Mercredi, 8 Décembre 2021
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    WEB-ÉTIQUETTE : Ne pas y aller par quatre chemins… avec un petit détour

    Me regardant, bien assis dans ma chaise haute du haut de mes deux ans, ma mère s’obstinait déjà à m’enseigner la politesse en me rappelant le pouvoir du fameux «mot magique» (s’il vous plaît) lorsque j’insistais pour une deuxième portion de dessert. Quelle bibitte à sucre j’étais à l’époque! C’est peut-être pour cette raison que je pourrais presque me qualifier aujourd’hui comme projectile pour le lancer du nain… Mais je m’éloigne du sujet que je suis en train d’amener avec tant d’agilité. Maintenant adulte et conscient de mon statut d’être vivant qui évolue en société, je m’efforce quotidiennement d’user d’un minimum de diplomatie et de tact dans chaque échange avec les membres de mon peuple. Alors pourquoi diable, lorsque je m’assois devant mon ordinateur et que je lance ma ligne pour agiter mon hameçon virtuel afin de capturer une proie intéressante qui a le potentiel de rassasier mon appétit (veuillez prendre note que je suis contre le braconnage et que je remets à l’eau tout spécimen de moins de six pouces!), mes bonnes manières tombent-elles à l’eau ?

    Je me vois très mal lancer à mon charmant pharmacien arabe, entre deux tubes de Préparation H ultra fort et un six packs de poires anales, une pick-up line gagnante du genre : «Woof! T’es endurant? Woof!». Plan pour qu’il m’envoie subito presto chez le vétérinaire. Par contre, lorsque minuit sonne et que les hormones envahissent ma matière grise, qui voit de plus en plus blanc, je ne me gêne pas pour cliquer sur ce profil affichant Sit’n’ride-it-til-u-faint dans son plus simple appareil et en pleine possession de son membre, que l’on pourrait confondre au comptoir de concombres anglais chez Métro. «Seed me babyyyy !!!» Avant même d’analyser l’impact que peuvent avoir de tels propos sur mon appareil digestif, ma cervelle secondaire située à l’équateur de mon corps m’ordonne d’envoyer ce message d’une subtilité digne d’une drag queen dans un village amish. Vingt secondes s’écoulent avant que je reçoive une version non censurée de : «Viens t’abreuver à ma fontaine, mon beau.» Une jolie discussion jurant outrageusement avec My heart wil go on que j’écoute dans le tapis! Je me ressaisis et efface avec empressement toute trace (une multitude de couleurs tels le blanc, le rose et le brun me viennent soudainement à l’esprit) de cet échange disgracieux contrevenant à mes valeurs. Doux Jésus! Où est donc passé le modèle d’introduction avec sujet amené («Salut ! Comment vas-tu, mon cher?»), posé («Tu me plais vraiment!») et divisé («Es-tu partant pour un verre? Chez toi ou chez moi?») que j’ai si bien appris à l’école secondaire?

    Puisque cet échange frivole m’a tout de même le moindrement titillé, je décide donc d’ouvrir mes messages reçus. Moi qui pensais avoir offensé les forces occultes avec mes propos indécents! Une pluie torrentielle d’insanités inonde maintenant mes pauvres yeux ! Parfois coquins, souvent vulgaires, les gens me bombardent au premier contact de questions surpassant l’indiscrétion. Loin de moi l’idée de jouer à la vierge offensée (j’ai quand même mis au rancart ma virginité il y a quelque temps), mais, de grâce, si j’ai pris la peine d’expliquer ce que je cherche en quelques lignes sur mon profil, LISEZ ! Si vous n’êtes pas capable de voir les caractères parce que l’ordinateur se trouve trop près de votre rétine et que vous avez laissé vos lunettes dans votre OLDsmobile station, c’est peut-être parce que vous excédez l’âge limite, bonyenne ! Évidemment, lorsque le nombre de fautes dans un message dépasse le nombre de mains qui touchent à un danseur nu lors d’un ladie’s night, il serait de rigueur que vous preniez ce temps précieux que vous consacrez à votre prochaine rencontre nocturne pour vous claquer quelques dictées Bernard Pivot.

    Le Web impose une barrière physique et psychologique entre nous et notre destinataire, ce qui nous incite à partager sans hésiter nos fantasmes les plus fous sans craindre de subir le regard désemparé et le relâchement de mâchoires de nos pairs. Je comprends que nous exposions clairement nos désirs afin d’éviter de perdre notre temps et de rencontrer des gens qui, au final, ne correspondent pas à nos critères, à nos attentes. Mais n’est-ce pas là la beauté de la séduction, prendre son temps? l’essai-erreur? tenter de charmer l’autre avec nos idées, notre humour, notre langage du corps, dans le but ultime de lui faire goûter notre version terrestre du paradis? Qui a dit que les one night doivent être dénués de tout romantisme? Quand les diagrammes chantés reviendront-ils à la mode? J’exagère légèrement, mais un minimum de décence aux premiers abords serait bienvenu. Votre maman sera tellement fière!

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