Jeudi, 30 novembre 2023
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    Entrevue avec David Wagner sur son film «Eismayer»


    Le vice-lieutenant Eismayer est l’instructeur le plus redouté de l’armée autrichienne. Ses recrues craignent ses méthodes sévères, mais Mario, fraichement arrivé à la caserne, ne se laisse pas intimider. Résolu, il tient tête à Eismayer et affiche ouvertement son homosexualité, mettant à l’épreuve la vision du monde apparemment conservatrice du vice-lieutenant. Toutefois, Eismayer mène une double vie. Brusqué par le comportement provocant de Mario, il voit son monde s’écrouler un peu plus, jour après jour.

    Dans ce premier long métrage, David Wagner nous livre le portrait du véritable sous-lieutenant Eismayer et de sa relation avec une de ses recrues. Nous avons interrogé le réalisateur autrichien sur son adaptation pour le grand écran d’une histoire d’amour qui éclot dans l’armée autrichienne.


    Quand avez-vous pris connaissance de cette histoire ?
    David Wagner : J’ai découvert son homosexualité et sa relation en 2014, en lisant un article de journal, mais je connaissais déjà des histoires à son sujet, de l’époque où j’étais dans l’armée. Par exemple, il aurait fait exploser une vache avec un bazooka et un homme serait mort sous la douche à cause de lui. Mes recherches sur Eismayer m’ont donné envie de mieux le connaitre et de raconter son histoire. Une histoire tragique et émouvante. Il y a beaucoup de couleurs, elles ne se limitent pas au vert militaire ou au rose de l’article. En outre, j’ai constaté à quel point ma représentation des homosexuels était limitée. J’en ai rencontré deux qui étaient très différents et cela m’a fait réfléchir. Je me suis également demandé ce qu’était véritablement la masculinité.

    Comment avez-vous trouvé les acteurs qui incarnent Eismayer et Falak ?
    David Wagner : Des collègues qui ont lu le scénario m’ont parlé de Gerhard Liebmann. J’ai effectué quelques recherches et j’ai eu honte de ne pas avoir entendu parler de lui avant. Pour Falak, je voulais un acteur avec le même passé d’immigré que le personnage. Les acteurs dans ce cas sont nombreux et je trouve dommage de ne pas l’utiliser. Luka Dimic m’a également été recommandé. Ne restait plus qu’à voir si l’alchimie entre eux allait opérer.

    Comment avez-vous contacté les vrais personnages ? Et quelle a été leur réaction à ce que vous faisiez ?
    David Wagner : J’ai contacté Eismayer par l’intermédiaire d’un ami. Au début, il était sceptique. Au téléphone, j’ai dû m’identifier en utilisant un nom de code. J’étais un peu intimidé, car sa voix était très autoritaire. J’ai ensuite été invité à diner avec lui et au début j’avais un peu peur. Mais j’ai été surpris de voir à quel point il était accueillant et très rapidement, nous avons gagné sa confiance.

    Vous avez affirmé avoir une expérience de l’armée autrichienne. Avez-vous effectué des recherches supplémentaires ? 
    David Wagner : Après avoir longuement discuté avec Eismayer et étant donné sa sympathie, il y avait un risque que je prenne son parti. Je devais également montrer l’autre visage du personnage. C’est un homme très craint dans l’armée et j’ai donc discuté avec de nombreuses recrues qui l’ont connu au cours des 30 dernières années. Les avis divergent. Il y a ceux qui font encore des crises d’angoisse à cause de lui, alors que d’autres affirment qu’il les a beaucoup aidés dans des moments difficiles de leur vie. Beaucoup de ces conversations se retrouvent dans les dialogues du film.

    Eismayer n’est pas décrit comme un vrai méchant malgré les plaintes à son sujet fort nombreuses…
    David Wagner : Je ne voulais pas qu’il le soit. Les méchants n’existent que dans les contes de fées ou les films d’action, de toute façon. Les gens font des choses répréhensibles, mais ces gens-là ont des problèmes. Il faut tout de même essayer de comprendre les raisons qui les poussent à agir ainsi. J’ai découvert un monstre et j’ai regardé ce qui se cachait sous le masque

    La caméra est souvent fixe. Quels étaient les aspects les plus importants pour le concept visuel du film ?
    David Wagner : Nous avons filmé caméra à la main, mais le caméraman est très méticuleux et même en caméra portée, l’image est stable et précise. J’ai eu la chance d’avoir un chef opérateur qui partageait ma vision. Nous voulions montrer l’essence même du personnage principal, il fallait trouver la bonne perspective pour le faire. Ensuite, ce qui était important, c’était de capturer chaque scène de la manière la plus simple et la plus précise possible.

    PAR Davide Abbatescianni

    INFOS | Ce film de David Wagner sera présenté dans le cadre de la 35e édition du festival image+nation.

    PROJECTION en salle seulement au Cinéma IMPÉRIAL, 19 NOVEMBRE 2022, à 19H

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