Jeudi, 13 juin 2024
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    La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé

    Rarement l’annonce d’une série télévisée aura-t-elle suscité une telle frénésie tant auprès des médias que du public. Nulle surprise puisqu’on parle d’un produit télévisuel basé sur une pièce éponyme à succès de Michel-Marc Bouchard et d’une réalisation de Xavier Dolan au cœur d’un thriller psychologique. Bref, un alignement de planètes rare et inespéré !

    Mais qui est Laurier Gaudreault, quelle est la nature du réveil évoqué dans le titre et pourquoi la série s’ouvre-t-elle sur un drapeau en flamme ? À l’instar du Godot de la pièce de Samuel Beckett, dont Gaudreault est l’homonyme à un « r » près, le protagoniste central est physiquement presque absent du film. Nous ne sommes donc amené.e.s à le connaitre que par l’intermédiaire de témoignages incomplets, voire contradictoires : une structure narrative fort ingénieuse permettant d’entretenir l’impénétrabilité du passé. Le voile de ce mystère oppressant se lève cependant au fil de cinq épisodes alternant entre deux périodes : 1991 et 2019.

    Tout semble aller pour le mieux pour la famille Larouche, alors que s’ouvrent les années 90 et que Madeleine (Anne Dorval) se présente aux élections municipales de Val-des-Chutes. Ses enfants, Mireille (Julie Le Breton) et Julien (Patrick Hivon), forment un trio inséparable avec leur voisin immédiat, Laurier (Pier-Gabriel Lajoie). Les deux garçons semblent promis à un brillant avenir après avoir remporté un championnat national de baseball.

    Mais lors d’une nuit d’octobre, les événements se déchainent et conduisent à l’anéantissement des rêves de chacun. Qu’est-il arrivé à Laurier, pourquoi Julien sombre-t-il dans l’alcool et la drogue et qu’est-ce qui amène Mireille à quitter les lieux, jurant de ne plus jamais revenir ? Une promesse qui sera pourtant rompue, 28 ans plus tard, à la suite du décès de la matriarche qui, dans une étrange et dernière requête, exige que sa fille, thanatologue de renom, procède à son embaumement.

    La clé de toute cette énigme peut-elle se trouver dans une boite métallique, retrouvée sous terre, qui n’apparait pourtant contenir que des reliques anodines, dont un bout de papier sur lequel on ne déchiffre que deux mots : « quand même ». La série pose rapidement chacune des pièces d’un casse-tête complexe où mensonges et demi-vérités se dressent en rempart d’un passé traumatique. Xavier Dolan maitrise à merveille les ficelles de ce thriller psychologique dans lequel il inscrit par ailleurs de multiples références aux codes des films d’épouvante.

    Une atmosphère oppressante règne au cœur de cette famille qui n’est pas juste brisée, mais littéralement écartelée par un secret qui la ronge. On peut même se demander si, avec le temps et à l’instar du roman Ghost Story de Peter Straub et de son film éponyme, les démons et la culpabilité de chacun n’alimentent pas des forces souterraines et révélatrices. Les images, notamment les jeux de clairs-obscurs, et la mise en scène se distinguent par une qualité rarement présente dans l’univers télévisuel. Fidèle à son habitude, Xavier Dolan compte sur une distribution exceptionnelle dont il tire le meilleur. C’est plus particulièrement le cas des performances de Magalie Lépine-Blondeau, Julie Le Breton, Éric Bruneau et Patrick Hivon, dont le regard tranquille, mais tourmenté, n’est pas sans évoquer celui de Norman Bates dans Psycho (Psychose). Le réalisateur offre également une performance poignante dans le rôle d’Elliot, le plus jeune frère de la fratrie.

    Il faut aussi signaler un habillage musical particulièrement soigné, que ce soit par les chansons qui accompagnent toujours très justement les scènes, ou par une musique originale de David Fleming (Hillbilly Elegy, Top Gun : Maverick) et Hans Zimmer (Le Roi Lion, Gladiateur, Dune), qui renforce l’aspect envoutant de la série. Cet élément est d’ailleurs ingénieusement mis de l’avant dans un générique d’ouverture aussi déstabilisant que ceux d’American Horror Story. La série se conclut par des révélations qui ne constituent pas un véritable coup de théâtre, puisque le scénario a soigneusement parsemé l’intrigue de nombreux indices, mais qui n’en demeurent pas moins bouleversantes. Xavier Dolan nous convie à pénétrer dans un maelstrom de secrets familiaux et de blessures toujours à vif, dans lequel nous sommes irrémédiablement happé.e.s. Une splendeur !

    INFOS | La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé, de Xavier Dolan, est présenté sur Illico

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