Par : Yves Lafontaine [20-12-2004]
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Ce changement d’année sonne l’heure des bilans. De la clandestinité à l’affirmation, de la honte à la fierté, du placard à la sortie, le chemin parcouru en près de trente-cinq ans au Québec et au Canada est surprenant. Personne n’aurait pu imaginer, en 1970, que les gais et les lesbiennes allaient obtenir des droits qui leur fait occuper leur pleine place de citoyens et de citoyennes.
La loi sur le mariage entre personnes de même sexe est à portée de main et l’on peut se réjouir de la situation des gais et des lesbiennes au pays. Mais un coup d’œil en direction de nos voisins du Sud — surtout après la réélection de Georges W. Busch — nous fait rapidement craindre qu’un retour du balancier est toujours possible, bien qu’improbable. Si l’heure est aux réjouissances, on ne doit toutefois pas se reposer sur ses lauriers, car les défis sont encore nombreux.
Cet espace de liberté dont nous jouissons ici ne doit pas faire oublier l’homophobie intériorisée et celle qui tait son nom pour ne pas troubler le discours politiquement correct qui prévaut depuis quelques années. Des vents contraires (ou du Sud) pourraient changer la situation — attendez de voir le niveau des débats au parlement canadien à la suite du dépôt du projet de loi sur le mariage entre personne de même sexe...
Et que dire de la situation des gais et des lesbiennes en Amérique du Sud, en Afrique ou en Asie et en Europe de l’Est. Il faut se faire plus solidaire de leur situation.
Le sida continue, malgré les progrès des thérapies, à tuer encore. Les médias jouent souvent la carte sensationnaliste pour en parler — 2004 aura été marquée par l’hystérie du dévoilement de la séropositivité d’un médecin de Ste-Justine et les errements du haut-clergé montréalais ou du SPVM concernant de futurs tests de dépistages pour les candidats à la prêtrise ou à la police —, oubliant les conséquences graves qui peuvent en découler. La prévention et l’éducation doivent se poursuivre et donner l’heure juste quant à l’évolution des progrès scientifiques tout en ne participant pas à l’ostracisation des personnes atteintes par la maladie.
Avec les échanges de cadeaux, de becs aux amis et à la famille, les résolutions sont prises : se trouver un chum (ou une blonde), s’inscrire au gym, arrêter de fumer, prendre soin de sa santé et de son avenir en n’oubliant jamais le condom, être moins centré sur son nombril et faire un peu de bénévolat ou contribuer financièrement à certaines causes. Nous sommes toujours sur la voie du changement ou du progrès sur soi. L’œuvre d’une vie, en somme; ce n’est pas rien. Pour 2005, pourquoi ne pas oser l’impossible et changer un peu votre vie? Pas besoin de tout changer de manière draconienne, simplement ce qui mérite d’être changé.
Dans notre cas, notre transformation lente et constante se poursuivra de manière à rester pertinents et à coller le plus possible aux réalités des communautés gaie, lesbienne, bisexuelle et trans.
Toute l’équipe du magazine Fugues se joint à moi pour vous remercier de l’intérêt que vous nous portez depuis plus de 20 ans et pour vous souhaiter de belles fêtes, pleines d’amour et de plaisir, ainsi qu’une Bonne Année en santé!