Michèle Asselin, la nouvelle présidente de la FFQ
Par : Denis-Daniel Boullé [24-07-2003]
Battue lors des dernières élections à la présidence de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Vivian Barbot a semé tout un émoi en rendant les lesbiennes de la FFQ responsables de son départ. Ses propos publiés dans l'article de La Presse et du Soleil du 7 juin 2003 avaient de quoi surprendre, d'autant plus que Vivian Barbot avait toujours donné son appui, pendant son mandat, aux revendications et au travail des lesbiennes au sein de la fédération.
Michèle Asselin, la nouvelle élue, ne s'explique pas non plus ce qui a poussé la présidente sortante à cibler une catégorie de femmes. "J'étais catastrophée quand j'ai lu l'article confie Michèle Asselin. Rien ne laissait présager une réaction semblable. Je ne suis pas la seule à avoir été surprise et surtout attristée à la Fédération des femmes du Québec."
Propos mal cités, déclaration impulsive, Vivian Barbot n'a jusqu'à maintenant apporté aucun démenti . Il n'est donc pas faux de croire que la présidente sortante n'a pas vu sa pensée trahie et qu'elle maintient son analyse. Pour Michèle Asselin, c'est un accident de parcours qui ne s'appuie sur aucun fondement. "Depuis des années, nous avons participé et soutenu les minorités sexuelles pour la reconnaissance des conjoints de même sexe. Et dans les grandes rencontres internationales lors de la préparation de la Marche Mondiale des femmes, nous avons inclus, dans la Déclaration des valeurs défendues par les femmes présentées à l'ONU, des revendications favorisant le respect et luttant contre la discrimination des minorités sexuelles." En rappelant ces faits, Michèle Asselin ne cherche pas à justifier la Fédération, simplement veut-elle souligner l'écart énorme qui existe entre la déclaration de Vivian Barbot et la réalité. Pour elle, ce n'est qu'un malheureux commentaire qui ne traduit aucunement l'ambiance qui existe au sein de la Fédération. Pour celle qui a passé plus de 22 ans dans le mouvement des femmes, dont les dernières années au Regroupement des centres de femmes, il faut regarder les défis à venir et ne pas s'attarder sur des controverses qui n'ont plus lieu d'être. "Il y a vingt ans, il y a eu des débats et parfois des divergences sur la place et le rôle des lesbiennes à l'intérieur du mouvement féministe, mais on n'en est plus là depuis des années. Ce n'est plus pertinent puisque ça ne traduit pas la réalité actuelle", insiste la nouvelle présidente.
À la Fédération, où plane encore le fantôme de Françoise David, on n'a pas commenté l'incident, préférant s'attaquer aux dossiers à venir, qui seront définis lors du Congrès d'orientation de cet automne. "Il y a de grands enjeux. Le nouveau gouvernement n'a pas nommé de ministre à la Condition féminine. On sait que lorsqu'il y a des coupures dans les programmes, dans le soutien aux organismes, ce sont les femmes qui vont être les premières touchées. Pas un mot non plus sur le projet de la lutte contre la pauvreté qui, là encore, touche en priorité les femmes. Nous allons jouer notre rôle dans les prochaines rencontres gouvernementales", affirme Michèle Asselin. La FFQ veut poursuivre l'action politique, mais aussi l'action concrète sur le terrain, comme son implication actuelle dans le mouvement pour préserver les garderies à 5 $. "Nous privilégions des actions communes avec d'autres groupes à travers des coalitions ponctuelles", conclut la nouvelle présidente.
Selon Michèle Asselin, la Fédération des femmes du Québec ne veut pas seulement se situer en réaction face au gouvernement, elle se veut aussi une force de proposition, tant à l'échelle de la province que sur la scène internationale. "La lutte contre la pauvreté se situe aujourd'hui dans un contexte mondial. Au-delà des différences culturelles et économiques, les différentes rencontres de groupes de femmes lors de la mise en place de la Marche mondiale des femmes ont fait ressortir des réalités semblables entre le Nord et le Sud, et grâce au réseau que nous avons créé, nous sommes en mesure d'être présentes dans les grandes consultations internationales populaires", souligne-t-elle.
Pour ceux qui auraient encore une image tronquée d’un mouvement féministe enclin à ne défendre que des intérêts particuliers, Michèle Asselin tient à rappeler que "celui-ci s'inscrit dans une perspective égalitaire et que l'ensemble des membres d'une société, femmes et hommes compris, ont tout à y gagner". Et dans ce mouvement, les lesbiennes y ont bien entendu leur place.