Dimanche, 14 juillet 2024
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    L’adolescence transfigurée

    Pour raconter la touchante histoire de Simon, un adolescent des années 70, le narrateur, interprété par Olivier Normand, est entouré de marionnettes à taille presqu’humaine, qui font naître des émotions aussi surprenantes que bouleversantes. Une fois de plus Robert Lepage en impose avec sa production Courville, une œuvre colossale éclatée. Des effets visuels saisissants, alliés aux prouesses techniques, technologiques et marionnettiques font de Courville un rendez-vous inoubliable.

    Courville – photo Yves Renaud
    Courville – photo Yves Renaud

    Robert Lepage avait depuis longtemps envie de parler de l’adolescence, conscient des nombreuses difficultés, au théâtre, de faire jouer par de vrais adolescents cette période de la vie où tout, en fait, passe par le corps: les émotions, les pensées, la sexualité. Pour y arriver, il s’est tourné vers une forme classique du théâtre japonais — le bunraku —où des marionnettes troublantes de réalité représentent toutes les dimensions de l’aventure humaine.

    Incarnant Simon, Olivier Normand, un comédien d’une grande virtuosité corporelle, doté de la très rare qualité de pouvoir voyager sans heurts entre la maturité et l’adolescence, entre le récit et le jeu, entre la mémoire et le réel.

    Narrateur et seul acteur de cette pièce, Simon est un peu magicien-passeur entre le présent et le passé. C’est lui qui mène le récit et donne voix aux mystérieuses marionnettes qui incarnent avec une sidérante présence les figures de son passé.

    Simon se souvient de Courville, une banlieue aux bungalows répétitifs, maintenant avalée par Québec, anoblie par la magnificence des chutes Montmorency. Il se souvient du milieu des années soixante dix avec la montée du Parti Québécois, les tensions linguistiques, la guerre froide que l’on importe grâce aux matchs de hockey canado-soviétiques. Il se rappelle des sonorités inouïes du rock progressif et surtout, du désarroi de ses dix sept ans, alors que son père vient de mourir et que sa mère l’a relégué au sous-sol pour louer sa chambre à un oncle un peu louche.

    Courville – photo Yves Renaud

    Il se souvient de Sophie, une jeune anglophone, amoureuse de lui, alors qu’il est davantage attiré par Matthieu, le maître-nageur musclé qui lui fait penser à des sculptures grecques. Simon deviendra d’ailleurs sculpteur. Mais avant cela, il traine une blessure profonde, un tatouage involontaire qui s’est imprimé sur sa poitrine quand il avait huit ans et qui l’empêche de retirer son tee-shirt et de se montrer nu devant les autres.

    Les conflits intérieurs de Simon sont nombreux, mais ce qui est époustouflant, c’est la qualité de la scénographie et l’ingéniosité pour transporter le spectateur dans tant de situations différentes par le jeu d’un caisson en plan incliné où l’on passe du sous-sol où vit et dort Simon aux autres lieux qu’il fréquente : la piscine, la bibliothèque, l’église, l’école, le cabinet médical, les autres pièces de la maison et tant d’autres lieux.

    Courville – photo Yves Renaud

    Une fois de plus, Lepage nous offre, dans un spectacle à l’éblouissante splendeur visuelle, ces années de la vie où l’on vit tout pour la première fois.


    INFOS | Courville, de Robert Lepage avec Olivier Normand, du 12 septembre au 15 octobre 2023 au TNM, à Montréal

    BILLETS sur tnm.qc.ca

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