Par : Benoit Migneault [18-09-2003]
Au cours d’un voyage à Chypre, un journaliste spécialisé en politique étrangère se trouve le cœur transpercé par le cri d’une femme pleurant son fils disparu en 1974. Ce cri l’habitera peu à peu et l’amènera à s’intéresser de près à l’histoire récente du peuple chypriote et à cet homme disparu il y a plus de 20 ans.
Bientôt captivé par celui-ci, il en viendra mystérieusement à ouvrir son corps à l’âme de ce dernier. L’autre est-il encore vivant, toujours prisonnier de ses bourreaux ou mort et libre de partager l’enveloppe charnelle du journaliste? Ou bien cet autre avait-il toujours été présent en lui, prêt à sortir au grand jour? Marié à une femme magnifique, il perçoit soudainement et avec stupéfaction la fascination qu’exerce sur lui le corps des hommes et, du même coup, plonge goulûment dans l’amour de la chair masculine. Mais qu’en est-il de cet autre qui l’interpelle au loin? Finiront-ils par se rejoindre?
Leur est-il possible de partager un même corps ou est-ce simplement la folie qui le gagne?... Un roman fascinant, fort bien écrit, qui marie à la fois l’humour le plus décapant avec des réflexions sur le gnosticisme, la vie et la politique. Un récit qui débute tout en douceur, mais dont on ne peut bientôt plus se détacher de crainte de ne pouvoir en savourer la moindre parcelle. Un tour de force que de rendre abordable, et souvent lyrique, un sujet au premier abord des plus arides. Excellent!
Le château du silence, d’Olivier Delorme. Montblanc : H&O, 2003. 253 p.