Samedi, 13 août 2022
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    Les cheveux courts, signe de libération et d’affirmation lesbienne

    Pour la journaliste indépendante Ella Braidwood, se couper les cheveux courts n’a rien d’anodin. Cela représente un acte de libération et d’affirmation de soi fondamental après des années de honte liée à l’homophobie.

    Du plus loin qu’elle s’en souvienne, Ella Braidwood n’aimait ni les robes ni les poupées Barbie ni tous les attributs habituels de la féminité tels que la société les impose aux petites filles puis aux femmes. Devenue journaliste pigiste pour The Guardian, elle raconte dans un article récemment publié dans le quotidien londonien comment sa coupe de cheveux lui a permis de se sentir libre et véritablement elle-même.

    Élevée dans une famille religieuse de la région britannique de Cumbria, elle savait que son homosexualité, découverte à l’âge de 13 ans, ne serait pas bien perçue. Comme pour beaucoup de LGBT, ses années d’études lui sont pénibles car ses camarades se révèlent homophobes.

    «Je me sentais repoussante, mauvaise et j’avais honte : on m’avait dit que les gens comme moi n’étaient pas bien. J’ai essayé de prier et de sortir avec des garçons. Mais cela n’a pas changé qui j’étais», explique-t-elle aujourd’hui. Une seule solution à l’époque pour trouver un peu de réconfort : aller chercher des modèles ailleurs. Mais toutes les femmes lesbiennes à l’allure masculine essuyaient les moqueries de ses camarades de classe :

    «Les élèves se moquaient des butches au visage buriné, en colère et détestant les hommes. Quand je les entendais dire ce genre de choses, je ressentais tellement de honte.»

    La pression sociale de l’hétérosexualité
    Un peu avant son coming out, qu’elle fait vers l’âge de 18 ans, Ella Braidwood décide de franchir un grand pas en prenant rendez-vous chez un coiffeur d’une ville voisine pour ressembler aux lesbiennes qu’elle admire et pour se plaire à elle-même. Trop honteuse, elle fond en larmes et annule le rendez-vous :

    «Je me sentais opprimée par mon apparence et par le stigmate qui collait au look butch [lesbiennes masculines]. J’ai capitulé devant la pression sociale pour avoir l’air physiquement désirable aux yeux de la majorité hétérosexuelle, mais je ne cessais de chercher en ligne les gens dont je voulais copier le style.»

    Il faudra près de dix ans et une pandémie (ainsi que le soutien de ses proches) pour qu’elle ose enfin se faire couper les cheveux courts. Une démarche qui n’a rien d’anodin et qui change son rapport à elle-même et au monde. Malgré les quelques commentaires négatifs et la propension de certains à la mégenrer, c’est-à-dire à la prendre pour un homme alors qu’elle est une femme, elle ne regrette pas son choix :

    «Je suis fière de mon apparence maintenant. Mais la triste réalité est que je n’ai rien gagné durant toutes ces années passées à ne pas être moi-même. Je ne suis pas à l’aise quand je vois d’anciennes photos de moi à des mariages ou à des fêtes : j’ai les cheveux longs, le visage tartiné de maquillage et je porte des robes. J’ai passé tellement de temps à jouer un rôle parce que j’avais peur de ce que les autres penseraient.»

    Mettre la pression sur ceux qui ne veulent pas se conformer aux stéréotypes de genre ne les change pas, remarque aujourd’hui la journaliste. Cela leur fait même du mal. «Ma coupe de cheveux m’a libérée, ajoute-t-elle, je regrette juste de ne pas avoir pu le faire il y a des années.»

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