Dimanche, 1 août 2021
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    Le Drague Cabaret Club, 30 ans déjà!

    En 1983, Pierre L’Heureux transformait une partie de l’édifice situé au 815 de la rue Saint-Augustin en taverne destinée à la clientèle gaie. Trois décennies plus tard, le Drague est devenu un cabaret club incontournable à Québec, le plus ancien complexe gai au Québec et le grand Pierre en est toujours le propriétaire principal. Plusieurs activités d’envergure sont d’ailleurs au programme pour la fin de semaine de l’Action de grâce (du jeudi 10 au dimanche 13 octobre, voir autre texte) afin de célébrer le 30e anniversaire et de remercier la fidèle clientèle. Comment expliquer la longévité du Drague? Jean-Philippe Blondeau, qui est devenu gérant après avoir été barman pendant 10 ans, croit que l’établissement a su s’adapter aux tendances du monde du nightlife et aux besoins de la nouvelle clientèle : « Le Drague a toujours été en évolution constante. La culture de gestion ici, c’est la continuité. La direction n’a jamais cherché à faire un coup d’argent rapide avant de passer à autre chose. Année après année, une importante partie des profits est investie dans l’amélioration des lieux. On travaille sur le long terme. »

    Force est de constater qu’avec les années le Drague a effectivement connu plusieurs transformations qui ont nécessité des investissements majeurs. Au départ, l’établissement se limitait à la section cabaret ou sont présentés les spectacles. Et le plafond d’aujourd’hui est deux fois plus haut qu’à l’époque! Peu à peu, la verrière et la zone 3 se sont ajoutées puis ont été rénovées. Pour sa part, la discothèque a été entièrement creusée, d’abord à la pelle puis avec de la machinerie. Pierre L’Heureux nourrit une passion si forte pour les travaux manuels que la rumeur veut qu’il dorme avec son marteau! Mêmes les loges des artistes rendent les drag queens de Montréal jalouses!

    Pour ce qui est des rénovations à venir, les clients qui participeront aux festivités du 30e anniversaire du Drague constateront rapidement que l’éclairage et la sonorisation du cabaret ont été complètement refaits à temps pour le gros weekend de l’Action de grâce. La seconde étape des travaux consistera à redéfinir le design du cabaret. Le bar actuel sera remplacé, la technique va quitter la passerelle pour descendre dans la salle et l’escalier qui se trouve au-dessus du bar à shooter sera démoli. Par ailleurs, des écrans interactifs viendront remplacer les menus qui présentent les produits disponibles et l’entrée sera réaménagée, particulièrement la fenestration. Rappelons que les toilettes ont été complètement modernisées il y a quelques années (signe des temps : il y a maintenant des toilettes pour dames au Drague!) et que la zone 3 vient tout juste d’être transformée en un très agréable espace lounge axé sur les projections vidéos.

    La jeune clientèle étant justement très axée sur les nouvelles technologies, le Drague s’assure maintenant que la fierté qui imprègne ses ma-gnifiques murs de pierre se déploie également dans le cyberespace. Cet été, un nouveau logo et un nouveau site web adapté aux appareils mobiles ont été lancés. Ce nouveau site web affiche un style propre au Drague avec une allure épurée et assumée. De plus en plus présent sur le web, le Drague se tient à jour pour sa clientèle et s’investit sur les réseaux sociaux comme Facebook, Youtube, Pinterest et Twitter.

    L’autre grande qualité du Drague, c’est sa grande versatilité. Depuis maintenant 30 ans, il traverse les années, se transforme et s’adapte, toujours dans le but d’améliorer l’accueil et les services à la communauté LGBT de Québec et de la région. Anciennement une brasserie du nom de Taverne Le Drague, il desservait surtout la génération des baby boomers. Ensuite, il s’est peu à peu modifié pour devenir le Bar Le Drague avec la montée de la génération Y. S’étant transformé en une boîte de nuit pour la génération X, il est devenu le Drague Cabaret Club, un complexe de divertissement qui réunit aujourd’hui toutes les générations. Et toutes les orientations aussi. D’une taverne fréquentée essentiellement par des hommes gais, le Drague est devenu un lieu de rendez-vous pour des femmes et des hommes qui partagent des valeurs communes plutôt que d’être nécessairement tous gais ou lesbiennes.

    « Le Drague restera toujours un bar gai, affirme le gérant Jean-Philippe Blondeau. La communauté gaie s’est toujours beaucoup identifiée au Drague et c’est important pour nous de jouer ce rôle identitaire. Nos portes sont ouvertes à tous ceux et celles qui veulent s’amuser sans se faire juger. On veut que les gens se sentent à l’aise chez nous, qu’ils se sentent libres d’être eux-mêmes, de s’habiller comme ils le veulent. Depuis quelques années, on organise aussi de plus en plus d’événements corporatifs comme des réunions, des 5 à 7, des partys de Noël, etc. Au mois d’août dernier, on a accueilli une dizaine d’enterrements de vie de garçon, dont une délégation qui est venue de Thetford Mines en autobus! J’ai l’impression que les gens catégorisent de moins en moins les individus en fonction de l’orientation sexuelle et que le Drague devient un endroit où on va pour vivre quelque chose de spécial qu’on ne trouve nulle part ailleurs. »

    Pour terminer, on peut également expliquer la longévité du Drague par son implication envers la communauté gaie de Québec : les propriétaires n’ont pas hésité à participer à la fondation du Mouvement d’Information et d’Entraide dans la Lutte contre le VIH-Sida dès 1986. MIELS-Québec continue d’ailleurs de recevoir le soutien du Drague, entre autres lors d’un encan bénéfice qui a lieu chaque année au mois de mai. Le Drague a aussi supporté le Groupe Gai de l’Université Laval, la Ligue d’improvisation de la Vieille-Capitale, les Hors-la-loi-du-Faubourg, le Festival Altern’Art, la Fête Arc-en-ciel, GLBT Québec / Lutte à l’homophobie et bien d’autres organisations. C’est cet engagement dans la communauté qui fait du Cabaret Club Le Drague une institution à Québec et un incontournable de la solidarité communautaire LGBT.

    De le part de toute l’équipe du magazine Fugues : longue vie au Drague!

    Les drag queens se souviennent

    Plusieurs personnificateurs féminins travaillent au Drague depuis de nombreuses années. Fugues a posé la question suivante à Réglisse, Mercedes, Krystal, La Gladu et Virgin Françoise : quel est votre plus beau souvenir relié au Drague?

    Réglisse : Pour moi, les plus beaux moments, c’est quand on faisait des spectacles de personnificateurs à l’extérieur lors de la Fête du Faubourg et de la Fête Arc-en-ciel. Ça permettait à des nouveaux publics de nous découvrir et l’accueil était très bon

    Mercedes : Mon moment le plus fort au Drague est tout récent. C’est mon premier one-drag-show du 30 juin dernier en Marilyn Manson. Je l’avais fait souvent en spectacle, mais j’étais surpris que la direction, les danseurs et la clientèle embarquent dans mon idée de fou. C’était incroyable!

    La Gladu : Un des mes premiers emplois au Drague a été préposé aux loges. Je zippais et dézippais les robes, j’allais chercher l’alcool pour les drag queens et je démaquillais celles qui étaient trop saoules! J’ai tout appris du métier dans les loges!

    Virgin Françoise : Mon plus beau souvenir, c’est le 13 novembre 2005 quand j’ai organisé une soirée spéciale pour le lancement de l’album Confessions on a Dance Floor de Madonna.
    Je m’étais donnée à fond. J’étais même allée chercher des perruques à Montréal! Ça a été inoubliable!

    Krystal : Je ne sais plus exactement en quelle année, ça doit être autour de l’an 2000. Varda, très populaire grâce à son émission Bouge de là à Musique Plus, est venue animer une soirée au Drague! Ça a été tout un party!

    ***

    En 2004 : Pierre L’Heureux faisait le bilan (article tiré de nos archives)

    Le Bar Le Drague, lieu renommé de divertissement, de rencontres et de rassemblement dans la Capitale depuis toutes ces années, a récemment marqué cet événement par plusieurs jours de festivités. Ce qu’on ne sait peut-être pas, à moins d’être féru de la petite histoire de la communauté gaie à Québec ou d’être un peu plus âgé, c’est que l’aventure du Drague ne se limite pas à ces trois décennies, mais remonte à beaucoup plus loin dans le temps. Pour faire le point sur cet établissement, son passé, ses transformations et ses projets, nous avons rencontré le propriétaire actuel, Pierre L’Heureux, qui a bien voulu se faire historien (à l’aide des nombreuses archives qu’il conserve précieusement) et nous raconter les péripéties qui ont fait du Drague ce qu’il est aujourd’hui.

    La petite histoire
    La bâtisse où se trouve actuellement la Zone 3 date de 1810 (la partie de la Zone 2, communément appelée la Verrière, a été construite et ouverte en 1988). Elle a abrité successivement une maison de style anglais, une église protestante (1850), un club de réforme et le Club libéral Taschereau (1920), un club de la Légion canadienne (1933) et, enfin, la Taverne Baptiste (l’ancêtre de la taverne Le Drague) à partir de 1940, au coin de Saint-Joachim et Saint-Augustin. La Taverne n’occupait alors que la partie avant du Drague donnant sur Saint-Joachim (l’actuelle Zone 3). Elle entrait alors en concurrence avec la Taverne La Malette (d’Aiguillon et Ste-Geneviève), créée quelques années auparavant et disparue il y a trois ans. La Taverne Baptiste a poursuivi ses activités jusqu’en 1979. De 1979 à 1983, elle est devenue la propriété de trois personnes aventureuses, pour ne pas dire téméraires, dont Pierre l’Heureux, qui l’avaient transformée en brasserie, la Brasserie Baptiste. Ainsi, avec ses deux cents ans d’âge, cet édifice possède indéniablement un caractère historique que lui confèrent l’usure du temps et sa forme de construction d’époque, dont les murs de pierre en sont un éloquent témoin.

    Le Drague, première mouture, ouvrait ses portes en juillet 1983. Les premiers six mois furent très difficiles. La concurrence était féroce de la part de La Taverne Malette, de la Taverne Sélect, du Ballon Rouge et d’autres endroits du genre, et les clients brillaient par leur absence. Pendant plus de six mois, les propriétaires tinrent l’entreprise à bout de bras. En février 1984, à cause de circonstances particulières (qui auront eu, par ricochet, des retombées significatives pour Le Drague), l’établissement commence à être fréquenté, d’abord timidement, puis de plus en plus. La clientèle s’accroît, se fidélise et le commerce atteint sa vitesse de croisière jusqu’en 1986-1987 où un autre coup dur ralentit sa croissance.

    Depuis quelques mois, les premiers cas déclarés de VIH s’étaient multipliés dans la région. Rapidement, ces personnes sont identifiées et, par manque d’information sur les causes de transmission du virus, furent aussi rapidement ostracisées. Or, Le Drague compte parmi ses serveurs Marc Guérin, qui devint le 1er cas de sida à Québec (il mourut un an plus tard, en 1987, et son prénom formerait la première partie de la raison sociale de la Maison puis de l’Appartement Marc-Simon, administrés par Miels-Québec). Devant les manifestations évidentes et parfois agressives de rejet, même chez le personnel qui côtoyait Marc Guérin quotidiennement, Pierre L’Heureux fit appel à des ressources spécialisées de Miels-Québec (fondé quelque temps auparavant) pour donner de l’information à la clientèle et au personnel. Pendant cette période, Le Drague connut des soubresauts de fréquentation car la peur (comme ailleurs) avait gagné une partie de la clientèle. Cet événement motiva Pierre L’Heureux à s’associer annuellement à Miels-Québec pour la tenue de nombreuses activités, dont le traditionnel encan, incluant ce sera la dix-neuvième édition en 2004.

    Graduellement, les esprits se calmèrent et le Drague reprit son rythme de croisière. Dès 1988 s’ajouta, dans le site actuel de la Verrière et de la Zone 3, le Café Jaseur. En 1989, on procéda à la démolition des onze logements situés au-dessus du local de la Verrière et on amorça les transformations qui allaient donner à celle-ci son allure d’aujourd’hui. Le Café Jaseur disparut ensuite, pour laisser la place aux Zones 1, 2 et 3 telles qu’on les connaît maintenant. Puis, graduellement, au fil des ans, compte tenu des diverses réglementations de la Ville de Québec, le propriétaire entreprit des travaux de curetage, de sonorisation et d’insonorisation et ajouta de l’équipement de scène qui firent de la Taverne Le Drag (le nom d’alors) le Bar Drague, où animation, spectacles et divertissement sous toutes ses formes donnèrent à l’endroit la vocation qu’on lui connaît encore de nos jours et qui attire depuis une clientèle diversifiée de partout au Québec. Le Drague était devenu un incontournable de la vie gaie à Québec.

    Certains se rappelleront peut-être de l’époque où les téléviseurs du Drague diffusaient des films XXX dans toutes les sections du bar et s’interrogeront sur le pourquoi de la disparition de cette pratique. C’est l’affaire de l’établissement érotique « Joli-Corps » dans le quartier Saint-Roch, cible de nombreuses manifestations menées par le curé Lavoie de cette paroisse, qui est à l’origine de cette disparition car elle amena la Ville de Québec à demander au gouvernement des amendements à sa charte municipale pour que les établissements à caractère érotique soient confinés aux parcs industriels. Le Drague dut cesser la diffusion de ces vidéos à caractère érotique.

    En 1997, le Drague amorça le creusage du sous-sol pour y installer une discothèque. L’affaire prit une tournure inattendue avec la Ville de Québec, qui s’objecta aux travaux. Le conflit qui durera deux ans fut réglé en 1999 et fut l’objet d’une saga judiciaire qui épuisa presque la direction de l’établissement. Entre-temps, en 1998, on inaugura la terrasse qui allait rapidement devenir un lieu de rassemblement pendant la belle saison.

    Enfin, ces dernières années, d’autres travaux de rajeunissement et de modernisation ont témoigné des efforts de Pierre L’Heureux pour rendre son commerce le plus accueillant et performant possible et pour l’adapter aux réalités d’aujourd’hui. Maintenant constitué de quatre entités différentes, avec leurs vocations propres (discothèque et zones 1, 2 et 3), le Bar Le Drague est devenu au fil des années un complexe unique à Québec.

    L’implication dans la communauté
    Depuis de nombreuses années, le Drague s’est fortement impliqué dans la communauté et ce, de différentes façons. Il reçoit avec plaisir diverses manifestations organisées ou parrainées par différents organismes (le GGUL, Miels-Québec avec la Tournée du Latex mur à mur et l’Encan annuel, pour ne nommer que ceux-là ), accueille les Hors-la-loi du Faubourg, les Mecs et les Cuirassés pour leurs soirées à thèmes et commandite plusieurs organismes sociaux ou de loisir, dont la Ligue d’improvisation de la Vieille Capitale, la ligue de quilles Volte-Face, les Hors-la-loi.

    À l’occasion d’événements spéciaux comme les rencontres bi-annuelles des Hors-la-loi, l’Encan de Miels-Québec, la Fête du Faubourg, les différentes éditions de la Fierté Gaie ou de la Fête Arc-en-ciel et le Carnaval de Québec, entre autres, il adapte ses installations, organise aussi des activités spéciales cadrant avec eux et aménage la rue Saint-Augustin, face au bar, pour en faire une aire de spectacles. De plus, Le Drague est un acteur important du développement de la communauté et participe, à sa mesure, au soutien de celle-ci dans différents comités mis sur pied pour la rendre plus dynamique et accueillante. En fait, il joue son triple rôle de promoteur, d’aide et de soutien, comme la plupart des intervenants du milieu, mais aussi, à l’occasion, celui d’organisateur.

    L’évolution des mentalités
    Vingt ans (et plus pour Pierre L’Heureux), c’est une période de temps assez longue pour noter que les habitudes et les mentalités ont changé. Outre les événements ponctuels qui créent des soubresauts sporadiques, il note d’abord que, pour qu’un établissement comme le sien puisse poursuivre son développement, il faut porter une attention toute particulière aux besoins de la clientèle, ce qui exige des transformations physiques constantes et l’ajout d’équipements, la création de divers événements spéciaux (concurrence oblige!), l’élaboration de diverses formes d’animation et des concepts nouveaux de spectacles et de divertissement. Il remarque aussi que, depuis quelques années, la clientèle est plus difficile à fidéliser (la preuve en est, selon lui, que plusieurs endroits ont dû fermer leurs portes et ce, pour différentes raisons). Cela peut s’expliquer, par exemple, par un contexte économique plus fragile et imprévisible, l’arrivée de lois plus sévères sur la consommation (ce qui réduit la marge de profit), la popularité d’Internet qui sape le bassin de clientèle potentielle, le fait d’une certaine « lassitude » chez la clientèle plus âgée et, enfin, les intérêts différents ou plus diversifiés de la clientèle plus jeune. Bref, selon Pierre L’Heureux, il faut être aux aguets, faire preuve d’imagination et chercher constamment d’autres avenues de divertissement pour conserver les acquis.

    La Ville de Québec
    La Ville de Québec a, à tort selon lui, la réputation d’être peu réceptive aux doléances de la communauté gaie et de tenter assez souvent de « mettre des bâtons dans les roues » de plusieurs projets, certains allant même jusqu’à l’accuser de discrimination. Tout en reconnaissant que Québec n’est pas Montréal et que les milieux diffèrent énormément, Pierre L’Heureux affirme que, pour sa part, il n’a jamais relevé aucun indice de discrimination durant toutes ces années. Bien au contraire. Les vingt années d‘opération du Drague le prouvent. De toute façon, croit-il, il faut savoir s’adapter aux conditions particulières qui régissent le milieu et faire avec elles.

    Il note, comme d’autres, un certain repli de la communauté et le fait qu’elle soit à la recherche de son identité et d’un dynamisme qui lui soient propres. Une tâche qui s’avère difficile depuis quelques années. La disparition de plusieurs lieux de divertissement n’est pas de nature à faciliter cela, pas plus que le statu quo.

    ***

    En 2015 : Préparer L’avenir du Drague (article tiré de nos archives)

    Propriétaire majoritaire du Drague Cabaret Club depuis son ouverture en 1983, Pierre L’Heureux planifie sa retraite. À 58 ans, il prévoit travailler encore quelques années afin d’accompagner Jean-Philippe Blondeau, son successeur désigné, dans le processus de transfert de l’entreprise. On ne se sépare pas de son bébé du jour au lendemain!

    Pierre L’Heureux et Jean-Philippe Blondeau — Cabaret Le Drague

    Ce n’est pas un secret : employé du Drague depuis son premier quart de travail en tant que bussbo,y à 18 ans le 11 octobre 1998, Jean-Philippe Blondeau en devient progressivement le patron. Nommé gérant il y a quatre ans, actuellement directeur des opérations, il s’est vu confier de plus en plus de responsabilités par les trois actionnaires que sont Pierre L’Heureux, Pierre Bouchard et Sylvain Bourgault. À moyen terme, c’est à lui que le trio d’administrateurs passera le flambeau et la propriété du Drague, édifice y compris.

    Sans plan de carrière précis, Jean-Philippe Blondeau a gravi leséchelons un à un au sein du personnel du Drague après avoir vendu des chaussures chez Yellow et avoir étudié un moment en travail social. Intéressé par le monde de l’hôtellerie et de la restauration, il savait qu’il ne voulait pas être barman toute sa vie et parlait d’ouvrir un restaurant. En 2008-2009, il a complété un cours de sommellerie. Peu de temps après, le Drague réinventait son offre de vins au verre. « Quand je suis arrivé ici, on servait que du Nobela rouge et du Nobela blanc en cruche »se souvient Jean-Philippe. « Maintenant, le choix est plus étoffé avec quatre rouges et quatre blancs et un rosé en plus durant l’été. » Le Drague souhaite également proposer prochainement une plus grande diversité de bières en fût.

    Intéressé par le monde des affaires, habile dans la gestion des pro-blèmes, Jean-Philippe Blondeau a été sollicité pour prendre la relève du gérant Louis Perron lorsque ce dernier est retourné aux études pour ouvrir le Fleuriste du Faubourg. C’était en quelque sorte un test pour mesurer sa capacité à prendre la relève et sa maturité. Le pari semble réussi puisque le processus de transfert de l’entreprise est entamé. « D’un point de vue financier, un transfert de propriété est plus facile qu’une vente, explique Pierre L’Heureux. Les banques sont très frileuses quand vient le temps de prêter de l’argent à des bars. Je regarde les autres commerces de la communauté gaie et je me rends compte que ceux qui ont duré sont propriétaires de leur immeuble. »

    Trouver un dauphin à l’interne et le former représente donc une sage décision d’affaires, mais c’est aussi une façon de s’assurer de la continuité de l’héritage construit depuis plus de trente ans. Évidemment, certaines choses vont changer. Dans le monde des boîtes de nuit, les tendances vont et viennent de plus en plus vite et ne pas innover peut s’avérer cruel sur les revenus. Mais Jean-Philippe Blondeau compte préserver l’identité et la philosophie du Drague, véritable institution du nightlife à Québec. « Ici, les gens ne se font pas juger et je veux que ça reste comme ça. Au Drague, c’est vivre et laisser vivre, tu peux être toi-même», analyse le futur proprio. Présent lors de l’entrevue, Sylvain Bourgault ajoute qu’il y a comme « une inexplicable énergie ancrée dans les murs, mais aucune agressivité. Je pense que le client ressent ça. » Pour un si gros éta-blissement, le Drague compte en effet peu d’agents de sécurité et les interventions policières y sont rares, voire inexistantes.

    Les clients de longue date s’en doutent bien : Pierre L’Heureux ne quittera pas le Drague avant d’avoir complété les rénovations entamées il y a quelques années. Amoureux du marteau, le grand Pierre supervisera bientôt les travaux visant à redonner un design complètement nouveau à la section principale appelée cabaret, soit la zone des spectacles à gauche au rez-de-chaussée. Si le système de son et l’éclairage ont été revus entièrement récemment, le dernier vrai réaménagement du cabaret date de l’enlèvement du plafond en 1993. Le chantier, qui couvrira également l’entrée — portes et escalier inclus—, s’échelonnera jusqu’au printemps tout en cherchant à nuire le moins possible à la clientèle, ce qui impliquera de travailler de nuit et en début de semaine surtout.

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