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Claudia Acevedo

Une "lesbirada latina"

Par : Denis-Daniel Boullé [03-07-2003]



Claudia Acevedo
  Claudia Acevedo

Claudia Acevedo est un petit bout de bonne femme au visage toujours au bord du rire. Un peu étonnée, parfois, d'être le centre d'une attention particulière. Mais, après tout, ce n'est pas tous les jours que l'on rencontre une lesbienne qui a mis sur pied, avec quelques amies, la première — et la seule — association lesbienne au Guatemala. Dans une société marquée par le machisme et la toute-puissance de la religion catholique, le groupe Lesbiradas est une provocation à l'ordre établi.


Élevée seule par sa mère, Claudia a su très tôt qu'elle ne devrait compter que sur elle-même. "J'étais entourée de femmes fortes, qui n'avaient pas de conscience féministe, mais qui étaient autonomes, indépendantes, confie-t-elle. Elles ont eu une grande influence sur moi." Les premiers engagements sont avant tout politiques. Dans un pays marqué par les conflits depuis plus de trente-six ans, Claudia se tourne vers les mouvements étudiants, puis les partis de gauche. C'est au cours de ces années d'apprentissage que, dans un premier temps, s'affirme sa conscience féministe. "Il n'y avait pas un mouvement féministe organisé, mais des groupes de femmes se formaient à l'intérieur des syndicats et des mouvements de gauche, notamment autour des "veuves", ces femmes dont les maris ont disparu au cours de la guerilla. Il faut attendre 1990 pour qu'une théorie féministe s'ébauche au Guatemala et s'intéresse à la violence systémique dont les femmes étaient victimes, tant dans le milieu familial que dans tous les domaines de la société."

Le parcours de Claudia la conduit naturellement à se définir comme féministe, puis comme lesbienne féministe. De là l'idée d'ouvrir un lieu où les lesbiennes pourraient se retrouver, d'autant qu'elles n'avaient pas voix au chapitre dans les groupes de femmes naissants. "Nous avons fait partie d'Oasis, un groupe mixte de gais et de lesbiennes. Mais Oasis était dominé par des hommes venant des classes moyennes et supérieures du Guatemala plus intéressés à travailler sur le sida, l'accès aux soins et aux médicaments, la prévention. Oasis ne rencontrait pas nos besoins et ne répondait pas à nos préoccupations spécifiques. En 1999, nous avons créé la "Collectiva de Lesbianas Lebiradas - Lesbiradas" et nous avons profité d'un changement législatif qui permettait aux municipalités d'enregistrer un organisme sans obtenir l'autorisation du Ministère de l'Intérieur. Nous sommes donc le premier organisme lesbien légal au Guatemala", continue Claudia. Exister juridiquement est une chose, mais Lesbiradas doit aussi se fixer des objectifs et se doter de moyens d'action. Tout est à construire dans une société où l'hostilité à l'égard de l'émancipation des femmes et des homosexuels est grande. "Il était évident qu'il nous fallait un lieu physique et du financement que nous avons reçu grâce à l'aide de la coopération internationale. Pour ce qui est des actions, nous voulons créer, bien sûr, des associations avec d'autres acteurs politique, sociaux et syndicaux pour obliger le gouvernement à changer des lois et à instaurer des campagnes de sensibilisation et d'éducation. Mais il faut être réaliste, cela prendra encore des dizaines d'années de travail avant que nous recevions le soutien des dirigeants. Il y a aussi une résistance dans les organisations politiques et syndicales, qui pourraient être nos alliées. C'est la raison pour laquelle, dans un premier temps, nous avons décidé de mener des actions choc pour nous rendre visibles. Nous organisons des actions ponctuelles dans des bars ou dans des parcs de la ville de Guatemala pour occuper l'espace public. On nous voit et on nous entend."

Forte d'une douzaine de permanentes et réunissant plus ou moins une cinquantaine de femmes lors des événements, Lesbiradas œuvre surtout dans la capitale. La visibilité reste le mot d'ordre de ces pionnières pour qui les femmes, et bien sûr les lesbiennes, sont le plus souvent condamnées au silence de peur de subir la violence des hommes. "Il est fréquent qu'une femme se voie retirer la garde de ses enfants quand on apprend qu'elle est lesbienne. Certaines ont été littéralement emprisonnées par leur famille lorsque l'on découvrait leur orientation sexuelle. Il n'y a aucun recours légal, aucune impunité pour les actes de violence contre les lesbiennes, et la situation est pire dès que l'on sort de la capitale", ajoute Claudia. Le local de Lesbiradas a été saccagé cinq fois entre novembre 2002 et janvier 2003, sans que les autorités locales manifestent la moindre intention de mener une enquête. Dans un pays où les meurtres de femmes sont courants, où les rapports publics témoignent que la majorité des femmes portant plainte pour violence conjugale sont des épouses de policiers et de militaires, on mesure l'ampleur du travail à accomplir pour que la société guatémaltèque, imprégnée de machisme et de catholicisme, s'ouvre à la diversité sexuelle. En attendant, Claudia et ses camarades continueront, de façon sporadique, à se réunir dans un parc pour s'embrasser et enlever leur soutien-gorge; pour choquer bien sûr, mais aussi pour rappeler que, malgré toute la répression sociale, elles existent, malgré les dangers, malgré les peurs, malgré l'opprobre qui les entoure.

Claudia se fera entendre lors des conférences qu'elle donne actuellement à Ottawa, Toronto, Washington et New York, à l'invitation d'Amnistie Internationale. À Montréal, invitée conjointement par le Réseau GLTB d'Amnistie Internationale, Égale Canada, l'Association des mères lesbiennes, la Fédération des femmes du Québec, la Marche mondiale des femmes et le Réseau des lesbiennes du Québec, Claudia est venue bousculer notre petit confort pour peut-être nous rappeler la nécessité de développer des alliances et une solidarité plus grande avec les mouvements gais et lesbiens naissants à travers le monde.






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