Mardi, 16 août 2022
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    Mika Rottenberg au MAC : Un art vivant engagé

    Pour la première fois, on pourra se familiariser avec l’œuvre singulière de l’artiste vidéographe israélo-argentine, Mika Rottenberg, et disons-le sans ambage, ça décoiffe ! À travers une approche féministe, elle dirige notre regard sur nos sociétés, les femmes et le travail de ces dernières. En dehors d’une certaine représentation figée dans les magazines ou dans les médias télévisuels, le travail des femmes est encore très marginalisé surtout si on quitte le confort bien fragile des sociétés occidentales. Le Musée d’Art Contemporain (MAC) de Montréal a ouvert ses portes à cette artiste qui propose une installation immersive, conçue par la commissaire Lesley Johnstone en étroite collaboration avec Mika Rottenberg.


    L’exposition réunit de nombreuses vidéographies ainsi que trois installations, NoNoseKnows (2015), Cosmic Generator (2017) et Spaghetti Blochchain (2019), autour desquelles s’installent des éléments sculpturaux qui instaurent ainsi un dialogue entre les images et les œuvres. Explorant la séduction, la magie et le désespoir de notre réalité capitaliste et mondialement connectée, les récits visuels de Mika Rottenberg s’inspirent des traditions cinématographiques et sculpturales pour forger un nouveau langage – un langage qui utilise des structures de cause à effet pour explorer le travail et la mondialisation, l’économie et la production de valeur, et la façon dont nos propres relations affectives sont de plus en plus monétisées.


    Les non-initiés pourront ainsi se rendre compte de l’évolution des créations de Mika Rottenberg, qui sait allier la froide réalité du monde du travail des femmes, juxtaposée par des représentations surréalistes du travail à la chaîne. Au-delà, de l’humour, tempérées ou exacerbées l’imagination de l’artiste, l’absurdité est peut-être plus dans la réalité que dans la fiction.
     
    Née en Argentine, ayant grandi en Israël, Mika Rottenberg et suivi des études de beaux-arts, puis d’arts visuels, elle est aujourd’hui une artiste reconnue avec des expositions permanentes dans des galeries à travers le monde. Son intérêt et son regard, qui ne s’inscrit pas dans une trame narrative, viennent bousculer notre propre perception du travail des femmes qui, en raison de l’industrialisation de la mécanisation ne sont plus que des pièces de la production, des rouages déshumanisés du système capitaliste.

    Initialement, l’exposition devait être composée d’un plus grand nombre d’œuvres de l’artiste. Conçu en collaboration avec le Museum of Contemporary of Art de Toronto, le projet a été adapté en raison du déménagement du MAC à Place Ville Marie. Le MAC, normalement situé Place des Arts, doit subir d’importants travaux dans les mois qui viennent. Mais qu’à cela ne tienne, les œuvres présentées à Montréal permettent de se faire une très bonne idée de la belle folie créatrice de Mika Rottenberg. La présentation des œuvres s’inscrit autour de trois installations, NoNoseKnoves, avec une rencontre de femmes dans une chaîne de production de perles d’eau douce. Tourné dans la province du Zhejiang en Chine, Mika Rottenberg ajoute une touche allégorique à l’humour grinçant face à l’effacement de ces ouvrières, simples outils d’un immense rouage aliénant. Cosmic Generator nous conduit à Yiwu, en Chine, et à Mexicali au Mexique et la ville voisine californienne de Calexico. L’artiste s’interroge sur la paradoxale contradiction où il est plus facile de circuler d’un pays à un autre pour des produits que pour les êtres humains. En toile de fond se dessine l’enjeu migratoire. Enfin, Spaghetti Blockchain, où se côtoie une chanteuse de gorge de la région de Touva en Sibérie, et le vrombissement électronique produit par le Grand collisionneurs de hadrons (un accélérateur de particules). Bien évidemment, le choc de deux mondes, celui en voie de disparition et celui en voie d’apparition, mais qui se télescopent par le regard original de Mika Rottenberg.
     
    L’exposition se tient au MAC, jusqu’au 8 octobre prochain, donc suffisamment longtemps pour trouver dans son emploi du temps, une plage pour s’y rendre et d’en profiter pour admirer l’immense anneau de Claude Cormier qui flotte littéralement sur l’esplanade de la Place Ville Marie. 

    INFOS | Mika Rottenbourg, jusqu’au 8 octobre 2022
    Musée d’Art Contemporain (MAC) à la Place Ville-Marie
    www.macm.org

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