, jusqu’au jour où j’ai vu des exemplaires au Archambault à Laval, deux ans plus tard.»
«Internet, c’est un bon moyen de rencontrer des gars, surtout quand tu vis en région. À Gatineau je n’avais pas vraiment d’autres moyens», raconte Jean-Michel. Mais il remarque un changement par rapport à ce qu’ont vécu ses aînés. «Je pense que c’est aujourd’hui LE moyen pour cruiser. On va sortir dans les bars ou les discothèques avec des amis, mais pas tant pour rencontrer.» Avis partagé par Pierre-Luc et Alexandro. «Il y a deux catégories de personnes sur Internet. Celles qui recherchent des relations sexuelles et celles qui veulent échanger, pour connaître d’autres gais, et c’est bien parce que, dans les bars, soit on est avec des amis, soit ce n’est pas vraiment le lieu pour parler.» Cependant, tous en connaissent les limites. «Plus je vieillis, plus je me sers d’internet pour rencontrer des amis, comme avec Facebook, et moins pour des rencontres purement sexuelles. Je me suis servi d’internet, très jeune et cela ne me fascine plus comme avant», avance Benoît.
Mais ce serait spécifiquement masculin, les deux lesbiennes du groupe ont un autre rapport avec internet. Gabrielle ne l’utilise d’ailleurs pas pour rencontrer ou échanger avec d’autres lesbiennes. Tant Sasha que Gabrielle regrettent qu’il y ait si peu de lieux de rencontre sur le web qui s’adressent spécifiquement aux filles. Mais Gabrielle va plus loin, elle regrette que les lesbiennes soient «si invisibles dans les médias et même comme personnages de films ou de téléromans».?Et internet n’apparaît pas comme une solution à leur manque de présence ouverte dans la société. Selon elle, cela serait d’une grande aide pour les jeunes lesbiennes. «Ce qui a été le plus difficile pour moi, c’est le manque de modèle positif. On vit dans un monde hétérosexuel, et même à la télé ou au cinéma, il y a peu de lesbiennes, en tout cas moins que les gais», regrette Gabrielle. «Je me rappelle quelques films où il y en avait, mais elles avaient un destin tragique, elles se suicidaient ou se faisaient tuer.?C’était déprimant. Ce n’est qu’en arrivant à Montréal que j’ai découvert la série L World et j’ai adoré. Enfin des femmes qui ont des vies normales, qui ne sont pas des caricatures ou encore qui ne finissent pas de manière tragique.»
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| Benoit, 25 ans |
Même si le manque de modèles n’a pas trop pertubé les gars, tous s’entendent sur le fait qu’on ne parle pas assez d’homosexualité dans les écoles et que les préjugés ont encore la vie dure. Jean-Michel ne garde pas un bon souvenir de son passage au collège. «Je l’ai dit à une personne de confiance à l’époque et le lendemain tout le collège le savait. Et je me suis vraiment fait écœurer, même pendant les cours, et ce qui me frustrait le plus, c’est que les professeurs laissaient faire, faisaient comme s’ils n’avaient rien vu, rien entendu. C’était carrément de l’intimidation.» Le passage à l’université et le déménagement vers une grande ville semblent la solution, car pour tous, c’est la fin des moqueries.
Contrairement aux plus anciens, souvent marqués à vie par les injures homophobes, les jeunes semblent toutefois avoir su rapidement comment prendre le dessus et mettre à distance ces comportements. «Quand, au collège, j’étais la cible de réflexions, je me disais que c’étaient eux qui avaient un problème», se souvient Alexandro. «Bien sûr, à l’époque, je ne m’assumais pas, et c’était très dur, cette marginalisation. Je pense que j’en suis sorti grandi, et que c’étaient eux qui étaient dans l’erreur. Une erreur que certains comprennent d’ailleurs, comme le souligne Jean-Michel, qui a été invité récemment dans un party à Gatineau où il a retrouvé d’anciens élèves qui s’étaient moqués de lui. «Certains sont venus me parler et se sont dits désolés pour ce qu’ils avaient fait.?C’était super! D’une certaine manière, je peux comprendre que lorsque tu es ado, tu sois un peu con (rires!) et que tu sois ailleurs dans ta tête. On espère qu’ils comprendront un jour, c’est tout.» Benoît ne l’a pas dit au cours de son secondaire et il se demande si c’était une bonne chose. «Si tu caches ce que tu es, je pense que tu peux devenir plus facilement une victime. Si tu le dis, il y a encore des blagues, mais je crois que les garçons sont plus tolérants qu’on le pense.»
PIerre-Luc, qui a le physique d’un sportif, est tombé amoureux d’un ami d’enfance avec qui il jouait au hockey. «On se connait depuis la maternelle, ce ne fut donc pas un coup de foudre. Mais disons qu’à l’adolescence, les hormones aidant, je n’arrêtais pas de penser à lui, de fantasmer, de le voir prendre sa douche (rires). Ça devait paraître dans mon regard, car un soir, alors que nous étions seuls, il m’a dit avec beaucoup de doigté qu’il aimait beaucoup être mon ami, mais qu’il ne pensait pas qu’il pourrait être ce que je voulais qu’il soit. Sur le coup, ça m’a refroidi, mais il est resté un très bon ami et est même devenu mon confident. Et c’est lui qui m’a présenté mon premier chum.» Tous les gars de l’école avec qui Pierre-Luc pratiquait des sports n’étaient pas tous aussi ouverts et il ne compte plus les fois où il a entendu des blagues, des insultes ou des sous-entendus désobligeants dans les vestiaires ou près des casiers. «Heureusement, ça n’a pas duré, et après le choc de l’annonce, les gars ont bien vu que j’étais l’ami ou l’équipier qu’ils connaissaient depuis longtemps.»
Julien n’a pas connu de brimades. Étudiant dans un collège à vocation internationale, la clientèle «choisie» paraissait plus ouverte sur la diversité. «Comme nous avions un programme international, j’avais fait une recherche sur la discrimination face aux gais et aux lesbiennes dans le monde. J’ai donc tout de suite été sensibilisé à la discrimination.» Mais, là aussi, cela relève d’une démarche personnelle.
La discrimination à l’école, c’est, entre autres, la raison qui a poussé Gabrielle à suivre la formation du GRIS et à devenir aujourd’hui intervenante pour cet organisme. «Quand j’avais 15 ans, j’aurais aimé qu’un groupe comme le GRIS vienne nous donner de l’information dans mon collège. J’aurais eu une autre image des femmes homosexuelles. Il était toujours question de «truckeuses», de femmes qui ne font pas attention à leur physique. Même aujourd’hui, dans mon travail, mes collègues le savent, et je n’ai aucun problème, mais ils ont encore beaucoup de clichés sur les lesbiennes et les gais, clichés qui sont entretenus par les médias, par exemple quand ceux-ci montrent des images de la parade.»
En fait, assumer ouvertement son homosexualité reste encore un cheminement personnel, et chacun doit aller chercher ses référents par ses propres moyens. Même les lieux gais et la communauté en général n’apparaissent pas comme «les seuls endroits pour se sentir encadré dans sa démarche». Est-ce la raison pour laquelle chacun des jeunes rencontrés, même s’il reconnaît l’importance d’une communauté ou d’un village, ne ressent pas le besoin d’y être constamment? «Maintenant, je vais plus souvent dans le Village, mais c’est essentiellement récréatif», dit Julien. «Il y aussi beaucoup d’autres endroits que je fréquente. Le Village n’est pas une obsession pour moi.» Pour tous, à des degrés divers, les lieux gais et le Village ont pris leur place, parmi bien d’autres centres d’intérêts. «J’y vais pour danser, explique Pierre-Luc. Sinon, l’été, pour m’y promener avec un ou deux amis.»
«Les premières fois que je suis allé dans les bars du Marais à Paris, ce n’était pas évident d’assumer les regards des autres et aussi d’assumer le propre regard que je portais sur les autres», rappelle Alexandro. «J’aime y aller, mais c’est seulement pour m’amuser, je fais des tas d’autres choses qui ne passent pas par la communauté. Peut-être, un jour, je m’investirais plus». S’ils n’y sont pas dépendants, tous se félicitent de l’existence de ces lieux de rencontre et de socialisation. «Qu’on le veuille ou non, de temps en temps, tu as envie de te retrouver avec des gens qui partagent la même chose que toi», pense Jean-Michel, «ça nous prend des endroits comme cela, même si, d’un autre côté, il est un peu déplorable de voir certains gars se cacher dans le Village, qui n’en sortent pour ainsi dire jamais. J’aime le village, mais ce n’est pas tout dans la vie. J’aime aussi sortir ailleurs.» Benoît est plus critique à propos du Village, même s’il n’en conteste pas la nécessité. «Je crois qu’il faut éviter la ghettoïsation. Il faut que d’autres lieux, à l’extérieur d’un quartier réservé, soient plus ouverts, qu’il y ait un mélange plus grand entre les gais et les hétérosexuels.»
Gabrielle fréquente le Village assez souvent. «Je suis allée de manière intensive, un temps, au Parking et au Drugstore, où j’ai tout fait (rires), mais je ne ressens plus, aujourd’hui, le besoin d’y être tous les jours. J’y sors tout de même chaque semaine». À 19 ans, Gabrielle a assisté à son premier défilé de la Fierté GLBT et c’est sa sœur qui l’y avait emmenée. «Et l’année dernière, j’étais dans le contingent du Gris.»
Quant à Sasha et à Thang, qui n’ont jamais encore assisté à un défilé de la fierté, le Village est un espace de liberté. «On y voit de tout, c’est vrai, même de ce qu’on ne veut pas nécessairement voir. On n’a qu’à y prendre ce qu’on veut. Le Village, ça reste pour moi un lieu associé au plaisir, aux sorties.?C’est donc un endroit où je vais durant les congés ou l’été».
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| Benoit, 25 ans |
Si leur orientation sexuelle occupe une grande place dans leur vie, c’est plus par le regard que la société pose sur elle que pour des raisons personnelles. La preuve, c’est quand il s’agit de se définir, les termes gais, homosexuels, lesbiennes ne sont que des étiquettes, qu’ils utilisent pour des raisons pratiques, mais qui sont loin de représenter ce qu’ils sont. «Je crois que j’ai dit la première fois le mot lesbienne lors de ma formation au GRIS», raconte Gabrielle. «Si je devais me définir, je dirais qu’avant tout, je suis Gabrielle, vivant en couple avec une autre femme, mais je ne me reconnais pas forcément dans les termes homosexuelle ou lesbienne.» Quant à Sasha, elle s’identifie comme une femme gaie bien qu’elle trouve ça «un peu réducteur». Pour Alexandro, Pierre-Luc, Thang et Jean-Michel, le mot gai leur convient, même si le dernier fait remarquer que c’est devenu une injure dans les cours de récréation adressée aux garçons qui ne se conforment pas à l’image du gars. Mais les quatre conviennent que c’est par facilité qu’ils vont dire qu’ils sont gais, car, disent-ils «ils sont plus que cela». Quant à Julien, il préfère le terme homosexuel au terme gai qui, pour lui, comporte trop de stéréotypes à son goût.
Les six gars et Sasha sont célibataires (bien que la moitié aient déjà été en couple «plus de quatre mois»), et Gabrielle est en couple. Pour tous, l’avenir ne s’inscrit pas dans le modèle hétérosexuel, qui, comme ils le souli-gnent très bien, «n’en est plus un même pour les hétéros». Être en couple, se marier, avoir des enfants, ne font pas partie de leurs priorités, sauf pour Gabrielle et Sasha qui souhaitent éventuellement avoir des enfants. Cependant, les portes ne sont pas fermées. Les «On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve», les «Si je rencontre quelqu’un de sérieux, peut-être, je ne dis pas non» fusent chez les gars quand on gratte un peu. Mais tous considèrent être bien comme ils sont actuellement sans avoir de grandes attentes concernant les relations sentimentales. «Je crois qu’un homme en général a peur de l’engagement, et chez les gais, c’est la même chose», tient à dire Jean-Michel. «J’ai rencontré plusieurs gars avec qui c’était vraiment le fun, mais après plusieurs semaines, voire quelques mois, je leur demandais si nous étions ensemble, et la réponse était toujours la même : Non, c’est juste pour le plaisir.» Constat que partage aussi Alexandro : «On n’a toujours peur d’être étouffé dans une relation, de n’être plus libre. Alors être en couple et avoir des enfants, c’est renoncer à beaucoup de choses, c’est un changement de vie complet pour lequel je suis loin d’être prêt.» Même son de cloche du côté de Julien, Thang et Pierre-Luc qui mettent leurs études et d’autres projets avant une vie de couple. «Je n’en ai pas le goût en ce moment, mais si l’occasion se présentait, une attirance sérieuse pour quelqu’un, peut-être que oui, précise Thang, mais je ne cherche pas à rencontrer à tout prix ni tout de suite.» Vivre en couple n’est en aucun cas une obsession, l’amour n’est pas une quête, ils ont chacun d’autres priorités. «Je suis heureux comme gars célibataire, je me consacre à mes études en théâtre, ajoute Benoît. Une relation serait un plus dans ma vie, mais ce n’est pas essentiel pour être heureux.?Du moins pour le moment.» Dans ces conditions, la question du mariage ne se pose même pas pour eux tellement cela représenterait un grand changement dans leur vie. Tous préfèrent vivre actuellement au jour le jour, menant à bien des projets qui leur tiennent à cœur mais sans se projeter dans l’avenir. C’est peut-être trop loin ou encore lié à leur orientation sexuelle. «En tant que gai, on subit moins la pression sociale et familiale d’être en couple, de se marier, d’avoir des enfants, donc nous avons une plus grande liberté», commente Jean-Michel. «Actuellement, je travaille comme graphiste, je suis des cours. Je ne sais pas où la vie me mènera et où j’en serai dans 10 ans.» Et, bien sûr, pour Benoît qui termine ses études de théâtre, son plus grand souhait est de se retrouver le plus tôt possible sur une scène montréalaise ou dans une série.
Ils ont très jeunes découvert leur orientation sexuelle et très jeunes pris la décision de l’assumer. La famille et leurs amis proches les ont rapidement soutenus dans leur choix, ce qui les a aidés à supporter plus facilement les attaques extérieures. Ils ne se sentent pas différents du reste de la population, seulement sont-ils sensibles au fait que ce sont encore les autres qui les trouvent (parfois) «étranges». Ce sont les autres qui, par leur regard, leurs remarques, leur attitude, les marginalisent alors qu’eux ne se voient en aucun cas comme des marginaux. Comme le disait Gabrielle : «Je me sens comme tout le monde, j’ai une blonde, on vient d’avoir un chien, je travaille, je fréquente régu-lièrement ma famille, c’est toujours pour moi un étonnement quand on me fait ressentir que je suis diffé- rente.»
15-01-2010
pour moi c'est marrant. des jours je veux mon copain au lit, et d'autres une fille. mais en fait,je préfère mon copain