Vendredi, 28 janvier 2022
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    Hommage national pour Marc-André Bédard

    Il y a près d’un an, le 25 novembre 2020, l’allié québécois Marc-André Bédard est décédé, à l’âge de 85 ans, suite à des complications liées à la COVID-19. Acteur majeur de la politique québécoise des années 70, l’ancien ministre de la Justice aura droit à un hommage national en novembre 2021. Retour sur un monument de la justice sociale et sur une époque-charnière du Québec moderne.

    Une mesure jamais vue en Amérique
    Marc-André Bédard est un des membres fondateurs du Parti québécois (PQ). Député de la circonscription de Chicoutimi de 1973 à 1985, il a embrassé de nombreuses et importantes responsabilités gouvernementales, dont celles liées à la fonction de vice-premier ministre du Québec et de ministre de la Justice du Québec.

    C’est à titre de ministre de la Justice que Marc-André Bédard développera une mesure audacieuse pour son époque, soit celle d’amender la Charte des droits et libertés de la personne du Québec afin que toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle soit interdite (loi 88). Cette mesure avant-gardiste, qui date de 1977, représente presque une première mondiale : seul le Danemark avait déjà établi une telle mesure.

    Aux yeux de M. Bédard, «[s]ur le plan social, les femmes et les hommes homosexuels form[ai]ent un des groupes humains les plus méprisés et dédaignés de notre société». La loi s’inscrivait dans la visée plus générale de son parti, soit d’ouvrir une réflexion progressiste sur la liberté et les minorités. À cet effet, il aurait déclaré : «Cela n’étonnera personne […] qu’un parti politique fondé et maintenu pour contribuer à la liberté nationale d’un peuple se montre soucieux d’assurer les libertés des divers éléments de ce peuple et, en particulier, celles de ses minorités.»

    Le résultat de lourdes tensions
    L’interdiction d’une quelconque discrimination basée sur l’orientation sexuelle est le résultat de tensions historiques entre les autorités gouvernementales et les LGBTQ+. Ces tensions ont été particulièrement remarquées à l’occasion de l’exposition universelle de 1967 et des Jeux Olympiques de 1976. Le maire de Montréal de l’époque, Jean Drapeau, a voulu procéder à un grand «nettoyage» en débarrassant la ville de ses prostitués, itinérants, criminels et homosexuels. Les descentes policières et les fermetures de bars gais se sont ainsi multipliées durant les années 70, et ce, même après la tenue des Jeux Olympiques.

    La descente policière au bar gai le Truxx au centre-ville de Montréal en octobre 1977, surnommée par plusieurs «le Stonewall du Québec», est considérée comme déterminante dans l’Histoire des droits LGBTQ+. Une cinquantaine de policiers se sont présentés dans cette «maison de débauche», ce qui a mené à l’arrestation de 220 personnes, dont 143 seront accusées de «grossière indécence». Cette intense intervention devient ainsi la plus importante descente de l’Histoire de la province depuis la crise d’Octobre. Plusieurs estiment que cette attaque a été un catalyseur du le ras-le-bol des militants LGBTQ+ et, par conséquent, de l’élaboration d’un amendement contre la discrimination envers les homosexuels. «Il fallait agir vite», a récemment confié Marc-André Bédard.

    Aux actions de de ce dernier s’ajoute également une proactivité remarquée d’autres acteurs, tels que le député Robert Burns et l’Association pour les droits des gai(e)s du Québec, dans la création d’une protection légale pour les homosexuels. L’opposition était toutefois présente : au moins 21 des 110 députés de l’Assemblée nationale se sont exprimés contre «l’évolution sexuelle» portée par ce projet.

    Un dernier salut pour Marc-André Bédard
    Pour son très précieux apport aux LGBTQ+ du Québec, mais aussi pour la qualité de son engagement envers la justice sociale en général, M. Bédard s’est vu attribuer de nombreuses distinctions, dont le prix de Lutte contre l’homophobie remis par la Fondation Émergence, mais aussi l’Ordre national du Québec, une des plus hautes distinctions de la province.

    La mémoire de Marc-André Bédard sera indubitablement honorée et ira au-delà des funérailles, qui ont déjà eu lieu fin décembre dans un cadre intime. Dans les rangs politiques, l’héritage de M. Bédard se fait déjà sentir.

    En entrevue à Fugues, Sylvain Gaudreault, député péquiste de Jonquière (au Saguenay), souligne que le décès de M. Bédard «a été une très grande perte pour l’ensemble du Québec», rappelant du même coup que l’ancien ministre de la Justice était l’«un des derniers héritiers de l’époque de René Lévesque». M. Gaudreault, ouvertement homosexuel, décrit M. Bédard comme «un progressiste discret et efficace, qui a réussi à faire des grands changements, sans tambours ni trompettes, simplement en étant convaincu».

    Bien au-delà de la classe politique, l’apport de M. Bédard est également salué. Des citoyens se sont déjà exprimés en faveur de la nomination d’une rue en hommage à l’ancien ministre dans le Village gai de Montréal.

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