Mardi, 30 novembre 2021
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    Le Centre Sida Amitié lance un cri d’alerte : il faut lutter contre les surdoses

    Récemment, le Centre Sida Amitié (CSA) s’est joint à l’Associations Québécoise pour la Promotion de la Santé des Personnes qui Utilisent des Drogues pour demander l’exemption permanente en vertu de l’article 561 de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances afin de permettre à l’organisme de faire l’analyse des drogues à même ses locaux. Car si l’on parle aujourd’hui d’augmentation des surdoses mortelles ou de crises des opioïdes au Québec comme dans le reste du Canada, rien n’est mis en place pour que les utilisateurs et les utilisatrices sachent réellement ce qu’ils et elles consomment avec les conséquences que l’on connaît. 

    Les chiffres depuis plus de cinq ans sont alarmants, et la pandémie de la Covid-19 ne fait qu’empirer la situation. Entre 2016 et 2017 par exemple, le nombre de surdoses mortelles a augmenté de 16% en 2017 et a doublé en 2018 sans que les autorités ne s’inquiètent trop de la situation malgré les sonnettes d’alarme tirées par les organismes venant en aide aux utilisateurs-trices. Les surdoses sont liées directement aux mélanges de substances sur le marché qui deviennent des bombes à retardement, les surdoses. «On parle beaucoup du fentanyl mais on oublie de dire que lors de l’analyse de drogues faites par le CSA, 90% des échantillons analysés contenaient entre 2 et 12 produits différents, dont bien sûr du fentanyl, mais pas uniquement, constate Hugo Bissonnet, directeur général du Centre Sida Amitié (CSA), donc on se rend compte que les personnes ne savent plus ce qu’elles consomment réellement, on y trouve bien évidemment de mélanges de substances illégales mais aussi des médicaments et l’on s’achemine au Québec vers la situation que vit la Colombie Britannique, avec une crise de santé publique par l’augmentation de personnes en surdose». 

    Bien évidemment, les utilisateurs et les utilisatrices, les PUD (personnes utilisant des drogues), ont très peu confiance en la santé publique et bien sûr ont peur des autorités policières, elles n’ont donc aucun moyen de connaître la composition des produits qu’elles consomment pour déceler leur degré de dangerosité. «On s’en va tout droit vers une crise de santé publique avec de plus en plus de gens en surdose ou qui décèdent par surdose en raison de la composition et de la combinaison chimiques des drogues qui circulent sur le marché, continue Hugo Bissonnet, c’est un phénomène que constatent tous les organismes et les professionnel.le.s qui oeuvrent auprès des personnes utilisant des drogues». 

    Pour le directeur du CSA des Laurentides, le phénomène a commencé en 2017, et ne fait qu’empirer depuis ce qui crée des tensions entre les institutions et les organismes communautaires qui viennent en aide aux utilisateurs et utilisatrices. Ces derniers ne cessent de tirer la sonnette d’alarme et de demander des aménagements et des assouplissements. «Entre autres, de pouvoir octroyé aux organismes communautaires, tout comme aux professionnels les outils nécessaires pour analyser rapidement la composition des produits à la demande des personnes utilisant des drogues et de voir avec elles la possibilité de se diriger vers des produits de substitution, comme la méthadone, explique Hugo Bissonnet, ce qui freinerait la crise des surdoses telles que l’on peut la voir actuellement». 

    Pour le directeur du CSA, les consommateurs de drogues sont encore les parias de la santé, et les jugements moraux ou encore la répression pénale n’apportent aucune solution pour inverser la tendance. «Sans parler de déjudiciarisation comme au Portugal de possession ou de consommation de drogues, on pourrait le faire comme on l’a fait pour le cannabis arriver à une déjudiciarisation par exemple de la possession simple, entendre pour la consommation de la personne, continue Hugo Bissonnet, d’autant que ces personnes qui consomment sont stigmatisées socialement ou s’auto stigmatisent et ont perdu confiance dans le système de santé, il faut totalement changer le paradigme actuel, et donner les moyens aux organismes communautaires qui travaillent auprès de cette population mais qui sont souvent considérés comme des parias auprès des autorités alors que ces organismes ont d’une part des données, et d’autre part une très bonne expertise de la problématique ; nous avons énormément de données mais pas les moyens ni les structures pour renverser la vapeur». 

    D’autant que ce sont vers ces organismes que les utilisateurs et les utilisatrices vont se tourner en premier en cas de complications, ou simplement si elles ou ils veulent parler de leur consommation, de leur inquiétude. C’est une population qui a perdu confiance dans le système de santé et qui vit dans la peur des autorités policières et judiciaires. 

    Avant de faire pression sur les gouvernements pour une déjudiciarisation partielle ou complète des personnes utilisant des drogues, les organismes comme le CSA des Laurentides souhaitent dans un premier temps que les intervenants en première ligne, le plus souvent des organismes communautaires, puissent avoir les moyens d’analyser en temps réel (et non pas après décès par surdose) la composition des produits sur le marché avec l’utilisateur ou l’utilisatrice pour l’amener en discutant avec elle vers une consommation plus sécuritaire. Comme conclut, le Dr Jean Robert, bien connu dans le milieu sida et qui conclut le communiqué de presse émis par le CSA : Question à la «bienpensance» : Et si c’était votre fille. 

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