Lundi, 25 octobre 2021
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    Métier : Marionnettiste — De main de maître

    Il n’avait que trois ans quand il a dit à sa grand-mère qu’il aimerait devenir marionnettiste. On peut affirmer qu’à 45 ans, Patrick Martel a remporté son défi haut la main. Sa plus récente création? Les marionnettes géantes de « Toruk – le premier envol », le tout dernier spectacle du Cirque du Soleil, maintenant en tournée mondiale. Fugues a rencontré un marionnettiste en pleine possession de son art.

    « Être un marionnettiste, c’est autant être un super technicien qu’un super poète!». C’est ainsi que se définit Patrick Martel. Pendant plus d’une heure, il me parle de marionnettes à gaines ou à gueule, de spectacles pour enfants ou pour adultes, de projets qui l’ont fait vibrer. Dire qu’il est passionné par son art ne serait pas à la hauteur de ce qu’il vit. Souriant, posé, le regard charmeur, ce créateur ouvertement gai vit avec autant d’intensité que lorsqu’il était enfant et qu’il ouvrait la télévision.

    Spectacle Toruk du Cirque du Soleil

    « C’est via les émissions jeunesse que j’ai eu mon premier contact avec les marionnettes. Il y avait Bobinette, bien sûr! Je me rappelle aussi de Brimbelle, la petite marionnette de la Souris verte. Mais de tous ces personnages, pour moi, Nic et Pic, c’était le top! C’est l’émission qui a le plus influencé ma carrière. Je devais avoir 7 ou 8 ans et j’avais ces deux marionnettes à la maison. Je me souviens avoir construit, avec ma mère, la montgolfière de Nic et Pic avec un panier à linge! J’étais fasciné par les marionnettes. Moi, enfant, quand je recevais un toutou, je regardais s’il y avait un trou pour mettre ma main dedans! » (rires).

    Captivé par les marionnettes, il ne voit pas comment il pourrait en faire une carrière. Patrick choisit alors d’aller étudier en théâtre, à l’UQAM, dès 1989. Mais rapidement, il s’aperçoit qu’être comédien, ce n’est pas pour lui. Tout en poursuivant sa formation en jeu, il prend des cours de scénographie et aussi de fabrication de marionnettes. À peine sa formation universitaire terminée, il obtient un contrat pour le Grand jeu de nuit, spectacle à grand déploiement présenté dans le cadre du 350e anniversaire de Montréal. C’est le Théâtre Sans Fil qui l’engage. « On était 60 marionnettistes. Quand j’ai postulé, il ne restait qu’un poste à combler: j’ai été le dernier choisi! »

    Presque 25 ans plus tard, Patrick fait un survol de tous les projets auxquels il a participé… et il y en a : des émissions jeunesse (1,2,3…Géant , Iglou-glou, Paul et Suzanne, etc.), du théâtre de marionnettes, particulièrement avec le Théâtre de l’Avant-Pays, et aussi l’enseignement à l’UQAM, ayant mis la main à la pâte pour créer le DESS en théâtre de marionnettes contemporain de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM.

    Le secret de son succès? « Pour gagner sa vie dans ce milieu, faut pas que tu ne fasses qu’une chose, faut que t’en fasses 60! Moi, ma théorie, c’est dire « oui » à toutes les opportunités! C’est ce que j’ai fait… jusqu’à l’an dernier, lorsque j’ai reçu un coup de fil pour travailler sur le nouveau spectacle sur Cirque du Soleil. »

    À l’été 2015, Patrick est approché par le duo Victor Pilon et Michel Lemieux, à qui le Cirque a donné le mandat d’adapter pour la scène le film à succès de James Cameron, Avatar. « Travailler sur Toruk, ça a été un cadeau de la vie! D’autant plus que j’ai pu être impliqué à plein de niveaux : à la conception des seize marionnettes, au suivi de la fabrication et aussi à la direction du jeu des marionnettistes. »

    Le plus grand défi relevé par Patrick demeure la création du toruk, cet immense oiseau-dragon dont l’envergure des ailes dépasse 12 mètres. « Même s’il était surdimensionné, il ne devait pas dépasser 200 livres (le poids d’une homme) une fois démonté, pour des raisons de logistique de transport ».

    Patrick Martel, marionnettiste sur le prototype de Toruk

    Mission réussie pour Patrick et son équipe, le toruk a pris son envol en décembre dernier. « Travailler sur une mégaproduction comme avec le Cirque du Soleil ou sur une petite production à trois marionnettistes, c’est pas mal identique. Ce sont les mêmes étapes, les mêmes questions qu’on se pose, les mêmes doutes et les mêmes moments « eurêka »! Y’a juste plus d’intervenants! »

    Fier de son travail, Patrick tourne la page sur cette aventure avec le Cirque du Soleil, qui l’a occupé depuis un an et demi, et part en tournée avec l’artiste et dj montréalais Kid Koala. « Ce gars-là est un créatif complètement fou! Il a eu l’idée de transposer son roman graphique en spectacle « Nufomia must fall » en spectacle live qui mêle marionnettes, cinéma, théâtre, quatuor à cordes et Kid Koala aux tables tournantes. » Ce spectacle, présenté en première à Toronto à l’été 2014, fera le tour des États-Unis ce printemps. Ce sera l’occasion pour Patrick de se remettre à la manipulation de marionnettes, un aspect de son travail qu’il faisait moins depuis quelque temps. « Car la manipulation est associée à la vie de tournée. Et quand t’es sur la route, c’est du temps que tu ne peux pas mettre à faire de la création, de la fabrication. » À la veille de son départ, ressent-il un stress de remonter sur scène? « Jouer, c’est la partie qui me stresse le moins. C’est comme pratiquer un sport » avoue celui qui fait partie d’une équipe sportive, le premier club de rugby gai au Québec, Armada.

    Patrick Martel, marionnettiste spectacle Kid Koala

    Mais si vous voulez voir des marionnettes de Patrick en action, ne manquez pas la pièce de théâtre pour enfants «Mémoire de Lou», du Théâtre de l’Avant-Pays, présentée dès le 27 septembre prochain. Patrick, en plus d’avoir conçu les marionnettes, signe ici la scénographie et la mise en scène. «Et c’est mon chum, François Monette, qui a composé la musique de cette pièce! J’adore travailler avec lui. Il est super bon. C’est mon compositeur à vie!» En couple avec François depuis presque 9 ans, il se rappelle de leur première rencontre : «C’était justement lors de mon tout premier contrat comme marionnettiste, pour le spectacle dont je te parlais plus tôt, le Grand jeu de nuit lors du 350e de Montréal!»

    Et question de bien boucler la boucle, Patrick fera partie, à sa façon, des festivités entourant le 375e anniversaire de Montréal, dès cet été. Il a créé une marionnette, un castor, qui donnera sa propre version de l’histoire de la traite de fourrure! À voir en vidéo projetée sur un mur du Vieux-Montréal dans le cadre du projet multimédia « Cité Mémoire ».

    Nufomia must fall live, projet multimédia de Kid Koala
    kidkoala.com/upcoming-events/

    Mémoire de Lou, dès le 27 septembre 2016
    www.avantpays.qc.ca/calendriermemoiredelou

    Toruk – le premier envol
    www.cirquedusoleil.com/fr/toruk

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