Par : Denis-Daniel Boullé [29-08-2012]
Mika
Le connaître par sa musique
Il est là, en t-shirt, pantalon tube clair, la chevelure un peu ébouriffée. Il ressemble à n’importe quel jeune de son âge. D’ailleurs il le rappelle qu’il peut passer se promener dans la rue sans que personne ne le reconnaisse, même dans les villes où il a donné des concerts, même en croisant ses fans. Il s’en étonne. Il s’en amuse. C’est pourquoi il a besoin de la scène.
Ni enfant sage, ni enfant terrible, Mika n’a pas vécu son enfance dans la marge… mais sur la marge. Cette marge qu’il cultive aujourd’hui dans sa musique, dans ses textes, dans son interprétation. Il revendique la naïveté qui, selon lui, n’a pas d’âge, mais une naïveté lucide, « avec un clin d’œil de diable » comme il se plaît à le dire.
Ton français est excellent. Est-le résultat de tes études au Lycée français de Londres ?
Pas du tout. Avant Londres, ma famille a vécu huit ans à Paris et c’est là que j’ai appris le français. J’ai failli le perdre au Lycée français. Personne ne s’était rendu compte que j’étais dyslexique. Les profs étaient d’une intolérance totale. Ma mère m’a retiré alors du lycée après seulement quelques mois. Puis comme j’aimais la musique, j’ai pris des cours mais là aussi, je me suis rendu compte que je ne serai jamais un musicien classique professionnel.
C’est la même chose plus tard lorsque je rentre au Royal College of Music. Je me rends rapidement compte que je ne serai jamais un grand chanteur classique. Mais en parallèle, je travaillais déjà sur mes propres compositions. Mes amis du Royal College of Music le savaient mais pas les profs (rires !), ils m’auraient mis à la porte. Et puis quand j’ai pu enregistrer mon premier CD avec un premier contrat dans une maison de production, je suis allé rencontrer mes profs pour leur dire. Cela ne les a pas étonnés. Ils savaient que le parcours académique ce n’était pas ma voie.
Si ta musique est influencée par la musique actuelle, tu apportes aussi une note personnelle?
Si la musique, les paroles, tout en fait n’est pas marqué par mon empreinte, je trouve cela mauvais. Pas forcément mauvais, mais comme un peu faux, ou parfois carrément nul (rires !). Je ne peux créer qu’à partir de mon propre univers. Sinon mon piano joue faux. C’est étrange, les mélodies ainsi que les mots viennent presqu’ensemble. C’est comme pour les parfums, je suis obsédé par les parfums, à chaque fois cela m’inspire des images, des univers. Avec la musique, c’est pareil. Mais je ne pourrais pas
l’expliquer autrement.
On dit souvent que ton univers est enfantin, que tut’amuses?
Oui, bien sûr que je m’amuse, mais je pense que mon univers est un mélange de naïveté et d’absurdité. Et si l’on prête attention à ce que je dis, ce n’est pas aussi naïf que cela. Il y a en fait plusieurs niveaux d’interprétation dans mes chansons qui rejoint aussi bien des adolescents, des adultes ou des personne de cinquante ans et plus…
As-tu besoin de la scène?
J’ai un rapport assez étrange avec la scène. J’en ai absolument besoin, c’est sûr. C’est un contact avec le public formidable. Mais dès que je suis dehors, personne ne me reconnaît. Je n’ai pas une attitude ou je ne sais quoi qui fait que l’on me reconnaît. Je me souviens une fois après donné un show où je suis allé prendre un verre après dans un café près du stade. Il y avait des gens qui venaient de voir le spectacle et qui en parlaient. Mais personne ne m’a reconnu (Rires !). C’est bien et en même temps c’est étrange.
C’est comme quand après un spectacle, je me retrouve dans ma cuisine en train de faire la vaisselle. Puis je m’arrête et je me dis, il y a une heure ou deux, j’étais sur la scène Bercy devant trente-deux mille spectateurs. Il est vrai que ma physicalité ne peut s’exprimer que sur scène, ou encore quand je suis seul chez moi (Rires !) et quand je suis dans la rue je suis comme tout le monde. Et comme je ne fais pas la une des tabloïds people, on ne me reconnaît pas en dehors de la scène. Mais attention, ce n’est pas difficile à vivre (Rires !) mais c’est simplement étrange.
Et la sortie du placard, qui n’en était pas une, puisque tout le monde s’en doutait?
Je n’aime pas l’expression «sortie du placard», c’est une phrase négative pour moi. Cela veut dire que l’on avait peur, qu’il faut du courage. Je ne me suis jamais vraiment caché. Il suffit d’écouter mes chansons pour le savoir. J’ai parlé d’histoire d’amour entre deux gars. Il n’y a pas eu pour moi de questionnements sur le dire ou ne pas le dire, c’est tout simplement une évolution. Plus on est à l’aise, plus on est confiant, plus on a de la joie dans la vie.
Je n’ai jamais fait semblant et cette évolution m’a amené tout naturellement à le dire. Mais c’est juste une extension de moi-même. Et je ne pense pas que cela change grand-chose pour mon public. En même temps, on ne peut que s’inquiéter de ce qui se passe dans beaucoup de pays où l’homosexualité est condamnée pour des raisons religieuses. Mais quand on a la confiance en soi, on doit le faire dans ses propres termes, dans l’amour et dans la joie.
Une entrevue télé l’attend. Le créateur de Big Girls (You Are Beautiful), Relax, Take it Easy troque le T-shirt pour une chemise tout aussi naturellement qu’il répondait aux questions.
Simplicité, pas d’effets de star, juste un gars qui veut continuer à explorer son univers et ses dualités, comme il les appelle, comme de vouloir être reconnu et être anonyme, comme de travailler en s’amusant, de célébrer comme le titre d’une des chansons de son dernier opus : The Origin of Love. Celui qui a touché un peu à tout pendant son adolescence avant de prendre son envol ne correspond plus à son single en français Elle me dit où une mère demandait à son fils : Pourquoi tu gâches ta vie?
The Origin of Love
Casablanca Records
En vente à partir du 17 septembre 2012
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