Jeudi, 16 septembre 2021
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    Des pairs-aidants gais prennent la parole sur le rétablissement de la dépendance au crystal meth

    Deux hommes gais, dépendants au crystal meth (méthamphétamines), Jean-Sébastien Rousseau et Alexandre Fafard, sont maintenant abstinents et pairs-aidants. Ils viennent de lancer le projet Ça prend un Village, une plateforme web dédiée au rétablissement de la dépendance au crystal meth où sont proposés des contenus éditoriaux pour des gars qui se rétablissent et faits par des gars qui se rétablissent de leur dépendance au crystal meth. 

    Leur objectif est de créer un espace dans lequel les personnes concernées sont comprises, représentées et accueillies avec bienveillance. Il s’agit aussi d’entamer publiquement une discussion honnête sur ce sujet brûlant d’actualité dans les communautés GBTQ+ d’ici et dans le monde entier. 

    En cette ère pandémique qui, de toute évidence, acerbe la crise liée à la consommation de drogues dures, l’initiative arrive à point nommé. 

    «?Dans cette première proposition de contenus, on ne documente pas la déchéance du crystal meth, mais bien la lumière qui peut exister dans le rétablissement et la sobriété, explique Jean-Sébastien Rousseau. «On se parle entre nous mais on s’adresse à vous, sans honte ni tabous.»

    «C’est vulnérable, maladroit parfois, mais c’est touchant», ajoute quant à lui son collègue Alexandre Fafard, «Ce sont des tranches de vie de rétablissement qui, on l’espère, sèmeront l’idée qu’il est possible de vivre au-delà de cette dépendance.?»

    Sur le site web caprendunvillage.com on retrouve comme premiers contenus éditoriaux une série de vidéos témoignages sur le rétablissement, dans lesquelles les cofondateurs rencontrent d’autres confrères qui se rétablissent de leur dépendance au crystal meth.

    Ces quatre courtes vidéos documentaires sont produites en collaboration avec RÉZO, l’organisme montréalais communautaire phare pour les hommes gais et bisexuels, cis et trans (santé globale), dans le cadre de l’initiative Champions communautaires.

    Un manque de repères
    Sujet sensible pour ceux qui en sont affectés, la dépendance au crystal meth est souvent synonyme de honte et d’isolement, et ce malgré le fait qu’elle soit de plus en plus commune. Pour plusieurs consommateurs, le crystal meth est intimement lié à l’expérience sexuelle : les termes chemsex et Party’n’Play (PNP) en témoignent bien, d’ailleurs. Les consommateurs et ceux qui se rétablissent peinent à trouver des ressources adaptées à leur réalité dans le système de santé, déjà peu adapté aux réalités des hommes GBTQ+. Ils se butent à l’absence de références positives dans leur communauté ainsi qu’au stigmate et à l’incompréhension souvent associés à leur vécu. C’est du moins ce qu’ont constaté Jean-Sébastien Rousseau et Alexandre Fafard en arpentant eux-mêmes les soins traditionnels autant que les approches hors du circuit conventionnel.

    Ils ont pris la parole publiquement sur leur expérience afin de partager les repères qu’ils ont eux-mêmes mis en place pour se rétablir. Avec ÇA PREND UN VILLAGE, ils souhaitent d’abord et avant tout véhiculer l’espoir selon lequel il est possible de se sortir de l’enfer du crystal meth. Cela, en composant un village personnalisé d’alliés, de ressources et de repères ainsi qu’en s’appuyant sur une communauté de semblables qui les reconnaît et les accueille. 

    L’idée d’un espace virtuel dédié à la valorisation d’une démarche d’arrêt de consommation de crystal meth et au leadership dans le rétablissement s’est imposée naturellement. Du contenu «?pour et par?» des gars qui se rétablissent y est proposé.

    Portrait d’une crise silencieuse 

    Selon le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, le crystal meth ou la méthamphétamine « est une substance de synthèse classée comme stimulant du système nerveux central (SNC) ou comme psychostimulant (…) Tout dépendant de sa forme, (elle) peut être reniflée, injectée, ingérée ou fumée (…) L’effet euphorique attribuable à la consommation de méthamphétamine résulte d’une élévation du taux de dopamine (neurotransmetteur associé au plaisir, au mouvement et à l’attention) dans le cerveau (…) Elle agit de façon plus marquée que la cocaïne sur le taux de dopamine dans le cerveau, d’où un effet plus intense et prolongé. En effet, s’il faut une heure pour éliminer 50 % de la cocaïne de l’organisme, il en faut 12 dans le cas de la méthamphétamine.?»

    La consommation de crystal meth augmente dans les communautés GBTQ+ du pays. À preuve, le sondage Sexe au Présent rapportait que 3,6 % des hommes québécois répondants en avaient consommé dans la dernière année. En 2018, l’étude Engage signalait que plus de 8 % de la cohorte de participants en avaient consommé dans les six derniers mois. Si ces données peuvent ne pas sembler particulièrement spectaculaires ni alarmantes pour certains, rappelons que la crise du crystal meth chez les hommes GBTQ+ est relativement jeune mais exponentielle et que la documentation est à ce jour encore insuffisante. Ces données marquent néanmoins l’impact néfaste grandissant de la substance sur la santé des hommes des dites communautés. À preuve, les cliniques de médecine urbaine sont de plus en plus nombreuses à sonner l’alarme. Le nombre d’études scientifiques sur le sujet augmente, tout comme les initiatives du milieu communautaire.

    Si c’est la crise des opiacés qui est souvent relatée dans les médias et avec raison, celle provoquée par la dépendance au crystal meth chez les hommes des communautés GBTQ+ n’en est pas moins d’actualité. Les conséquences sur la santé physique, émotive, sexuelle et communautaire des hommes ayant des relations avec les hommes sont bien réelles. Toutefois, un certain silence perdure tout comme le manque criant de ressources adaptées. 

    INFOS | caprendunvillage.com 

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