Lundi, 4 juillet 2022
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    La chasse aux sorcières

    Prise de toutes parts à la gorge par les scandales pédophiles, la hiérarchie vaticane s’est mise à déployer depuis un mois toute une panoplie d’accusations haineuses à peine imaginables. Début avril, ce fut au tour du numéro deux du Vatican, le Cardinal Bertone, de chanter une messe homophobe de la pire espèce en déclarant que les scandales de pédophilie qui secouent l’Église catholique sont liés à l’homosexualité, et non au célibat des prêtres. Bertone, en visite au Chili, a montré lors d’une conférence de presse le vrai visage de la haine catholique : «De nombreux psychologues et psychiatres ont démontré qu’il n’y avait aucun lien entre le célibat et la pédophilie et beaucoup d’autres, qu’il y avait une relation entre l’homosexualité et la pédophilie(…) Cette pathologie touche toutes les catégories de gens, et les prêtres à un moindre degré si l’on regarde les pourcentages.» Il a, en outre, annoncé qu’il croyait savoir que le pape nous surprendrait bientôt encore en prenant des initiatives audacieuses sur les affaires de pédophilie dans l’Église. La chasse aux sorcières — c’est-à-dire les gais — est loin d’être fermée au Vatican. On peut imaginer que la communauté scientifique, celle-là même qui a fait ôter l’homosexualité de la liste des maladies de l’OMS, est avide d’interroger Bertone sur ses sources: qui donc sont ces nombreux psychiatres et psychologues qui font le lien entre homosexualité et pédophilie?

    De manière évidente, le Vatican ne sait plus comment faire face aux très nombreux scandales pédophiles et fait flèche de tout bois. On voit que le Saint-Siège orchestre une campagne de désinformation en prétendant (sans présenter aucune preuve scientifique) que les «statistiques» montrent qu’il n’y a pas plus de pédophilie dans l’Église que dans les familles et en désignant des boucs émissaires : tout y passe, les Juifs, les francs-maçons et les homosexuels. La haute hiérarchie de l’Église catholique n’en finit pas de dévoiler son vrai visage: celui de la haine et de la volonté de puissance, alors qu’elle prêche le pardon et la charité. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est entrée en guerre ouverte contre l’homosexualité. 

    Des personnalités de premier plan comme le scientifique britannique Richard Dawkins et l’auteur anglo-américain Christopher Hitchens viennent de lancer un appel à l’arrestation du pape Benoît XVI pour crimes contre l’humanité, comme le relataient les médias le 11 avril dernier. Le pape pourrait tomber sous le coup de la loi anglaise lorsqu’il se rendra en visite au Royaume-Uni en septembre prochain, et être arrêté comme l’a été, en son temps, le Général Pinochet. Les deux hommes ont demandé à des avocats spécialisés dans les droits de la personne d’examiner quels outils juridiques pourraient être utilisés contre Benoît XVI. Si, au moment de son annonce, l’idée paraissait quelque peu extravagante, la déclaration fracassante du numéro deux du Vatican quelques jours plus tard incite à mieux comprendre cette initiative qui vise à dénoncer le traitement scandaleux du problème des nombreux cas de pédophilie par le Saint-Siège. 

    Face aux propos insultants, discriminatoires et ouvertement homophobes du Cardinal Bertone, et sachant qu’il représente officiellement le Vatican, il convient en effet de déployer tout l’arsenal juridique disponible. On ne peut continuer à ignorer de telles incitations à la haine. L’équation homosexualité-pédophilie, fausse, ignoble et anti-scientifique, est une affirmation malhonnête qui affecte la vie et la dignité de millions de personnes gais et lesbiennes à travers le monde, confirmant le cynisme, le manque de scrupules et la cruauté de cette même hiérarchie vaticane. 

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    Je sais, ce n’est pas très charitable de s’en prendre à un mort, et encore moins quand il est décédé dans les circonstances tragiques d’une catastrophe aérienne, qui a fait près d’une centaine d’autres victimes, moins médiatisées. Mais il y a quelque chose d’indécent dans le débordement d’hommages rendus au président polonais Lech Kaszynski, quel que soit le respect que l’on puisse avoir pour le chagrin et le désarroi du peuple polonais. Car enfin, qui était Lech Kaszynski? Favorable à la peine de mort (abolie en 1997), opposé à l’avortement et homophobe convaincu, il était l’instigateur d’une chasse aux sorcières qui indisposait une grande partie de la classe politique de son pays et de toute l’Europe. Grand ami aussi de Radio Maryja, une station ouvertement xénophobe et antisémite qui, outre son combat contre le mariage homosexuel et l’avortement, s’est aussi distinguée en menant une bataille contre le remboursement des biens juifs spoliés pendant la Deuxième Guerre mondiale. Doit-on rappeler qu’il s’est bâti un capital politique national en interdisant plusieurs fois la Gay Pride alors qu’il était maire de Varsovie? En voilà un qui n’avait pas besoin de porter un signe visible de ses convictions religieuses pour afficher ses positions! 

    Or qu’a-t-on lu dans les médias, à la suite de son décès? À côté d’expressions de deuil et de condoléances de circonstance, les médias et politiciens ont tracé le portrait d’un homme qui prônait une réforme de la Pologne dans la justice, la solidarité, le respect des droits humains et l’honnêteté. On sourit d’une telle originalité, car on connaît peu d’hommes politiques ayant pour projet — du moins ouvertement — de conduire leur pays sur la voie de l’injustice, de l’égoïsme et de la corruption… 

    Il ne manque plus que le Vatican annonce que Lech Kaszynski est un candidat pour la canonisation…

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