Les confidences musicales de Bob Sinclar

La dernière visite de Bob Sinclar à Montréal remonte à 2013. Dix ans plus tard, le 22 septembre dernier, le parrain de la French Touch était de retour pour un marathon de deux concerts consécutifs en un seul soir. Tout juste sorti de sa limousine et à peine quelques instants avant de monter sur scène pour son concert à guichet fermé au Piknic Electronik, l’artiste français s’est posé pour une entrevue exclusive avec le magazine Fugues. Discussion avec l’un des DJ les plus influents de la planète à propos de son processus créatif, de l’industrie de la musique et de la place de la communauté LGBTQ+ dans l’histoire de la house.

Comment vous sentez-vous, à quelques minutes de performer devant ces milliers de festivaliers chauffés à bloc ?
Bob Sinclar : Je suis très content d’être au Piknic ! Quand on m’a dit que l’événement avait affiché complet en moins d’une semaine, je croyais qu’il s’agissait d’un festival avec une foule de DJ ! C’est donc vraiment un très grand honneur pour moi d’être accueilli ici et de terminer au New City Gaz. Deux concerts en un soir, c’est extraordinaire !

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La vidéo de l’un de vos plus grands succès, World Hold On, a été tournée ici à Montréal. Est-ce que la Métropole occupe une place spéciale dans votre cœur ?
Bob Sinclar : Ça faisait près de dix ans que je n’étais pas venu, et c’est trop long ! J’ai joué à plusieurs endroits dont l’Opéra, le Bal en blanc et le New City Gaz et ç’a toujours été
extraordinaire ici. Ma chanson Love Generation a également joué dans les publicités de
Loto-Québec pendant plusieurs années, il y a donc vraiment un lien d’amour fort entre Montréal et moi.

Vous créez de la musique depuis plus de 30 ans et les foules du monde entier continuent de courir pour assister à vos concerts. Quel est le secret de la longévité ?
Bob Sinclar : Les gens m’associent beaucoup à mes tubes comme Rock This Party, Sound of Freedom, etc. Quand je suis en concert, ils veulent me voir jouer ces chansons. Le public est beaucoup dans la nostalgie, c’est donc très difficile de produire autre chose. Alors quand je crée, je repars toujours à zéro. Il faut toujours rester frais et ne jamais copier quelqu’un d’autre. Il ne faut surtout pas se copier soi-même, même si c’est tentant ! On se dit que nos gros tubes allaient dans une direction précise, mais ces tubes, ils sont passés déjà ! Il faut toujours être original. Alors pour moi, le mélange des genres, c’est l’idée.

C’est ce que vous avez fait avec votre nouvelle chanson Capoeira Mata Um (Zum Zum Zum), qui est sur toutes les lèvres ?
Bob Sinclar : Exactement ! Mon processus de création part souvent de la recherche de
sample sur le Web ou dans les disques. C’est ce que j’ai fait cet été avec Zum Zum Zum, qui est un titre brésilien que j’adore. Je l’ai accéléré et je l’ai retravaillé avec un jeune producteur parisien. Je recherche toujours à travailler avec de jeunes collaborateurs ou de nouveaux ingénieurs pour trouver de nouveaux sons et toujours rester d’actualité.

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Parlant d’actualité, y a-t-il des projets à venir que les fans devraient garder à l’œil ?
Bob Sinclar : Il y a toujours plusieurs idées qui arrivent ! Je suis à New York en ce moment avec DJ Gregory, avec qui j’ai commencé le projet Africanism. On va remettre l’accent très fort sur ce projet jusqu’à l’été prochain, où nous serons dans plusieurs festivals ensemble.

Africanism est aussi un mélange de genres musicaux, n’est-ce pas ?
Bob Sinclar : Effectivement, le mot d’ordre pour moi est toujours le métissage et la rencontre de différentes cultures, qu’il s’agisse des cultures africaines ou brésiliennes, et de les amener sur le dancefloor.

FISHER a remixé World Hold On en 2022, comment vous sentez-vous quand vos chansons sont revisitées par de nouveaux DJ ?
Bob Sinclar : C’est énorme ! FISHER m’appelle l’an dernier en me disant qu’il adorait les vocals de cette chanson et qu’il avait envie de la revisiter. FISHER est australien et la chanson avait été numéro un dans ce pays. Ç’avait été très, très fort là-bas ! Je lui ai donc envoyé ma musique, puis je n’ai pas eu de nouvelles jusqu’à ce qu’on m’appelle pour me dire qu’il jouait ma chanson sur la scène du festival Ultra Miami ! Je me suis donc précipité en ligne pour le voir et boum ! Je n’avais même pas encore reçu le remix ! Ç’a complètement relancé le titre et les jeunes l’ont redécouvert grâce à lui. Comme si cette chanson était sortie l’année dernière ! Je suis très honoré !

La communauté LGBTQ+ a joué un rôle important dans le développement de la musique house dans les années 80 et continue de faire partie de cette culture musicale aujourd’hui. Comment expliquez-vous cette histoire d’amour ?
Bob Sinclar : Tu sais, je suis né à Paris, dans le Marais, qui est composé à peu près à 100 % de membres de la communauté LGBTQ+. Ce sont effectivement eux qui ont influencé ce courant musical qui était très underground à la base. On est passé du disco, qui s’est développé au départ beaucoup à travers la culture gaie, mais qui est devenu très mainstream, notamment avec les boîtes comme le Studio 54 et le Loft.

Ensuite il y a eu le mouvement disco sucks, qui était clairement une discrimination envers les cultures LGBTQ+, mais également beaucoup envers la culture noire. Parce que le disco est né en Allemagne, mais c’est aux États-Unis qu’il a explosé, beaucoup via la culture afro-américaine. ette musique « noire » passait trop à la radio, donc il y a eu un arrêt brutal pour entendre des choses plus « blanches ». À ce moment-là, la culture gaie a perpétué cette musique en l’améliorant grâce aux boîtes à rythmes, aux synthétiseurs et à des gens comme Bobby Orlando. Le disco a donc continué de façon électronique à travers San Francisco et ensuite à New York. Puis, au début des années 80, la house arrive à Chicago grâce à Frankie Knuckles, encore une fois via la culture gaie et afro-américaine. Donc, l’histoire montre que quand on tente de casser ou de museler les gens, ils reviennent.

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D’abord de façon underground, puis de manière encore plus forte. La présence de la culture gaie dans la musique house ou de la culture noire dans le hip-hop, l’un des genres les plus populaires aujourd’hui, en sont de parfaits exemples. En tout cas pour moi, qui habite le Marais depuis les années 80, communauté LGBTQ+, c’est ma culture !

La renaissance actuelle de la house et du disco doit donc être le fruit des tensions sociales importantes que nous vivons à l’époque actuelle ?
Bob Sinclar : Je pense qu’on voit surtout aujourd’hui une prise de conscience des gens. La culture LGBTQ+ explose en ce moment parce qu’après tant d’années de ségrégation, de méchanceté et d’homophobie, il est bien que la communauté s’exprime. D’un autre côté, les médias sociaux donnent aussi une tribune à des personnes mal intentionnées qui disent parfois n’importe quoi. Je pense toutefois qu’éventuellement, tout ça va redescendre, et que tout le monde va prendre conscience que les communautés doivent vivre en harmonie, ensemble dans l’amour.

INFOS | https://www.bobsinclar.com

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