Par : Luc-Alexandre Perron [16-11-2009]
Ellen Degeneres |
Plusieurs de mes amis sont sortis du placard dans les années 80 après avoir vu le film Making Love. Alors que le secret nous empoisonne la vie, pouvoir s’identifier à un personnage gai ou lesbien nous permet de nous préparer à la grande sortie.
Ce qui s’avère intéressant à la télévision, c’est que le processus est souvent double, car le personnage peut être gai et le spectateur l’ignore ou, au contraire, l’auditeur connaît l’orientation sexuelle d’un personnage alors que les autres ne le savent pas. Certains personnages de la télé sont sortis de manière plus mémorable que d’autres. En voici quelques exemples.
Un coming out vraiment intelligent dans Law & Order : celui de Serena, l’assistante du District Attorney. Interprétée par Elizabeth Rohm de 2001 à 2005. Mis à part quelques indices ici et là, on ignorait l’orientation sexuelle de Serena. Lors du départ de la série de la comédienne, on apprend à la dernière scène que Serena est congédiée. Elle demande alors: «Est-ce parce ce que je suis lesbienne?» Son patron répond par la négative. Elle dit alors simplement : «Bien.» Le message envoyé au public était sensationnel : Pendant tout ce temps-là, j’étais lesbienne, vous ne le saviez pas et vous me trouviez bonne. Je suis toujours la même personne. Quelle bonne idée des
scénaristes.
Un coming out touchant : Dans Raising the bar, Charlie, assistant d’une juge conservatrice, annonce à sa patronne qu’il est homosexuel et celle-ci réagit de manière assez violente, allant même jusqu’à congédier son employé. Puis s’étant calmée, elle se ravise en s’excusant. Comme chaque vendredi soir, tous les avocats et employés de la cour se retrouvent dans un bar. Cherchant une bonne raison pour trinquer, chacun tente de trouver un motif pour lever son verre. Soudain, Charlie dit simplement à tout le monde : «I’m gay», et tout le monde lève son verre en silence. Subtil et doux.
Un coming out surprenant : Dans une colère terrible contre les homosexuels, et en fait contre tous les hommes, la mère de Roseanne (dans l’émission du même nom) s’écrie devant tous les membres de sa famille réunis pour une fête que les hommes sont tellement dégoûtants qu’afin de pouvoir baiser avec son mari, elle devait aller s’acheter un magazine Playboy avant, pour s’exciter. Silence et cons-ternation pour quelques secondes... Personne ne l’avait vu venir, mais rien n’était à l’épreuve des scénaristes de Roseanne. À la fin de la série, on apprend par contre que celle-ci avait tout inventé de la saison, idée reprise de la série Dallas alors que Pam se réveillait après avoir rêvé tous les événements d’une saison complète. On apprenait alors que sa mère n’était pas lesbienne, mais que sa sœur Jackie, elle l’était. Néanmoins, la saison finale servit à jouer avec les préjugés et les tabous. Roseanne s’en donna alors à cœur joie.
Un coming out par écrit : Dans More Tales of the City, Michael Tolliver, cloué au lit par le Syndrome de Guillain-Barré, reçoit une lettre de sa mère annonçant qu’elle vient de se joindre à un groupe luttant contre l’égalité des homosexuels. Michael dicte donc à sa colocataire une longue lettre expliquant à sa mère qu’il est gai, l’a toujours été, que personne ne l’a corrompu, mais qu’il aurait bien aimé qu’un gai plus expérimenté lui parle quand il était jeune pour lui servir de mentor et lui faire comprendre que l’homosexua-lité n’est ni un péché ni une maladie.
Un coming out implicite: The Tudors, une série historique qui raconte la vie tumultueuse d’Henry VIII et de ses six épou-ses, a réussi à inclure un couple gai dans sa première saison et un autre dans la deuxième. Tout un exploit pour une série du genre! Dans la deuxième saison, un musicien attitré au service de la reine Ann Boleyn avoue à George Boleyn, frère de la dite reine, que celle-ci est très belle mais certainement pas aussi belle que son frère. George Boleyn en acceptant silencieusement le compliment admet que cela lui plaît et qu’il est homosexuel. Plus tard, George sera décapité à la suite du procès imputé à la reine pour adultère. Ann sera accusée d’avoir trompé le roi avec nombre d’hommes, dont son frère. La série tente de démontrer que cela n’a pu être tout simplement parce que George Boleyn était homosexuel.
Un coming out involontaire : Eric «Mac» Macfarlane (Jona-than Welsh) se trouve contraint de faire sa sortie alors que des activistes menacent de le outer contre son gré dans la série E.N.G. Le synopsis visait à dénoncer les politiques de outing des activistes de la vague de ACT UP et Queer Nation. Macfarlane ne se trouve pas plus mal d’avouer son orientation sexuelle, mais il ne le fait pas parce que c’est sa volonté. On lui impose. (Trivia : dans la série qui a été diffusée de 1990 à 1994, Sherri Miller, qui joue la mère de Justin dans Queer as Folk, interpréta le rôle d’une jeune journaliste ambitieuse).
Un coming out célèbre : Ellen fit sa grande annonce dans un spécial d’une heure en 1998. Coincée entre son secret et son attirance pour une femme qui prend l’avion et quitte la ville, Ellen fait le grand saut. S’appuyant sur le comptoir de la compagnie d’aviation, elle accroche par erreur le micro et déclare : «I’m gay», et tous les passagers de l’aéroport l’entendent. On ne pouvait pas en attendre moins de la part de cette pionnière.
Un coming out qui s’est fait attendre. B.D. Wong interprète le Docteur Houang depuis 11 ans dans la série Law & Order : S.V.U. Depuis le début de la série, il était le seul personnage à ne pas encore avoir parlé de sa vie personnelle. Or, cette année, dans le 4e épisode de la saison, lors d’un procès où on comparait la pédophilie et l’homosexualité, le docteur affirme que cette comparaison le choque : « This offends my humanity as a gay man. » Fin de la citation et fin de l’histoire, on passe à autre chose. Aucune réaction homophobe, ni même de surprise des gens autour de lui. Alors qu’on a longtemps utilisé le coming out comme trame dramatique, maintenant l’orientation sexuelle s’affirme, c’est tout. Un changement d’attitude de la part des diffuseurs qui est le bienvenu.
La réaction plus amusante à un coming out à la télévision : Dans le téléfilm Prom Queen, basée sur un fait vécu, un jeu-ne homme affronte l’administration catholique de son école qui lui refuse d’être accompagné par un autre garçon lors du bal de graduation. Le jeune homme se préparant à affronter l’Église et les médias annonce à ses parents qu’il est gai. Réponse de la mère : «T’as les cheveux bleus pis t’as un poster de Céline Dion dans ta chambre. On le sait que t’es gai!» Comme quoi, des fois, on n’est pas obligé de dire quoi que ce soit.
Puisque l’illustration de la diversité de nos vies se multiplie à la télé, on peut également ajouter à notre liste des sorties différentes. Ainsi, Anna Madrigal dans More Tales of the City fait son coming out comme transsexuelle, puisqu’elle est née Andrew Ramsey. Ben Bruckner, le viril professeur de Queer as Folk fait son coming out comme séropositif. Et que dire du coming out hétérosexuel de Hunter dans Queer as Folk? Alors que tout le monde croit que Hunter est gai, celui-ci tombe amoureux d’une copine de classe. Les deux pères abasourdis se demandent comment réagir à l'annonce d'une telle nouvelle. On assiste alors au jeu renver-sé, où les parents gais apprennent l'hétérosexualité de leur fils et se demandent bien ce qu'ils vont bien pouvoir dire à leur enfant!
Et ce qui m'apparaît heureux et de bon augure, c'est qu'il semble que le coming out ne soit plus nécessaire. Par exemple, dans Flash Forward, il y a un couple de lesbiennes et on n'a pas senti le besoin d'élaborer sur le processus de la sortie du placard. Elles sont lesbiennes, elles sont là, that's it. C'est vraiment génial!
La plupart d’entre nous ont vécu un coming out moins spectaculaire que ce dont on a parlé aujourd’hui mais c’est une expérience que personne n’oublie. La télévision nous montre de plus en plus la normalité du processus d’acceptation de soi et de la sortie du placard. Espérons que nous en verrons plus souvent !
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