Dimanche, 17 octobre 2021
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    Édouard Louis, Combats et métamorphoses d’une femme

    Édouard Louis est devenu une espèce de vedette dans le monde de la littérature et même du théâtre en empruntant à sa vie de pauvreté et de misère un discours sur la lutte homosexuelle et, on oserait dire, sur la lutte des classes. En finir avec Eddy Bellegueule (2014) marque le début de son combat. Sa vie sert de lance ou d’arme pour à la fois rendre hommage à ses parents et dénoncer leur aliénation, ses livres se suivent sur le même ton de revendication et de dénonciation: Histoire de la violence (2016) et Qui a tué mon père (2018). Il a par la suite étendu ses propos au théâtre en travaillant avec Stanislas Nordey et Thomas Ostermeier.

    Il devient ami de son professeur Didier Éribon, philosophe et sociologue, collaborateur au Nouvel Observateur qui a publié en Retour à Reims en 2009, une autobiographie qui raconte l’histoire de sa famille et de son propre parcours lorsqu’il a décidé de la quitter, la reniant (pour ainsi dire) pour enfin accéder à la culture et à la bourgeoisie : un transfuge de classe quoi! Éribon a aussi publié en 1999 Réflexions sur la question gay. Tout donc, ces deux livres ont, sinon influencé Édouard Louis (le nouveau nom adopté par Eddy Bellegueule) du moins laissé des traces chez lui, de même que sa fréquentation de Geoffroy de Lagasnerie considéré comme la figure de la nouvelle gauche radicale. Éribon et Lagasnerie sont en quelque sorte les mentors de Louis, qui est devenu leur protégé.

    C’est avec l’appui de ces deux philosophes – et homosexuels – importants sur la scène intellectuelle française qu’Édouard Louis a avancé en littérature, par ses livres qui ne sont ni des fictions ni des essais. Ce sont des autobiographies et Combats et métamorphoses d’une femme est une radiologie de sa mère, une mère indigne qui a su devenir au fil des ans un être digne vis-à-vis de son fils. Comme il a fait dans ses précédents livres, il inscrit le portrait de sa mère dans la classe prolétarienne, dans la violence sociale et la domination masculine. Sa «confession» est une archéologie sur la déchéance d’une mère et sa résurrection en tant que femme. En des phrases sèches et limpides, qui donnent un air de manifeste à sa description d’une vie misérable et miraculeuse, Édouard Louis raconte, par fragments, la vie de sa mère, Monique, qui dès sa naissance devait reproduire le destin d’une famille pauvre et peu éduquée. Elle étudie pour devenir cuisinière, mais la venue d’un enfant a changé ses rêves.

    Puis, a suivi une autre enfant, une fille cette fois, alors que le père sort la nuit, se saoule, couche avec d’autres femmes. Sa mère est devenue un être malheureux, pour qui le bonheur est un rêve inaccessible. Monique quitte l’homme qui la bat, vit dans un HLM avec sa sœur et ses enfants. Elle rencontre un homme qui semble différent des autres hommes, a un fils (l’auteur) avec lui, mais tout tourne au vinaigre avec un être méprisant. Elle vivait avec un homme qu’elle n’aimait plus; sa vie est une suite de gestes répétitifs : faire les courses, préparer les repas, nettoyer la maison, etc. Le père a un accident à l’usine et doit rester à la maison. Un malheur n’arrive jamais seul : Monique tombe enceinte de jumeaux. Cette nouvelle situation multiplie l’agressivité de l’époux. Même l’amitié avec Angélique, qui lui apporte un espoir de changement, ne dure pas.

    Pendant ce temps, Édouard entre au lycée, découvre la littérature, a honte de sa famille. La distance d’avec sa mère ne cesse de se creuser. Il s’installe à Paris. Et étrangement, cet éloignement le rapproche d’elle, qui quittera enfin son mari Elle ira vivre, elle aussi, à Paris, et se produira sa métamorphose, le commencement d’une nouvelle existence. Comme Qui a tué mon père? qui est un émouvant hommage à son père, on peut dire que Combats et métamorphoses d’une femme est un vibrant hommage d’Édouard Louis à sa mère. La trajectoire de Monique ressemble à celui de son fils : l’histoire d’un courage et d’une force pour sortir du malheur et de la misère. Oui, l’histoire d’un saut d’une classe à une autre classe qui n’est pas celui d’une trahison, mais celui de la volonté de vivre sa vie. Ce septième livre d’Édouard Louis est un livre troublant, attachant, saisissant.


    INFOS |Édouard Louis, Combats et métamorphoses d’une femme, Paris, Le Seuil, 2021, 221 p.

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