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Pour l’auteur et juriste français :

"L'homophobie est un problème, pas l'homosexualité !"

Par : Denis-Daniel Boullé [20-08-2003]



Daniel Borrillo est chercheur associé au Centre National de Recherche Sociale (CNRS). Il a fait des études de droit à l'Universtité de Buenos Aires, un doctorat à l'Université de Strasbourg et un postdoctorat à l'Université de Madrid. Argentin d'origine italienne, parlant et écrivant quatre langues, Daniel Borrillo s'est spécialisé dans les droits de la personne, les politiques anti-discriminatoires et le droit versus les sexualités. Conférencier invité par la Fondation Émergence pour la Journée nationale de lutte contre l'homophobie, celui qui fut l'un des premiers en France à porter le combat contre l'homophobie s'est félicité de l'initiative de la Fondation. Son ouvrage, L'homophobie, fait le tour de la problématique et s'impose comme la référence pour comprendre le phénomène et, surtout, donne des pistes pour le contrer.


Pourquoi une telle détermination? Parce que Daniel Borrillo a participé comme conseiller juridique d'AIDES, la plus ancienne organisation de lutte contre le sida en France, à tous les débats entourant la reconnaissance des couples de même sexe. Il a donc été témoin et parfois victime de tous les débordements homophobes, tant de la classe politique que de ses collègues universitaires. Il s'est opposé à l'idée d'un statut différent du mariage pour les gais et les lesbiennes.
"C'est à partir de 1996 que commence à s'imposer l'idée d'exiger une reconnaissance légale pour les couples de même sexe. Avec le sida, tout le monde s'était rendu compte que, lors du décès d'un conjoint, le conjoint survivant n'avait aucun des droits conférés au conjoint survivant dans le cadre du mariage", rappelle Daniel Borrillo.
Convoqué comme expert lors de la réflexion qui aboutira au PaCS* (Pacte Civil de Solidarité), le chercheur réalisera, de façon spectaculaire, à quel point les défenseurs du mariage réservé exclusivement aux hétérosexuels considéraient l'hétérosexualité comme supérieure à l'homosexualité. La protection du mariage exclusivement hétérosexuel a révélé les limites de l’acceptation de l’homosexualité en France.
Daniel Borrillo s'opposera au PaCS, : il considère qu'en ne demandant pas directement le mariage, la proposition qui accordait des droits et des obligations spécifiques à un groupe particulier de la population allait à l'opposé d'une démarche communautariste. Il utilisera même l'expression "régime d'apartheid" pour qualifier le PaCS, entraînant les foudres de ses adversaires. Ses prises de position, que partageront quelques intellectuels gais français, ne seront pas reprises par les organismes gais, qui préféreront un statut qui ne reconnaît pourtant pas, entre autres, la filiation et l'adoption ou encore l'accès à la procréation assistée.

Les débats entourant la rédaction du projet de PaCS, comme toutes les consultations qui ont précédé l'adoption du contrat à l'Assemblée nationale, ont surtout permis de mesurer l'ampleur du phénomène de l'homophobie en France. "Je ne pensais pas que l'homophobie était aussi bien acceptée et partagée en France. Dans toutes les discussions entourant le PaCS, aussi bien dans les cercles universitaires, dans les médias ou à l'Assemblée Nationale, on a assisté à un déchaînement qui a culminé avec la manifestation organisée par Christine Boutin, aujourd'hui députée de l'UMP (Union pour la majorité présidentielle), catholique et pro-famille", se souvient Daniel Borrillo.

"Le milieu du droit en France est historiquement très conservateur. Je me suis fait injurier par des collègues juristes. Des textes publiés dans des revues juridiques et abordant la définition du mariage s'appuyaientt, pour la restreindre, sur la religion ou la morale et non sur le droit. C'est comme cela que j'ai pu lire, dans un ouvrage collectif consacré à la notion juridique du couple, qu'il y avait urgence à définir le couple "parce Sodome réclame son droit de cité". Un historien très médiatisé, Emmanuel Leroy-Ladurie, a écrit que si les gais pouvaient avoir des enfants, on allait connaître un essor de la pédophilie. Les injures des députés en chambre, les slogans de la manifestation anti-PaCS en janvier 1999, où l'on pouvait lire sur des pancartes "les pédés au bûcher", ont montré à quel point les préjugés et parfois la haine à l’endroit des homosexuels étaient forts. Mais le plus surprenant pour moi, c'est que, dans le pays qui se veut la patrie des Droits de l'Homme, cela pouvait se faire en toute impunité. Seuls les quotidiens Le Monde et Libération se sont inquiétés de la violence des propos. Mais, pour l'ensemble de la société, on ne semblait pas s'inquiéter de la gravité du phénomène. L'homophobie est encore banalisée. Il est évident qu'il était impensable que l'on s'en prenne à une communauté ethnique ou religieuse ou aux femmes de la même façon. Actuellement, on peut donc injurier publiquement une catégorie de la population en France pratiquement sans encourir aucune poursuite. Il y a eu des propositions pour modifier la loi contre les crimes haineux et celle de 1881 sur la liberté de la presse mais elles n'ont eu aucune suite."

Pour Daniel Borrillo, il n’y a aucun doute qu’en France — contrairement au Québec et au Canada où, depuis de nombreuses années, les chartes protègent les citoyens contre la discrimination envers l’homosexualité —, il y a un travail de sensibilisation et d'éducation à faire pour changer les mentalités avant d'adopter des lois répressives pour lutter contre l'homophobie. Actuellement, elles seraient perçues, selon lui, "comme servant les intérêts d'une partie de la population".

Devant l'urgence du phénomène, Daniel Borrillo a choisi de publier, en 2000, L’homophobie, un ouvrage de réflexion dans une collection abordable, "Que sais-je?", donc accessible à toute personne désireuse d'en apprendre un peu plus. Une des différentes façons pour le juriste de participer à l'éducation et à la sensibilisation.

*Contrat qui reconnaît un lien légal entre deux personnes interdépendantes sans qu'elles aient nécessairement un lien de conjugalité.






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