Mardi, 30 novembre 2021
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    Le garçon et la masturbation : « Les boîtes de carton » de Tom Lanoye

    Comme son confrère Hugo Claus, écrivain aujourd’hui décédé et auteur du Chagrin des Belges, livre phare de la littérature flamande, Tom Lanoye est un autre enfant terrible des lettres néerlandaises. Fort connu dans son pays comme poète (il a été Poète de la cité de la ville d’Anvers) et dramaturge, c’est aussi un des romanciers les plus connus et les plus primés de la Belgique, contrée qu’il n’hésite pas à la manière d’un Thomas Bernard pour l’Autriche à pourfendre.

    Le Vlaams Blok, parti de droite de la Flandre, en sait quelque chose qu’il a poursuivi avec autant de hargne que d’humour, se présentant même aux élections municipales pour contrer sa montée. C’est un provocateur et un satiriste de premier ordre. Si on veut connaître cet excellent écrivain on aura la chance de lire en français, vingt après sa publication originale, son roman Les boîtes de carton. Comme on pourra lire en français La langue de ma mère, de 2009, traduit en français en 2011 par les Éditions de la différence.

    Comme ce dernier titre, Les boîtes de carton, est largement autobiographique. Son héros porte le nom de Tom Lanoye. Il a dix ans quand commence son aventure avec un garçon nommé Z. lors d’un départ pour une colonie de vacances organisé par une association religieuse, Les Mutualités chrétiennes. Il y a donc ici des curés et un collège où il étudie et qu’il dépeint avec sarcasme et lucidité. Cela se passe dans les années 70 dans la Flandre profonde.

    Le roman est divisé en quatre parties inégales qui correspondent à quatre sortes de boîtes de carton. Une première qui est une valise de carton mâché qu’il emporte avec lui en vacances, valise du pauvre s’il en est une. La deuxième est une boîte de carton pour souliers et la troisième une boîte pour les archives; elles varient ainsi avec l’âge deTom, 10 ans, 12 ans et le début de l’adolescence; la quatrième boîte, elle ne sert à rien et Tom a vingt ans de plus.

    Le premier chapitre est plein de souvenirs familiaux, de la vie de Tom dans le village de P., qui est en fait Saint-Niklaas (Saint-Nicolas en français) où il est né. On apprend que son père est boucher et que sa mère, qui joue en amateure des pièces de théâtre, se préoccupe qu’il ait des sous-vêtements propres au cas il aurait un accident. Il a également une sœur et un frère. Des grands et petits événements de la vie quotidienne sont étalés ici avec verve et ferveur.

    Le deuxième chapitre est consacré à la vie de collège où on trouve une description minutieuse et ironique de trois professeurs surnommés « Le Boche », « Le Jap » et « Mussolini ». Non que ces professeurs soient méchants, mais chacun a ses petites manies, plutôt drôles; ils représentent surtout la Flandre en images grotesques, critiques et véridiques tout à la fois. Le romancier y décrit aussi la masturbation frénétique du jeune Lanoye, et ce, en long et en large, nous en donnant toutes manières de la pratiquer selon les lieux : debout, accroupi, dans le bain, dans le lit, au coin d’une rue, dans une gare, dans un café, dans un train, en auto, ainsi de suite. C’est hilarant.

    Et puis, dans une troisième partie, la plus importante, c’est la sexualité de Tom et son amour pour Z. qui prennent toute la place. L’auteur se fait plus sérieux, ou paraît plus sérieux, plus mélancolique en tout cas, dans la description de l’amour de Tom, sa façon de vouloir toujours être près de Z jour et nuit. Le romancier souligne tous les symptômes de cette attirance et le besoin de satisfaire sa sexualité.

    La masturbation devient, comme il l’écrit, une médication provisoire, une manière de chauffer à blanc son désir, une volonté de devenir le garçon aimé. Les pages ici sont belles, peignant avec justesse la souffrance amoureuse, la quête de l’être aimé, l’absolu de l’amour, l’angoisse qui l’accompagne, les déceptions (Z. aime mieux les filles), l’intensité que prend la vie à la puberté.

    Ce roman inoubliable se clôt sur un ultime chapitre avec la mort du frère dans un accident d’auto alors que Tom a 32 ans. Il est marié à R., son blond époux comme il l’appelle. Il revient sur ses années passées, ses relations avec des femmes, sur le gym qu’il a fréquenté, mais aussi sur le bonheur que procure l’écriture. Il lui reste une dernière boîte de carton dont il ne sait quoi faire. Reste la littérature.

    Les boîtes de carton / Tom Lanoye, traduit du néerlandais (Belgique) par Alain van Crugten. Paris: Édition de la Différence, 2013. 191p.

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