Samedi, 25 juin 2022
• • •
    Publicité

    Lafleur du hockey. L’inégalité des sexes.

    22 avril 2022. Ma collègue du RLQ et moi avions fait une entrevue qui devait être diffusée sur Noovo pour promouvoir la Journée de visibilité lesbienne qui se tenait le 23 avril à Montréal. Mais voilà que le décès de Guy Lafleur est annoncé. La nouvelle occupe l’entièreté de l’espace médiatique. Sans surprise, les deux lesbiennes qui faisaient la promotion de la campagne « invisibiliser c’est discriminer » sont ironiquement reléguées au placard télévisuel.


    Ce n’est pas que je voulais voir ma face à tout prix à la télévision, loin de là. Ce n’est pas que la mort du fleuron de notre sport national ne méritait pas ce temps d’antenne. C’est juste que c’est toujours la même histoire : les femmes comme leurs initiatives sont cantonnées au second plan et sont rarement l’objet de reconnaissances ultimes. Et voilà que Guy Lafleur est honoré par le biais de funérailles d’État. À noter que « parmi la vingtaine de personnalités marquantes qui ont eu droit à la reconnaissance ultime de l’État québécois après leur décès, on ne compte

    aucune femme en dehors du monde politique » (1). Pourtant Lafleur est le troisième joueur de hockey ayant eu droit à cette reconnaissance ultime, comme quoi c’est non seulement payant, mais glorieux d’être un joueur de hockey (masculin) au Québec. « Que ce soit en arts visuels, au cinéma, en littérature, dans le domaine du sport, dans le milieu syndical, dans le monde des médias ou dans tout autre secteur, aucune femme ne s’est jamais distinguée suffisamment aux yeux du gouvernement du Québec pour mériter les plus grands honneurs », renchérit La Presse. Deux femmes politiques ont été honorées à la suite de leur décès, à commencer par Marie-Claire Kirkland-Casgrain, pionnière des droits des femmes et première femme à avoir été élue à l’Assemblée nationale, qui est la seule femme à avoir eu droit à des funérailles nationales, en 2016.

    Le décès d’une autre pionnière, l’ex-ministre péquiste, animatrice et auteure Lise Payette, a été souligné par une commémoration nationale en 2018. Il faut souligner que « le choix d’offrir des funérailles nationales à la famille du disparu relève du premier ministre. Il s’agit donc d’une décision politique, arbitraire, qui ne repose sur aucun critère objectif », sinon le sexisme ordinaire dont font preuve nos sociétés dans la vie, comme dans la mort.

    Si les femmes comme leurs initiatives sont reléguées au second plan, que dire de leurs droits qui en prennent pour leur rhume ces jours-ci ? En écoutant la série Mrs. America (que je vous suggère vivement), qui suit le combat du mouvement féministe américain pour faire adopter l’Equal Rights Amendment (avec les militantes Gloria Steinem, Bella Abzug, Betty Friedan) et, en parallèle, celui mené par la conservatrice antiféministe STOP ERA, Phyllis Schlafly pour contrer cette proposition, j’avais déjà été tristement surprise d’apprendre que l’ERA n’avait toujours pas été ratifiée ! En clair, cette proposition d’amendement de la Constitution des États-Unis, déposée dans les années 1920, visait à garantir que l’égalité des droits entre les sexes ne pouvait être remise en cause par aucune
    législation fédérale, étatique ou locale.

    Cette proposition d’amendement n’a cependant jamais été approuvée, bien qu’elle ait été déposée à chaque nouvelle législature du Congrès depuis 1982 ; l’ERA n’a jamais été ratifiée et était encore à l’état de proposition d’amendement en janvier 2020, quand la Virginie est théoriquement devenue le 38e et dernier État nécessaire pour ratifier l’amendement sur l’égalité des droits… Certes, rien n’est encore décidé, une bataille judiciaire étant en cours ! Mais c’est quand même aberrant de constater que l’égalité des droits entre les sexes n’a jamais été entérinée chez nos voisins du Sud… ce grand pays qui se targue d’être l’une des puissances mondiales et qui fait la morale à tous les autres ne considère pas comme étant égale la moitié des citoyennes de son beau pays. Et parce que « In God We Trust », comme le proclame leur devise, on a froidement rappelé aux femmes de ce pays que les droits ne sont jamais acquis et que la sempiternelle question de l’avortement est remise en cause. Début mai 2022, une version provisoire de la décision majoritaire de la Cour suprême dans la cause Dobbs c. Jackson Women’s Health Organization a été rendue publique. Bien que la décision finale ne soit pas divulguée au moment d’écrire ces lignes, nous savons maintenant que la Cour est sur le point d’annuler les précédents de longue date de la décision Roe c. Wade, privant les femmes d’un droit constitutionnel fondamental. Mais quel non-sens ! Quel retour en arrière ! Pourtant, aujourd’hui en 2022 et plus que jamais, les femmes devraient être libres de disposer de leur corps selon leur bon vouloir, sans devoir s’en remettre à Dieu ou à des lois sexistes, injustes et inéquitables !

    Mais non… Toutes ces femmes américaines dites libérées que vous voyez à la une des magazines et en vedette d’émissions de télévision ne font qu’illustrer l’hypocrisie de l’Amérique moderne. Le paraitre. Pour éviter que la femme continue de n’être qu’objet de convoitise des lois injustes du patriarcat, agissons ! En ce sens, le magazine féministe Ms., fondé par les militantes Gloria Steinem et Dorothy Pitman Hughes en 1971, revient à la charge avec une pétition qui nous rappelle malheureusement trop bien le passé…

    Elle rappelle en effet l’article intitulé « We Have Had Abortions », où figure la pétition de 1972 du magazine dans laquelle 53 femmes américaines bien connues ont déclaré qu’elles avaient subi des avortements, malgré les lois de la plupart des États rendant la procédure illégale. Afin que le courage de ces femmes ne soit pas vain, comme leur militantisme acharné sur près de cinq décennies, signons et soyons solidaires afin de parvenir un jour à une société plus juste et égalitaire pour toutes. Une société qui ne fait pas que cycliquement valider les erreurs du passé. Une société qui libère, respecte et honore réellement les femmes. Une société qui ne fait pas que célébrer et récompenser les héros du patriarcat.

    1-Article de Ms. Magazine datant de 1972 avec les signataires de la pétition.

    2-Pour signer la pétition de Ms. Magazine : https://secure.everyaction.com/vHwGbWEOKEGn8oRohNE-EA2


    3-Jocelyne Richer « Funérailles nationales : les femmes sont les grandes oubliées », La Presse, 1er mai 2022. https://www.lapresse.ca/societe/2022-05-01/funerailles-nationales/les-femmes-sont-les-grandes-oubliees.php

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité