Samedi, 31 juillet 2021
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    Bones & Wires, chercher en soi pour aller vers l’autre

    La pandémie a bouleversé le calendrier de nombreux artistes, entre une fermeture complète des salles au printemps dernier, une réouverture partielle en automne, puis de nouveau une fermeture, les arts vivants le sont devenus un peu moins. Qu’à cela ne tienne, les artistes ont choisi de faire face et de s’adapter. Pas évident quand les spectacles sur scène étaient prêts à rencontrer le public.

    Il y a un an, au mois de mars précisément, Sébastien Provencher et Mathieu Leroux devaient lever le voile sur leur création Bones & Wires. Mais ils ont dû attendre la fin de l’année pour enfin se confronter à la scène quelques soirs devant une salle qui ne comptait que 16 spectateurs alors qu’elle peut en accueillir 85. Puis les projecteurs se sont éteints pour une durée indéterminée. Là encore les deux créateurs ont choisi de présenter Bones & Wires en webdiffusion.

    S’adapter aux circonstances même les plus contraignantes aura été le défi le plus grand à relever en ce temps de pandémie pour l’ensemble de ceux et celles qui oeuvrent pour les arts en salle. «Nous avons dû changer la formule car le spectacle était prévu pour la scène, et comme toutes les autres disciplines sur scène, c’est choisir de créer un dialogue avec le public, ça n’a de sens que s’il y a un public», commente Sébastien Provencher. «L’équipe s’est donc rencontrée pour trouver une solution, et nous avons opté pour une transformation de la version scénique de Bones & Wires pour une vidéo», ajoute Mathieu Leroux.

    Mais pas question de faire une simple captation qui n’aurait pas rendu exactement la pensée et le travail des deux hommes. «Nous avons voulu créer un autre objet, la vidéo, qui soit une création en elle-même, qui se suffise à elle-même, et nous avons fait appel à un réalisateur, Miroslav Dufresne, ce qui nous a obligés à réécrire notre projet avec ce troisième collaborateur», explique Sébastien Provencher. Le spectacle n’est plus adapté à un public mais à la caméra, ce qui demande aux deux artistes de choisir ce qu’ils veulent absolument montrer l’angle le meilleur qui rend justice à leur travail. «Par exemple, on peut jouer sur une forme d’intimité avec celle ou celui qui visionnera par des gros plans, sur le visage ou toute autre partie du corps», continue Mathieu Leroux.

    Si les deux artistes ont l’habitude de la scène, ils proviennent de disciplines différentes, et ils souhaitaient dans ce projet commun travailler sur leur propre recherche, leurs obsessions du moment. «Quand nous nous sommes rencontrés, l’idée de travailler ensemble s’est vite imposée mais avec une proposition formelle un peu folle, se lance Sébastien Provencher, nous avions chacun de notre côté une idée de solo qui sommeillait en nous, et nous étions aussi passionnés par le mouvement, le geste, ce qui l’implique, ce qu’il laisse passer de nous, mais aussi ce qu’il produit en termes d’émotions, des émotions qui ne sont pas toujours perçues consciemment ; nous avons donc choisi de travailler chacun sur son solo sans se laisser influencer par l’autre, puis dans un second temps, de faire se rencontrer, se confronter les deux solos, donc dans une forme hybride»

    Pour Sébastien Provencher, l’idée de la mémoire du mouvement à l’enfance lui tenait à coeur. «J’avais envie de de travailler sur quelque chose d’un peu plus autobiographique en m’inspirant de photos de famille, de regarder quelle avait été l’influence de ma famille dans ma façon de bouger, de marcher. Et ne passant une semaine avec elle j’ai observé comment mes parents et d’autres se déplaçaient dans leur quotidien et je m’en suis inspiré pour mon solo. Je voulais tisser un lien entre les mouvements qui nous semble tellement naturels et ceux acquis par le travail de la danse. Et bien sûr ce que cela pouvait dire de nous.».

    Univers totalement différent pour Mathieu Leroux qui n’est ni danseur, ni chorégraphe, ajoutant ainsi une difficulté supplémentaire. «Je ne voulais pas aller vers des zones que j’explore comme comédien ou comme auteur. nous confie Mathieu, il y a eu tout d’abord une angoisse car je ne suis pas danseur et je me sentais comme un imposteur et donc un peu perdu. Je savais qu’il me fallait comme une trame narrative à laquelle je pourrais me raccrocher et l’inspiration m’est venue du roman graphique de Violaine Leroy, Dérangés, où un petit garçon déambule dans un musée ce qui rencontrait un thème que je voulais aborder, la fragilité de la santé mentale auquel s’est greffé un autre thème, la surtechnologie, nous sommes toujours en attente de quelque chose de nouveau rendant les appareils que nous avons désuets rapidement, et nous ne regardons que vers le futur sans se demander ce que devient le passé».

    Les collaborateurs ont eu la lourde tâche de trouver un langage qui soit commun entre les deux solos pour qu’aussi différents soient-ils il y ait rencontre, dialogue entre ces deux mondes différents. Ainsi à partir de la singularité de chacun, de ses différences, dénouer ses propres fils intérieurs pour aller à la rencontre de l’autre.


    INFOS | BONES & WIRES DE SÉBASTIEN PROVENCHER ET MATHIEU LEROUX
    PRÉSENTÉ PAR TANGENTE DANSE EN WEB DIFFUSION DU 8 AU 16 MAI 2021
    TANGENTEDANSE.CA

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