Lundi, 18 octobre 2021
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    Je me vois. Tu te vois. Nous nous voyons.

    Drag Race UK m’a permis de découvrir Bimini Bon-Boolash et de développer une vision plus nuancée des personnes non binaires. Transplant a montré aux arriéré.es que les hommes arabes charmants et débordants d’humanité existent. Si on s’aimait a éduqué environ 800 000 Québécois sur des notions d’asexualité et de séropositivité. Contrairement à ceux qui disent la télévision obsolète depuis des années, le petit écran continue de faire avancer les mentalités.

    Si vous croyez que la télé n’a aucun effet sur la façon dont on perçoit notre place dans le monde, il se peut que vous fassiez partie des privilégiés: hommes, blancs, minces, hétérosexuels, cisgenres, sans handicap physique ni trouble cognitif. Avertissement #1: le fait de ne pas correspondre à l’un des exemples mentionnés ne vous exclue pas automatiquement de ceux qui comprennent mal le besoin de représentation des autres minorités. Avertissement #2: le fait d’avoir affronté d’autres formes de difficultés dans votre vie n’empêche pas la possibilité que vous réfléchissiez comme des privilégiés dans plusieurs situations. Malheureusement, moins un être humain est concerné par un problème, moins il en comprend les ramifications.

    Les médias et les œuvres de fiction influencent la façon dont on se représente la société. Pour les personnes issues des minorités, le simple fait d’être représentées à l’écran est un symbole illustrant qu’elles font partie de la communauté. À l’inverse, le reste de la population finit par intégrer que le monde (sa ville, sa région, sa province, son pays) est de plus en plus diversifié. Un jour ou l’autre, les individus en posture de majorité devront réaliser que les minorités ont leur place en société, afin d’éviter que les plus conservateurs d’entre eux s’accrochent à une image dépassée de leur pays.

    À une époque où les changements technologiques transforment nos réalités à une vitesse exponentielle et où l’inacceptable-trop-longtemps-toléré est pointé du doigt, plusieurs personnes ont le réflexe de s’accrocher à ce qu’elles connaissaient depuis toujours, à se dire imperméables aux évolutions, à se montrer réfractaire à la mixité sociale et… à croire que leur patrie ne peut être composée que par leurs semblables. Malgré tous les efforts que ces personnes fourniront, ce ne sera jamais vrai. Le monde ne sera jamais uniforme. Les individus dont la peau n’est pas blanche ne vivront jamais dans certains pays seulement. Les LGBTQ+ ne retourneront pas dans le placard. Bref, toutes les personnes vivant avec une différence ont le droit d’exister, de prendre leur place, de souhaiter se voir dans l’outil de représentation qu’est la télévision et de découvrir que leur futur est le territoire de tous les possibles.

    Dans un pays comme le Canada, composé par plus de 200 groupes ethniques qui représentent 16% de la population, la télévision ne peut se permettre d’être en décalage avec son propre public. Pourtant, quiconque ouvre le petit écran peut constater notre retard sur les États-Unis. Selon de Rapport de la diversité à Hollywood, environ 35% des rôles principaux dans les séries télé, entre 2017 et 2019, sont allés à des interprètes issus de minorités ethniques ou culturelles qui représentent environ 40% de la population américaine.

    Cela dit, quelle était la qualité de ces rôles? Est-ce que ces personnages existaient principalement dans le spectre de leur marginalité? Leur représentation médiatique les campaient-ils dans la posture de l’Autre? Est-ce que leurs enjeux dans la série concernaient surtout ce qui les différencie de la majorité: leurs différences culturelles, sexuelles, de genres, physiques ou cognitives? Ces individus se résumaient-ils à leurs différences ou pouvaient-ils eux aussi avoir des joies et des peines au travail, en amour et en amitié?

    Maintenant, faisons un pas de plus: ces personnages perpétuaient-ils des clichés? Est-ce que le rondouillet était vu en train de manger (de se goinfrer) plus souvent que les autres? L’Asiatique était-il un nerd ultra doué en mathématiques qui voulait devenir médecin? L’homosexuel était-il ultra féminin? La liste de questions semblables est infinie puisque les stéréotypes sur les minorités ne cessent de s’accumuler. Pourtant, il y a un moyen de mettre fin à cette spirale d’idées préconçues. En multipliant les personnages issus des minorités. En s’assurant de les écrire avec nuances et profondeur. En confiant à des personnes issues des minorités des mandats de création. Non pas pour les restreindre à écrire uniquement sur leurs propres différences, mais pour corriger le tir et faire un premier pas vers une représentation plus juste de la réalité.

    Au final, quand les diffuseurs et producteurs cessent d’être des poules mouillées qui craignent d’offrir des produits «trop nichés» en incluant une ou plusieurs formes de diversités, ils réalisent très souvent que leurs projets sont plus populaires, tant du côté des publics sous-représentés que du reste de la population ouverte et curieuse de voir évoluer des humains qui ne sont pas leurs clones. D’ailleurs, dans un monde idéal, les décideurs auraient toujours en tête les paroles de Tan France (au sujet des Asiatiques-Américains) quand ils essaient de produire des œuvres moins homogènes : «Showing just one of us isn’t diversity.» En 2021, exigeons quantité et qualité.

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