Dimanche, 14 juillet 2024
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    Linda Caicedo, l’étoile montante du football colombien

    « Touchée par la grâce de Dieu » : à 18 ans seulement, Linda Caicedo, une joueuse ouvertement lesbienne, est un Ovni du football (soccer) en Colombie, et un phénomène de précocité victorieuse sur les terrains mais aussi en dehors, d’un combat face au cancer.

    L’attaquante virevoltante du Real Madrid rêvait d’un exploit dimanche contre l’Allemagne au Mondial pour poursuivre une saison historique qui l’a vu disputer quatre compétitions internationales avec la Colombie. La Colombie l’a finalement emporté avec deux buts face à l’Allemagne qui a marqué un but.

    Des projecteurs de l’Océanie au terrain défoncé de Villagorgona, petit village près de Cali, dans le sud-ouest de la Colombie où elle s’est formée, il y a un monde d’écart.

    Mais c’est là-bas que cette pépite s’est forgée un corps et un esprit à toute épreuve, dans un pays où le football féminin souffre encore du machisme et d’un manque de soutien.

    Linda Caicedo fait « partie de ces gens touchés par la grâce de Dieu », note Diego Vasquez, son premier entraîneur.

    Au pays, ses cheveux tressés et son sourire permanent en font déjà une idole, encore plus adorée depuis son but contre la Corée du Sud (2-0) en début de Mondial, décisif pour ramener une une victoire qui place la Colombie à la hauteur de l’Allemagne en tête du groupe H.

    Et ce n’est pas son premier fait d’armes. L’an dernier, elle a disputé avec brio deux tournois de jeunes, arrivant en quarts de finale du Mondial des moins de 20 ans, au Costa Rica, puis en finale de celui des moins de 17 ans, en Inde.

    En sélection A, elle a également joué en 2022 la finale de la Copa América, perdue face au Brésil (1-0), tout en ramenant le trophée honorifique de meilleure joueuse du tournoi.

    Un itinéraire chargé, qui peut peser sur ce phénomène : jeudi dernier à Sydney, la joueuse s’est brutalement écroulée à l’entraînement, victime de douleurs à la poitrine qui ont inquiété tous les suiveurs. “Fatiguée”, la joueuse reste incertaine pour affronter l’Allemagne.

    « Je garde toujours à l’esprit que je suis très jeune, je n’ai que 18 ans », dit avec modestie la jeune prodige, qui a signé à sa majorité, en février, un contrat avec le Real Madrid, qui voit en elle un des grands espoirs du football mondial.

    Treize ans plus tôt, Linda Caicedo débarque au Real Juanchito, le club de Villagorgona exclusivement masculin jusque-là. Pendant six ans, elle ne joue qu’avec des garçons, puis avec des filles plus âgées qu’elle, alors que le football féminin commence tout juste à se développer dans le pays.

    En juillet 2019, à l’âge de 14 ans, elle débute sa carrière professionnelle avec l’America de Cali. La nouvelle recrue s’y fait vite remarquer, terminant meilleure buteuse du championnat remporté par son équipe.

    Linda Caicedo rejoint ensuite l’autre club de Cali, le Deportivo, décrochant un nouveau titre national en 2021. Une consécration à la saveur particulière, un an après avoir surmonté un cancer des ovaires qui l’a obligée à jouer certains matches avec une perruque.

    Alors qu’elle porte encore un appareil dentaire, elle déclare ouvertement son homosexualité, devenant immédiatement un symbole de courage, notamment au sein de la communauté LGBTQ.

    L’attaquante mène en outre sur les réseaux sociaux des campagnes contre la pollution plastique dans les océans.

    « Les filles voient en Linda Caicedo une figure qu’elles (rêvent) d’égaler un jour », estime Rafael Murillo, le président de son premier club.

    Une poignée de filles s’entraîne sur sa pelouse clairsemée. Portant les couleurs du Real Juanchito, Mariana Medina, 8 ans, remarque timidement : « quand je serai grande, j’aimerais être comme Linda, jouer comme elle ».

    Dans la maison de Mauro Caicedo et Herlinda Alegria, un espace est réservé aux multiples trophées, médailles et récompenses reçues par leur fille cadette.

    A côté des récompenses, une photo montre Linda aux côtés des camarades de classe avec lesquels elle a décroché son diplôme de fin d’études secondaires. Elle est la plus jeune, après l’avoir obtenu à l’âge de 15 ans, contre 17 ou 18 ans habituellement.

    « Linda est née avec le don d’être une fille qui, quoi qu’elle demande à Dieu, se donne les moyens d’y parvenir et réussit », dit fièrement d’elle son père. « Elle a une façon de penser et d’agir qui fait qu’on pourrait penser qu’elle est plus âgée ».

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