Par : Yves Lafontaine [22-05-2007]
Yves Lafontaine |
Dans notre édition de janvier dernier, nous annoncions en primeur que les organisateurs de Divers/Cité avaient pris la décision de séparer le Festival culturel (spectacles musicaux, événements culturels et de danse) des célébrations de la fierté (le défilé et la journée communautaire) en créant un nouvel organisme.
Mais, aux dernières nouvelles, il n’est plus certain que des célébrations de la fierté aient lieu cet été à Montréal. La décision des organisateurs de Divers/Cité ne s’est pas prise sur un coup de tête. Elle faisait suite à une longue réflexion d’orientation du développement de l’événement, ayant débuté il y a près de quatre ans. Cette réflexion était nourrie par les résultats d’études commandées à CROP et qui dévoilaient que le public intéressé par le volet culturel n’était pas celui intéressé par le volet fierté, et vice-versa. Pour permettre au volet culturel de prendre plus d’expansion, on a d’abord déplacé le défilé au début du festival, il y a trois ans, avant de décider l’automne dernier qu’il était préférable de créer un événement distinct pour que le festival culturel qu’est devenu Divers/Cité, et les célébrations de la Fierté puissent être développés à leur plein potentiel. Le mandat de Célébration de la Fierté LGB2T de Montréal, le nouvel organisme mis sur pied par Divers/Cité, était de tenir l’événement Fierté Montréal à un autre moment que Divers/Cité, question de ne pas se concurrencer, bien sûr, mais aussi de susciter l’émergence d’un autre moment fort durant l’été. Les premières rencontres avec les autorités de la ville ont laissé croire que le week-end du 15 et 16 juin 2007 était une possibilité envisageable. Toutefois, la consultation des divers intervenants — Ville, Arrondissement Ville-Marie, SPVM, Service des incendie, Bureau des Festivals, le Regroupement des Événements Montréalais Internationaux (REMI), etc… — a pris beaucoup de temps et Divers/Cité aurait appris en mars seulement que le nouvel organisme ne pouvait plus tenir les célébrations de la fierté à ce moment-là. Célébration de la Fierté LGB2T de Montréal, aussi connue sous l’appellation Fierté Montréal, a donc décidé de procéder à des séances de consultations des groupes communautaires afin de voir si un consensus était possible autour des quelques autres dates libres proposées : le week-end de la fête du Travail, la mi-septembre, le début ou la mi-juin, ou le week-end suivant la Journée de lutte contre l’homophobie. Ce qui fut impossible. Par voie de communiqué, l’organisme avouait donc, début mai, qu’il lui serait difficile, voire impossible, «de mener ce projet à terme cette année» et qu’il mettait fin à ses activités. Coup de théâtre — comme au PQ serait-on tenter d’ironiser —, une semaine plus tard, quelques représentants de groupes communautaires et des intervenants du milieu ont décidé de prendre le relais et d’organiser des célébrations de la Fierté cet été avec le soutien de l’Arrondissement Ville-Marie. Mais la discorde pourrait survenir. Au moment de mettre sous presse, nous avons appris que les dates proposées par le nouvel organisme (qui soutient avoir déjà réuni la moitié de son budget de fonctionnement de 100 000$), ne sont pas celles qui avaient été avancées jusqu’à présent mais bien les mêmes dates pour que le défilé de l’an dernier, soit le week-end précédent l’édition 15e anniversaire de Divers/Cité, qui se tiendra du 1er au 5 août 2007. On ignore quelle position prendra Divers/Cité à ce sujet, mais considérant que l’on a refusé au nouvel organisme les dates de la mi-juin parce qu’un des membres du REMI s’y opposait, Divers/Cité, également membre du REMI, pourrait s’opposer à ce qu’un événement s’adressant également à la communauté GLBT se tienne à quelques jours de son édition anniversaire. Y aura-t-il ou non des célébrations de la fierté LGBT à Montréal en 2007? Devrait-on, comme certains le conseillent, faire une pause d’un an, question de mieux planifier l’organisation d’un tel événement et de trouver une date dans le calendrier estival qui satisfera tout le monde? Est-ce possible de satisfaire tout le monde?
La petite histoire des défilés à Montréal.
Au Québec, les premières célébrations de la fierté remontent à la fin des années 70. Un comité, la Brigade rose, instaure la Gairilla, en 1979. Ce défilé, qui ne connaîtra que deux éditions, rassemblera près de 200 personnes désireuses de souligner avec humour, bravade et excentricité le 10e anniversaire des émeutes de Stonewall. En 1981, il est suivi par la Gai-lon-la, puis après quelques années par la Marche Bleu-Blanc-Rose, dont le nom même s’accroche à la Fête nationale, dont la date est proche de celle de Stonewall. Entre 1987 et 1991, divers comités se relaieront pour organiser, toujours à la fin juin, la Parade de la fierté gaie et lesbienne sur la rue Sainte-Catherine Est, entre les rues Saint-Hubert et Champlain. Ces défilés attirent un nombre variable de quelques centaines à quelques milliers de spectateurs et de curieux. En 1993, Suzanne Girard (auparavant impliquée dans le festival image+nation) et Puelo Deir (l’un des organisateurs de la marche de dénonciation de la brutalité policière lors de la descente du Sex Garage Party) s’associent pour créer l’organisme communautaire Divers/Cité. En moins de trois mois et avec l’aide d’amis, ils mettent sur pied leur premier défilé de la Fierté lesbienne, gaie, bisexuelle, transsexuelle et travestie, alors que l’année précédente aucun défilé n’avait eu lieu. Cette première tentative attire, contre toute attente, plus de 5 000 personnes. La croissance de l’événement est rapide. De 5 000 personnes, le nombre de participants et spectateurs passe à plus de 15 000 à la troisième édition. À la cinquième édition, plus de 200 000 personnes prennent part à l’événement qui s’échelonne dorénavant sur quelques jours. À partir de l’an 2000, le festival culturel commence à prendre plus d’importance que le défilé, lui-même, et il s’étale sur plusieurs jours.