Jeudi, 28 octobre 2021
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    Le regard masculin (male gaze) au service d’un Noël gai

    Le concept du regard masculin désigne un procédé par lequel une œuvre visuelle (magazines, photographie, cinéma, publicité, jeu vidéo, bande dessinée, etc.) impose à l’ensemble des spectateurs d’adopter la perspective d’un homme hétérosexuel.

    Cette technique et à ce point courante et intégrée qu’on la remarque à peine. Elle peut parfois correspondre au regard de l’un des personnages, donc subjectif, ou être théoriquement objective et être alors le reflet d’une caméra désincarnée.

    Au cinéma, un exemple classique serait celui d’une caméra qui s’attarde longuement sur les formes d’un corps féminin en débutant pas le bas et en remontant lentement le long des hanches, en s’attardant sur les seins pour se terminer sur la tête. La femme peut être complètement seule, mais la caméra dicte au spectateur ce qu’il doit regarder et quelle insistance il doit porter à certaines parties du corps.

    Son pendant féminin n’apparait que plus rarement au cinéma ou à la télévision. Il faut dire que le milieu est encore largement occupé par des hommes et que ces derniers ont tendance à reproduire des codes cinématographiques des millions de fois répétés et assimilés. Parmi les exemples récents de regards féminins, on peut citer La servante écarlate (The Handmaid’s tale), I love DickFleabag et The love witch. Même phénomène du côté du regard masculin, mais cette fois-ci orienté vers un autre homme. À l’exception des films de réalisateurs gais abordant une thématique gaie et bien souvent surtout orientés vers un marché LGBT, c’est assez rare.

    Quelle ne fut donc pas ma surprise de retrouver ce dernier exemple dans un film grand public de Noël réalisé, en 2020, pour la chaîne télévisuelle de Paramount : Dashing in December (Le Noël le plus gai… à ce jour au petit écran). En effet, une scène du film combine des éléments à la fois objectifs (une caméra impartiale) et subjectifs (le regard d’un autre homme). Bien évidemment, le film relate une histoire d’amour improbable entre deux hommes, à l’approche de Noël, et on pourrait s’attendre à ce que l’utilisation d’une telle technique soit inévitable dans un contexte LGBT, mais c’est au contraire assez surprenant.

    Dans les trois premiers films de Noël comportant une thématique LGBT (The Happiest SeasonThe Christmas Set Up et Dashing in December), tous produits cette année, c’est le seul exemple que j’ai pu relever. Comme les deux autres films, il s’agit d’un film à la Hallmark destiné à toute la famille et la scène est empreinte d’une tension sexuelle, mâtinée d’humour, assez palpable. Très brève, elle se déroule de 43 :34 à 43 :53.

    On débute par une levée du lit de Wyatt Burwall (interprété par Peter Porte). La caméra se situe alors au niveau de sa tête et de son torse alors qu’il marche derrière le lit. Lorsqu’il fait face au spectateur, elle s’abaisse au niveau de la taille et d’un short boxer moulant et bien fourni. Son visage et alors moins visible et la caméra nous désigne clairement ce que l’on doit regarder.

    Il ouvre la porte de la salle de bain et surprise : Heath Ramos (interprété par Juan Pablo Di Pace) y est également présent, en boxer.

    On passe alors à une prise de vue de Wyatt qui baisse les yeux en direction des sous-vêtements de Heath (et sans doute de leur contenu).

    Il se reprend alors et porte son regard sur le visage de Heath.

    La caméra (ou les yeux de Heath) s’abaisse alors pour nous montrer les sous-vêtements de Wyatt. Le visage est alors complètement absent du cadre.

    Paniqué par cette rencontre surprise, Wyatt balbutie une excuse et retourne à sa chambre alors que Heath jette un œil intéressé et appréciateur au corps dénudé et de dos de celui-ci qui s’éloigne.

    Bref, une scène d’une durée totale de 20 secondes et qui n’aurait donc pas dû se relever notable, mais qui surprend dans ce type de production. Normalement, les films de Noël à la Hallmark se limitent à une mise en valeur du visage et du sourire des protagonistes ou, à la rigueur, à celle du torse ou de la taille de ces derniers, mais il est extrêmement rare qu’on s’attarde en dessous de la ceinture. Et c’est encore plus marqué lorsqu’on ne se trouve pas dans un contexte hétérosexuel. 

    Le réalisateur et scénariste gai Jake Helgren compte une quarantaine de films à son actif dont dix se déroulent pendant la période des fêtes et sont destinés à un large public : il maîtrise donc parfaitement les codes de ce type de production. J’ignore s’il a rencontré des problèmes à faire accepter cette petite scène légèrement coquine, mais malgré sa courte durée, elle n’en contribue cependant pas moins à générer des personnages plus réalistes.

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