Lundi, 25 octobre 2021
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    Le mariage entre personnes de même sexe fait un (petit) pas en avant au Japon

    Un tribunal au Japon a estimé mercredi que la non-reconnaissance du mariage entre personnes du même sexe était anticonstitutionnelle, une première dans le pays qui a été immédiatement saluée comme une victoire par des militants pour l’égalité des droits.

    Le tribunal de première instance de Sapporo a déclaré que le fait de ne pas reconnaître le mariage gay était contraire à l’article 14 de la Constitution japonaise, qui stipule que «tous les citoyens sont égaux devant la loi».

    Cette décision devrait accentuer la pression sur les parlementaires japonais en vue d’une légalisation du mariage pour tous, mais le chemin risque encore d’être long. Le pouvoir au Japon, contrôlé par le Parti libéral-démocrate (PLD), une formation de droite conservatrice, freine des quatre fers sur la question depuis des années. Ce sujet «concerne les fondations de la famille dans ce pays et doit être considéré avec une extrême prudence», avait ainsi déclaré le Premier ministre Yoshihide Suga le mois dernier.

    L’État estime que les unions de même sexe ne sont «pas prévues» par la Constitution. Celle-ci se borne toutefois à souligner à propos du mariage la nécessité d’un consentement mutuel des deux sexes, ce qui laisse la place à beaucoup d’interprétation.

    Le jugement de Sapporo est le premier à être rendu dans le cadre d’actions en justice contre l’État engagées par une dizaine de couples homosexuels en 2019. Dans une déclaration commune, les plaignants ont dit mercredi espérer que les autres procès toujours en cours ailleurs dans le pays permettront de parachever leur victoire, afin de «pousser davantage le Parlement à faire évoluer la loi».

    Entourés de drapeaux arc-en-ciel, les avocats des plaignants de Sapporo ont hissé devant le tribunal une banderole saluant sa décision comme «un grand pas pour l’égalité devant le mariage». «Il est nécessaire d’exiger du Parlement qu’il prenne rapidement des mesures législatives pour clarifier une situation actuellement illégale et qu’ils ont négligée», ont déclaré ces avocats.

    «J’appelle la Diète, en tant que branche législative de l’Etat, à délibérer sur une proposition d’amendement du code civil pour rendre possible» les unions de même sexe, a aussi déclaré sur Twitter l’élue d’opposition Kanako Otsuji, l’une des rares personnalités politiques japonaises ouvertement LGBT.

    Le tribunal de Sapporo a toutefois rejeté mercredi des demandes de dommages-intérêts des plaignants, dont chacun réclamait un million de yens (environ 7.700 euros) à l’État pour ne pas bénéficier des mêmes droits que les couples hétérosexuels. «J’ai d’abord été un peu déçu quand j’ai entendu le mot ‘rejet’ dans l’énoncé», a commenté lors d’une conférence de presse Ryosuke Kunimi, l’un des plaignants âgé d’une quarantaine d’années. «Mais, après, je n’ai pas pu retenir mes larmes (de joie, NDLR) quand le président de l’audience a dit qu’il n’était pas raisonnablement fondé et qu’il était discriminatoire» de priver les homosexuels du droit au mariage, a-t-il ajouté.

    Certificats symboliques

    Anciennement, la société japonaise était plutôt tolérante vis-à-vis de l’homosexualité, comme en attestent des documents évoquant des samouraïs entretenant des relations avec des hommes. L’homosexualité est aussi un thème récurrent dans les estampes (ukiyoe). Mais à mesure que l’archipel s’est ouvert à l’étranger dans la seconde moitié du 19e siècle, les préjugés occidentaux contre l’homosexualité se sont imposés, et ils ont toujours la vie dure dans une société essentiellement conformiste.

    Les mentalités évoluent toutefois: selon un sondage publié en novembre dernier par le quotidien conservateur Yomiuri, 61% des Japonais sont désormais favorables au mariage gai. Et en 2015, l’arrondissement branché de Shibuya, dans le cœur de Tokyo, avait innové en délivrant des certificats aux couples de même sexe pour leur faciliter certaines démarches administratives.

    D’autres collectivités locales ont imité cette initiative par la suite, mais la portée de ces certificats demeurent limitée. Nombre de couples LGBT au Japon ne résident pas dans des communes où ces certificats existent, et même ceux qui en possèdent éprouvent parfois des difficultés à les faire valoir dans certaines situations et démarches administratives.

    Le Japon est le dernier pays du G7 à ne pas reconnaître les unions de même sexe. En Asie, seul Taïwan autorise le mariage pour tous (depuis 2019), mais la Thaïlande pourrait bientôt l’imiter.

    Rédaction avec AFP

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