Samedi, 2 juillet 2022
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    Fugues… sur le plateau du film Drag

    L’ambiance était à la fête au Complexe Sky, en cet après-midi de mois de mars. Une atmosphère de party qui n’a sûrement pas été vue depuis de nombreux mois dans l’institution légendaire. Si le Sky a retrouvé sa fougue, c’est parce que la réalisatrice Sophie Dupuis (Chien de garde, Souterrain) est en plein tournage du film DRAG (titre de projet), en compagnie des acteurs Théodore Pellerin et Félix Maritaud.

    Tel que suggéré par le titre, le film s’immerge dans le monde du drag et suit la relation tumultueuse entre deux drags, interprétées par Pellerin et Maritaud. Sophie Dupuis se dit passionnée depuis des années par l’art du drag, avouant être « de celles » qui ont été mises en contact avec cet art grâce à l’émission RuPaul’s Drag Race. Elle y admire la beauté et l’esthétisme, mais bien davantage : « C’est devenu quelque chose qui m’intéressait pour tout ce que ça représente dans la communauté, la prise de parole, le geste politique… ».

    « Plus on est en contact avec la drag, plus que la société va se dépogner », conclut la réalisatrice. Sur le plateau, la femme originaire de Val d’Or garde une énergie contagieuse, et ce, malgré sa double fracture du tibia, provoquée une semaine avant le début de la préparation du film, ce qui lui force à porter une attelle. Cela ne l’empêche pas de se déplacer à gauche et à droite, entre deux prises, pour donner ses commentaires sur la scène tournée, soit une fête dansante intime. Le travail acharné de la réalisatrice semble avoir porté fruit : Fugues a eu la chance de pouvoir visionner quelques rushes (vidéos brutes) du film. Conclusion : minutieusement orchestrées, les scènes visionnées annoncent une honorable exploration du monde drag, et justifient amplement les 85 000 $ déboursés en perruques !

    C’est un troisième long-métrage pour Sophie Dupuis, et un troisième long-métrage en compagnie de Théodore Pellerin. La réalisatrice ne cache pas sa grande admiration pour celui que l’on pourrait désormais qualifier d’égérie. À ses yeux, il est tout simplement un « génie » à l’« intelligence émotionnelle assez folle » qui est « capable de tout faire » et « peut se mettre dans la peau, dans le cœur de n’importe qui ». L’acteur est d’ailleurs très impliqué dans ce nouveau projet, et a reçu le rôle « quasiment » avant qu’il soit écrit. « Théo, il a 24 ans et il me donne des leçons de cinéma ! », résume Sophie Dupuis.

    Tour du chapeau pour Théodore Pellerin
    Ayant une feuille de route déjà extrêmement garnie pour sa jeune carrière, Théodore Pellerin s’est retrouvé à quelques reprises dans les souliers de personnes LGBTQ+, que ce soit en interprétant au cinéma le personnage de Guillaume dans Genèse (de Philippe Lesage) ou celui de Xavier dans Boy Erased (de Joel Edgerton), ou au théâtre l’automne dernier, celui d’Hugo dans Embrasse, la pièce de Michel Marc Bouchard montée au TNM. Malgré ce constat, le principal intéressé ne se sent pas du tout casé ou archétypé par l’industrie. Énumérant une variété de rôles qu’il a interprétés, dont Cody dans On Becoming a God in Central Florida (aux côtés de Kirsten Dunst) et Vincent dans Chien de garde, Théodore Pellerin rappelle en outre que les rôles LGBTQ+ sont vastes et variés, et qu’il accepte des rôles pour une multitude de raisons : « C’est des rôles qui me sont offerts que je trouve bien écrits ; c’est des œuvres que je trouve bien faites ; c’est des gens avec qui j’ai envie de travailler la plupart du temps ; c’est des personnages qui sont complets et complexes et qui sont beaux. »

    Pour DRAG, son troisième film avec Sophie Dupuis, Théodore Pellerin affirme avoir visionné beaucoup de contenu et de documentaires afin de mieux comprendre les vies et histoires. « C’est des osties de warrior », lance-t-il, rappelant que les drags n’ont pas toujours pu bénéficier de l’accueil qu’elles ont aujourd’hui. D’ailleurs, des drags actuelles, Théodore Pellerin aime bien Bimini Bon Boulash, découverte dans la deuxième saison de RuPaul’s Drag Race UK. « Elle a une attitude relax. Elle est bonne, mais en même temps chix et punk », juge-t-il. Le travail antérieur au tournage a — sans grande surprise — été accompagné d’une préparation plus pratique. L’acteur explique ainsi avoir suivi des cours avec le danseur et chorégraphe canadien Gerard Reyes (ayant étudié le ballroom à New York !) afin d’effectuer un travail de recherche intérieure, et de se trouver une féminité qui lui est propre, et qui n’est pas construite. « Ça a été intéressant et galvanisant, mais pas dur », conclut Théodore Pellerin.

    Une première expérience québécoise pour Félix Maritaud
    Son partenaire de caméra, Félix Maritaud, semble avoir vécu autrement son incursion, et confie avoir trouvé la préparation « super dur[e] ». « C’est un art qui demande beaucoup de rigueur », lance l’acteur français, connu pour son rôle de Max dans le film 120 battements par minute de Robin Campillo. L’artiste et militant a toutefois pu tirer son inspiration de ses « copines » drags à Paris pour « trouver la drag » à l’intérieur de lui. Si Félix Maritaud est familier avec le cinéma LGBTQ+, le Français en était toutefois à sa première incursion dans le cinéma québécois. Il avoue admirer l’approche québécoise, qu’il considère « moins c onservateur sur les rapports hiérarchiques et les rapports humains ». Fan de Denis Villeneuve, Xavier Dolan et Monia Chokri, Félix Maritaud se dit par ailleurs déçu du traitement de faveur réservé au cinéma français, en comparaison au cinéma du reste de la Francophonie, ce qu’il accorde notamment à l’« héritage colonial » que conserverait son pays natal. Mais alors, comment en est-il venu à travailler avec Sophie Dupuis ? Sous les tonnes de scénarios que reçoit mensuellement Félix Maritaud, celui de la réalisatrice québécoise se serait particulièrement démarqué. « Il faut que je me dise que je pourrais travailler trois mois comme un chien avec cette personne », affirme-t-il. La réalisatrice s’est pourtant dite « terrifiée » à l’idée de lui envoyer ce scénario, idée qu’elle a partagée avec Théodore Pellerin. « Je me disais : “Là, c’est mon test.” Si Félix disait que ce film-là n’était pas bon ou ne l’intéressait pas, c’est comme si je n’avais pas l’approbation de la communauté au complet ! » Si Sophie Dupuis cherchait un assentiment, elle semble l’avoir obtenu : « Ce film va vous faire du bien », promet ainsi Félix Maritaud. Le film DRAG (titre de travail) est produit par Étienne Hansez (Bravo Charlie) et sera distribué par Axia Films.

    INFOS | Sortie prévue sur nos écrans en 2023

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