Jeudi, 25 avril 2024
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    Fierté Montréal 2023 : la joie comme forme de résistance

    Tout le monde attend le défilé de Fierté Montréal 2023 en se demandant s’il tournera la page sur son annulation en 2022. On ne doute pas un seul instant que les organisateurs et organisatrices se sont fait un devoir pour cette année de redorer en grand l’événement.

    Bien sûr, Montréal se doit d’avoir ce grand rassemblement des minorités sexuelles et de genre et de leurs allié.e.s, qui sont bien plus nombreux.se.s qu’on le croit. Mais c’est aussi à nous individuellement de faire notre part en refusant d’être de simples spectateurs et spectatrices qui se laissent aller à des commentaires de gérant.e.s d’estrade en regardant passer la parade.
     
    Les défilés sont on ne peut plus importants en cette période où les 2SLGBTQ+ apparaissent dans la mire aussi bien de groupes d’extrême droite, de groupes religieux, que de gouvernements dans le monde. On ne compte plus chaque semaine dans les médias, les actes de violence envers nos communautés. Interdiction de « Gay Pride » pour de soi-disant raisons de sécurité, abolition de législation en faveur d’une meilleure acceptation dans certains pays, sans compter les crimes commis
    ici et là contre des personnes qui se veulent tout simplement différentes.
     
    Face à cette situation inquiétante, notre peur est d’autant plus grande lorsque, chez nous au Québec et au Canada, ces discours de haine sont relayés par des animateurs et animatrices ou des journalistes qui, sans aucune vision et analyse globale, se font les porte-voix du conservatisme. Bien sûr, on les entend aussi jurer sur leur grand dieu qu’ils et elles n’appartiennent pas à cette mouvance réactionnaire, qu’ils et elles font preuve de tolérance, le tout étant toujours suivi d’un « mais » qui n’augure jamais rien de bon.
     
    Un de leur grand leitmotiv, c’est de ne pas vouloir qu’on leur impose une idéologie qui s’opposerait à leurs valeurs. La fameuse idéologie LGBTisme. Pas de drag queens dans les écoles, pas de nudité frontale dans les musées, pas d’écriture inclusive… la liste est longue. Rappelons que ces hommes et femmes de médias, qui ont le privilège, donc la responsabilité de pouvoir s’exprimer sur les ondes, ont fait des études, certain.e.s d’ailleurs en sciences politiques, et devraient donc avoir une définition claire de ce qu’est une idéologie. Et savoir que celle-ci n’est pas l’apanage de leurs adversaires.

    Plus simplement, dès qu’ils et elles prennent le micro comme d’autres une Kalachnikov pour partager leurs idées, ils et elles sont dans l’idéologie. Et personne ne songe à leur reprocher de vouloir nous l’imposer. L’Histoire a pourtant démontré que les pays où les gouvernements fustigeaient l’idéologie des opposant.e.s étaient les moins ouverts à la pluralité des partis, à la liberté d’expression et j’en passe sur les minorités sexuelles et de genre. L’idéologue, c’est toujours l’autre, comme si nous pouvions nous exprimer en n’ayant pas été construit.e.s par nos études, nos expériences et nos réflexions qui nous amènent un jour à vouloir défendre nos idées.
     
    Nous sommes devenu.e.s les boucs émissaires préférés de celles et ceux qui voient en nous les armées de la fin du monde. Et ils et elles ont une audience et s’en flattent. Il y a donc une partie de la population qui adhère à leurs discours, qui se résument le plus souvent à une énumération de clichés grossiers extrêmement réducteurs.
     
    Bien sûr, nous pouvons compter sur les organismes communautaires, nous pouvons compter sur Fierté Montréal. Nous sommes toujours les bienvenu.e.s dans les instances du pouvoir, mais c’est à chacun.e d’entre nous de faire sa part là où c’est possible, sans toujours s’en décharger sur les autres.
     
    Alors du jeudi 3 août au dimanche 13 août, nous serons présent.e.s pour les événements de Fierté Montréal et bien évidemment pour le traditionnel défilé. Nous rappellerons à toustes que nous sommes là pour de bon, que l’on ne nous fera pas taire et que le placard
    appartient à l’histoire.
     
    La chorégraphe brésilienne, Lia Rodriguez, qui a présenté Encantado dans le cadre du FTA, a plusieurs fois évoqué dans des entrevues que la joie était une forme de résistance. Lia Rodrigue a créé une école de danse et un centre d’art dans la plus grande favela de Rio Janeiro. L’exclusion, le rejet, la misère, la chorégraphe, elle connait. Et pour les personnes qui ont pu voir son spectacle Encantado, il est évident que la joie peut être une forme de résistance.
     
    Alors à l’occasion de cette grande semaine de Fierté Montréal, résistons toustes avec la joie en tête, le plaisir d’être ensemble, de partager, de s’amuser, de s’extraire de la vie stupide et bête qui nous est faite.*

    *J’emprunte les derniers mots au poète guyanais Léon-Gontran Damas tirés de son poème Nous les gueux…

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