Vendredi, 21 juin 2024
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    Sommes-nous devenus les nouveaux boucs émissaires des droites conservatrices et religieuses ?

    Début septembre avait lieu à Québec un grand rassemblement du Parti conservateur du Canada et, bien évidemment, parmi les propositions des militant.e.s, la question de la transition de genre d’enfants a été un des sujets que l’on voulait débattre. On le sait, Pierre Poilièvre est soutenu par la frange la plus conservatrice de son parti. Très proche en fait d’un certain nombre d’élus républicains aux États-Unis.

    Tout récemment, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a suggéré de faire le débat sur l’identité de genre et les changements de sexe au parlement pour, selon le Journal de Montréal, éviter que « la gauche radicale » impose son idéologie. Et pourtant, on ne peut accuser PSPP d’être un réactionnaire. Il souscrit cependant à un discours né de la droite conservatrice et sert la même litanie.
     
    Doit-on s’inquiéter pour les droits et la sécurité des personnes 2SLGBTQ+ ? Peut-être pas. Après tout, le PCC se situe bien loin dans les intentions de vote de l’électorat québécois. Et si Pierre Poilievre gagne les prochaines élections, ce ne sera pas grâce à la Belle Province. Doit-on s’inquiéter ? Peut-être pas. En juin 2023, une étude de la firme de sondage Ipsos menée dans 30 pays montrait que le Canada était toujours parmi les meilleurs pays en ce qui a trait aux droits des personnes 2SLGBTQ+. En fait, l’étude portait autour du degré d’acceptation du mariage entre conjoints de même sexe. Cependant, force est de constater que l’on assiste d’une part à un recul des droits et de la protection des minorités sexuelles et de genre dans de nombreux pays, comme la Pologne, la Hongrie ou encore les États-Unis, mais surtout à une prolifération de discours qui s’en prennent ouvertement aux 2SLGBTQ+, même ici. Bien sûr, pour beaucoup, la porte d’entrée pour certain.e.s a été la question des enfants transgenres et de leur droit de commencer une transition ou encore de changer de prénom sans l’accord des parents. De même, aux États-Unis, sous la pression conservatrice, de grandes entreprises ont retiré toute forme de promotions, et donc de soutien, aux communautés 2SLGBTQ+, de peur d’être boycottées.
     
    Mais que l’on ne se trompe pas, derrière le soulèvement d’une droite et d’une extrême droite bien pensantes, on retrouve la même rhétorique. Si nous en sommes arrivé.e.s là, selon eux, c’est bien par la place de plus en plus grande faite aux minorités sexuelles et de genre dans la société. Décadence des mœurs, destruction de la famille, éradication de la culture traditionnelle souvent qualifiée de millénaire, opposition à la loi naturelle, tout est bon pour contrer les droits et la place que nous avons conquise au cours des dernières décennies.
     
    Nous sommes des wokes qui répandent sans vergogne l’idéologie du LGBTisme et, bien entendu, quand il s’agit des enfants, nous aurions une certaine complaisance, sinon une complicité avec le monde des pédophiles.
     
    Très vite, des clichés que l’on croyait passés aux oubliettes de l’histoire refont surface et nous sommes chargé.e.s de tous les maux de la terre. Et ces discours ont la même teneur, qu’ils soient tenus à Moscou, Téhéran, ou Paris, il y a un consensus international quand il s’agit de s’en prendre à nous. Il y a peu de différence (j’exagère à peine) entre les propos tenus par le premier ministre hongrois Viktor Orban et le chroniqueur du Journal de Montréal, Mathieu Bock-Côté, quand il s’agit d’homosexualité ou encore d’identité de genre.
     
    Bien sûr, pour tous ces fervent.e.s adeptes du retour en arrière, il n’est pas question d’exterminer les déviant.e.s, mais qu’iels se taisent, ne se montrent pas, retournent en somme dans le placard duquel iels n’auraient jamais dû sortir. Historiquement, dans les périodes troubles, quand le futur est incertain, il est bon de resserrer les liens identitaires d’une nation en désignant un ennemi sur lequel focaliser toute la colère d’une population, qu’importe les dérapages possibles comme les agressions contre cette minorité ciblée. C’est déjà le cas en Europe où, avec les immigrant.e.s, les personnes 2SLGBTQ+ sont souvent menacées, injuriées, agressées bien plus qu’au Canada. Et les médias d’extrême droite n’hésitent pas à se servir de l’homosexualité de certain.e.s élu.e.s pour les discréditer. Ainsi, pour montrer à quel point le LGBTIsme avait gangrené le gouvernement français, des journalistes ont rappelé que le ministre actuel de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, était en couple avec Stéphane Séjourné, un proche conseiller depuis les tous débuts d’Emmanuel Macron. La démonstration peut alors être présentée comme la preuve que nous avons infiltré toutes les sphères de la culture, de la politique, de l’économie, pour faire avancer l’agenda de ceux que feu Denise Bombardier appelait les fondamentalistes gais. Nous pouvons considérer tout cela comme un épiphénomène ou, bien au contraire, nous en inquiéter. Mais la stratégie de l’autruche qui se met la tête dans le sable est-elle la bonne ?
     
    Les discours anti-transgenres, anti-LGBTQ sèment l’inquiétude dans la population, investissent de nouveau le champ sémantique des préjugés, et nous devrions accepter ces discours sans broncher ?
     
    Mi-septembre s’est tenu à Ottawa, selon le communiqué de presse, « le plus grand rassemblement de leaders 2SLGBTQI+ dans le pays », pour lutter contre la haine récente au Canada. Une initiative louable en soi, sauf qu’elle ne réunissait que des représentant.e.s de groupes confidentiels. Seule représentante pour le Québec, Celeste, de la Clinique de transition légale.

    Pas sûr que cela fasse trembler le Parti conservateur du Canada. Il faut que la parole soit prise relativement aux avancements demandés pour les enfants transgenres et à tout ce qui concerne le mieux-être et la sécurité des membres de nos communautés. Il faut que la parole soit publique et portée aussi bien par des militant.e.s, des universitaires, des professionnel.le.s de la santé, des artistes, bref que cette parole se fasse entendre, qu’elle avance des arguments solides qui contrecarrent le retour de la haine qui s’immisce de plus en plus dans la société. Être proactif en somme. On pourrait aussi penser à de grandes campagnes nationales comme il y en a eues dans le passé, puisque nos gouvernements, malgré les atermoiements de certain.e.s ministres, continuent de rappeler qu’ils nous aiment.
     
    Nous devons de nouveau nous faire entendre dans l’espace public. C’est une question de justice, une question d’égalité, mais surtout peut-être une question de sécurité, de Notre sécurité.  

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