Jeudi, 22 février 2024
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    En Hongrie, nouveau tour de vis contre la communauté LGBT+

    Entre une amende record contre une librairie et un projet de loi contre les personnes trans, le gouvernement hongrois durcit le ton contre la communauté LGBT+.

    Entre une amende record contre une librairie et un projet de loi contre les personnes trans, le gouvernement hongrois durcit le ton contre la communauté LGBT+, dans le collimateur du Premier ministre ultra-conservateur Viktor Orban.

    La chaîne de magasins Lira a été condamnée la semaine dernière par les autorités à payer la somme de 12 millions de forints (32 000 euros). Sa faute : avoir vendu dans des conditions « enfreignant les règles » le roman graphique Heartstopper racontant un amour naissant entre deux lycéens, popularisé par une série Netflix.

    « L’enquête a déterminé que les livres » de l’auteure britannique Alice Oseman, « bien que dépeignant l’homosexualité, étaient proposés dans le rayon jeunesse, sans être protégés par un emballage hermétique »,a expliqué le gouvernement.

    Une « action sévère » justifiée par la volonté de « protéger les enfants », en vertu d’une loi de 2021 qui fait l’objet d’une procédure d’infraction de Bruxelles. Selon ce texte, il n’est plus possible d’évoquer auprès des mineurs « le changement de sexe et l’homosexualité ».

    Si de simples comédies romantiques ont été bannies des heures de grande écoute à l’instar des films X, la législation restait jusqu’ici peu mise en œuvre dans les librairies.

    « Règles obscures »
    « Or désormais, l’Etat commence à l’appliquer de manière aléatoire », explique à l’AFP Krisztian Nyary, directeur créatif de la société Lira.

    Il s’agit d’un montant sans précédent, note-t-il, déplorant des « règles obscures », difficiles à respecter.

    La situation est aussi tendue au sein de la maison d’édition rivale Libri, qui a écopé d’une lourde sanction en mai avant de passer sous le contrôle de la fondation Mathias Corvinus Collegium (MCC), proche du gouvernement.

    Amnesty International dénonce, par la voix de son directeur à Budapest David Vig, ces « scandaleuses »restrictions des droits.

    « Le gouvernement instrumentalise le sujet à l’approche des élections locales et européennes de 2024 pour mobiliser sa base et détourner l’attention » des problèmes, dit-il à l’AFP, alors que Bruxelles gèle des milliards d’euros de fonds et que les prix flambent. « Mais l’impact sur la société est, lui, réel ».

    Viktor Orban, défenseur en Europe des valeurs “illibérales”, a pris au fil des ans plusieurs mesures décriées.

    Le pays de 9,7 millions d’habitants a ainsi interdit les études de genre, l’inscription du changement de sexe à l’état civil et l’adoption par les couples de même sexe.

    Le Parlement avait également voté en avril un texte autorisant la délation anonyme de ceux qui « remettent en cause » la définition constitutionnelle du mariage, de la famille et du genre. Mais il a été retiré devant les critiques.

    « Citoyens de seconde zone »
    Dans son combat, le gouvernement vient d’ouvrir un nouveau front en soumettant un amendement pour exclure les femmes trans d’un programme de départ anticipé à la retraite.

    « Il est inconcevable que ceux qui s’identifient subitement comme des femmes après des années de travail en tant qu’hommes profitent d’un système censé récompenser le rôle clé des mères dans la société », est-il écrit.

    Le dépôt de ce texte intervient en réaction à une récente décision du tribunal régional de Veszprem (ouest), qualifiée de « provocation » par le parti Fidesz au pouvoir.

    Les juges ont donné raison à une femme trans prénommée Elvira Angyal, autorisée à bénéficier de cet avantage.

    L’ONG Hatter, à l’origine de la procédure, a fustigé dans un communiqué un projet de loi s’inscrivant « en violation des règles de l’UE ».

    Il « envoie le message qu’il existe des citoyens de seconde zone », abonde le responsable d’Amnesty.

    A l’occasion de la Marche des fiertés, qui a réuni des milliers de personnes dans la capitale samedi, des manifestants confiaient leur désarroi devant la dégradation des droits dans ce pays d’Europe centrale, auparavant l’un des plus libéraux de la région.

    La situation est « catastrophique », a déploré l’avocat Andras Szolnoki, 58 ans. « Cette dictature refuse l’égalité des droits » et promeut « une normalité digne du Moyen Âge ».

    La veille, les ambassades et institutions culturelles représentant 38 pays avaient dit leur «  inquiétude devant des lois et un discours politique (…) qui contribuent à la stigmatisation de la communauté LGBT+ ».

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