Samedi, 13 août 2022
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    La corne de La Licorne à la fine pointe de la santé sexuelle

    Le dernier entretien accordé par le Dr Robert Pilarski pour le magazine Fugues a eu lieu en décembre 2018. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont dans le domaine de la prévention du VIH. Une actualisation s’imposait à propos des ITSS et de leur prophylaxie. Dr Pilarski travaille à la Clinique médicale La Licorne spécialisée, entre autres, en dépistage, en prévention et en traitement des ITSS. 

    Lors de la précédente entrevue, on observait une augmentation des cas de gonorrhée, de chlamydia et de syphilis au Québec. Cette tendance semble avoir ralenti en raison de la pandémie de la Covid-19 et de ses mesures de restrictions, de confinement et d’annulation des évènements de rassemblement et de la fermeture des sites offrant le dépistage des ITSS. Même si, à La Licorne, le nombre réel de ces ITSS fut en hausse pendant la pandémie, cette augmentation ne reflète pas la réalité. De nombreux endroits offrant le dépistage furent inaccessibles en présentiel causant la réduction de l’offre et, par le fait même, augmentant la demande pour des dépistages en personne.  Il faut noter que La Licorne fut l’une des rares cliniques à maintenir son activité de dépistage en présentiel pendant la pandémie. 

    En ce qui concerne le VIH, Dr Pilarski a remarqué une hausse de nouvelles infections causées par non-adhésion à la prise de la prophylaxie pré-exposition au VIH ou PrEP. Pendant la pandémie, plusieurs personnes ont soit suspendu l’utilisation de la PrEP, soit changé pour la prise à la demande. Malheureusement, une fois les activités sexuelles ont repris, la reprise de la PrEP n’a pas suivi dans tous les cas. Une seule relation non protégée peut être suffisante pour transmettre le VIH.  Personne ne devrait prendre de risques. La PrEP, prise assidûment, protège efficacement contre le VIH. 

    La prise de la PrEP en continu (à tous les jours) diminue le risque de transmission du VIH jusqu’à 100% selon l’étude iPrEx Ole. La transmission, quoique possible si contact avec une souche résistante, est très peu fréquente à date. Dr Pilarski assure le suivi de la PrEP depuis 2014. Il n’a noté aucun cas de transmission du VIH chez personnes prenant la PrEP en continu. Il faut préciser qu’uniquement la PrEP en continu est officiellement approuvée au Canada, même si la prise de la PrEP à la demande est fréquemment utilisée, surtout au Québec. Quant à la PrEP à la demande, son efficacité estimée est de 86% selon l’étude IPERGAY du Dr Molina. Dre Cécile Tremblay a mené l’étude PROTEGES dont les résultats finaux ne sont pas disponibles; néanmoins, il n’y semble pas avoir de différence dans le nombre d’infections au VIH sous la PrEP en continu versus à la demande. 

    Présentement, il y a deux médicaments approuvés et disponibles au Canada pour la PrEP : le Truvada (TDF/FTC) contenant le fumarate de disoproxil de ténofovir 300mg et emtricitabine 200mg ainsi que le Descovy (TAF/FTC) contenant ténofovir alafénamide 25mg et emtricitabine (FTC) 200mg). 

    Les avantages principaux du Descovy par rapport au Truvada sont un moindre risque de problèmes rénaux et de déminéralisation osseuse. Le Descovy a une meilleure absorption et reste plus longtemps dans les cellules. Il y a, par contre, une polémique sur une prise de poids potentielle que Dr Pilarski n’a toutefois pas observée chez ses patients. 

    Les désavantages principaux du Descovy sont le prix et la non-couverture par l’assurance-médicaments de la RAMQ. Descovy n’existe pas en générique. Lorsqu’il deviendra générique, il va certainement être ouvert par la RAMQ. Pour l’instant, uniquement les patients ayant des assurances privées peuvent bénéficier de cette nouvelle formule de la PrEP. 

    Le coût de la PrEP reste un obstacle majeur pour les personnes de tous les âges ayant un faible revenu. Ils ont de la difficulté à payer la coassurance qui peut atteindre 100$ par mois pour le TDF/FTC, même avec la RAMQ, et jusqu’à 300$ et plus pour le Descovy. C’est un coût significatif. Les patients, sous Descovy, ayant des assurances privées et un salaire en bas de 35 000$ peuvent bénéficier d’un support compassionnel pour le co-paiement. Ceux assurés avec la RAMQ décident soit de ne pas prendre la PrEP soit de la prendre à la demande pour faire des économies. À date, la Colombie Britannique est la seule province à offrir la PrEP gratuite. 

    Dans la prévention contre le VIH, une autre option fait lentement son chemin : le cabotégravir donné en injection intramusculaire. Il fut démontré supérieur au TDF-FTC dans les essais cliniques. La supériorité du cabotégravir est purement liée à la non-adhésion à la prise de TDF-FTC dans l’étude. Aucune infection ne fut observée dans le bras de TDF – FTC avec les taux de médicaments suffisants. Le désavantage principal de la PrEP injectable avec le cabotégravir est la nécessité de prise de la PrEP en comprimé pendant un an après la dernière injection pour assurer la protection et pour éviter le développement de résistance si contact avec le VIH.

    Dr Pilarski souligne que sa clinique offre aussi la PrEP en voyage, en plus de la PrEP en continu ou à la demande. Il ajoute que sa clinique est, probablement, la seule à offrir la PrEP en voyage aux femmes cis et aux hommes hétérosexuels ayant l’habitude d’avoir des relations sexuelles non protégées pendant les voyages et prévoyant des voyages dans des pays à haut risque de transmission hétérosexuelle du VIH. 

    Concernant le choix entre la prise en continu versus à la demande, Dr Pilarski accentue la nécessité de la prise quotidienne de la PrEP pendant les voyages. Il «déconseille la PrEP intermittente pour le voyage, parce qu’en voyage, ça se passe ici et maintenant.» 

    À la fin, Dr Pilarski finit l’entretien en parlant de la prophylaxie post exposition (PPE) non professionnelle (ou sexuelle) au VIH. La PPE est indiquée si une exposition au VIH est suspectée pendant une relation anale ou vaginale non protégée (sans condom ou sans PrEP prise adéquatement). L’exposition orale au sperme ou aux sécrétions vaginales est évaluée au cas par cas (risque très faible de transmission du VIH). Il ajoute que c’est très important de ne pas jouer avec le feu. Si une suspicion d’exposition sexuelle au VIH, la personne doit consulter dans les 12 à 24 heures suivant l’exposition et au maximum jusqu’à 72 heures.  Dr Pilarski cite aussi le projet de la loi 31 (en vigueur depuis mars 2021) qui permet aux pharmaciens d’exercer de nouvelles activités professionnelles dont l’initiation de la PPE. De son expérience, il suggère les pharmacies du Village ou celle avoisinant La Licorne. Ces pharmaciens possèdent une expertise en traitements contre le VIH utilisés pour la PPE. 

    Forte de son succès, La Licorne aimerait accueillir de nouveaux médecins pour encore mieux desservir la population de son secteur qui inclut aussi le Village. 

    Toute personne nécessitant la PPE, la PrEP ou un dépistage ITSS, peut prendre un RV infirmier sur le portail de La Licorne. 

    En bref, La Licorne est à la hauteur pour desservir la communauté. PrEP, PPE ou dépistage ITSS… allez-y! 


    INFOS | Clinique La Licorne cmlalicorne.ca

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