Vendredi, 12 juillet 2024
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    «Faire Summer Qamp m’a mis en contact avec la jeunesse queer que j’aurais aimé avoir»

    Le nouveau documentaire de Jen Markowitz suit des adolescent.es queer, trans et non binaires au Camp fYrefly dans la campagne de l’Alberta. Iel nous parle de son documentaire. J’ai passé la dernière année de ma vie à réaliser le documentaire Summer Qamp, basé sur les expériences des campeurs participant au Camp fYrefly de l’Alberta pour les jeunes LGBTQ2S+. Apprendre à connaître les campeur.ses et à en apprendre davantage sur leur vie a mis en évidence quelque chose qui me concernait personnellement : la jeunesse queer que j’avais vécu.e n’avait rien de tel.
     
    Ayant grandi.e queer dans les années 90, je n’ai jamais compris toute l’ampleur de ce qui me manquait. Je me suis regardé.e dans le miroir et j’ai entendu des mentions occasionnelles de personnes LGBTQ2S+ dans les médias, mais c’était l’étendu de mon monde queer. À l’époque, c’était comme… suffisant. Ces miettes de preuves que j’étais «valide» et qu’il y en avait «d’autres comme moi», m’ont donné la conviction que je pouvais prendre ma place dans ce monde. Mais l’apparence de cet espace n’a jamais été tangible.
     
    La représentation queer que j’ai vue dans les films d’alors n’était pas souvent optimiste, comme beaucoup de films parlent de la mort ou du rejet par la famille et/ou les amis. J’ai aussi souvent dû me faufiler dans ces films parce qu’ils étaient jugés inappropriés pour ma tranche d’âge, ce qui ne faisait qu’ajouter une couche de honte et de culpabilité à ce qui était déjà une expérience très secrète. Et si je parvenais à trouver occasionnellement un film queer classé «pour tous», rien ne me faisait plus peur que l’idée d’être vu.e par quelqu’un que je connaissais, entrant ou sortant du cinéma.
     
    Cette expérience m’a inculqué une ténacité — que j’ai encore aujourd’hui —, mais elle a également soumis mon jeune cœur à une épreuve de stress qu’aucun enfant ne devrait avoir à subir – certainement pas lorsqu’iel va au cinéma.

    En revisitant mentalement ces années, je remarque que j’ai été privé de quelques expériences formatrices clés. Mais ce qui m’a surpris le plus, c’est qu’il m’aura fallu rencontrer un groupe d’adolescent.es queer en Alberta pour m’aider à percevoir le genre de jeunesse qui aurait pu être la mienne si j’avais été entouré.e par une communauté comme celle-là.

    Les campeur.ses de fYrefly ont fait preuve d’une confiance et d’un acharnement que je n’aurais pu que souhaiter quand j’étais jeune. Bien qu’iels deviennent adultes à une époque où l’actualité semble dominée par une rhétorique anti-queer et anti-trans, leur exubérance à vivre dans la pleine expression de leur joie queer semble éclipser les rappels constants des menaces qu’iels peuvent rencontrer dans le monde. 

    Alors qu’ iels étaient en pleine nature, iels se faisaient couper les cheveux pour la première fois, affirmant leur genre, dansant avec leurs amours d’été et se soutenant mutuellement dans leurs démarches de coming-out. Autant de moments incroyablement marquants qu’iels ont emportés avec leurs sacs de couchage pour les ramener chez eux dans leur quotidien.

    Tant d’affirmations queer en si peu de temps donnaient parfois l’impression que le camp existait sur une île métaphorique, complètement séparée de la vie quotidienne et des défis de ces enfants. Mais ce n’était pas le cas. J’en vois la preuve dans les mises à jour que je reçois de bon nombre d’entre eux et elles.
     
    Iels commencent un traitement hormonal ; iels mènent des défilés de fierté dans leurs villes rurales ; iels réalisent même leurs propres films sur la vie d’adolescent queer. Iels avancent de plus en plus vers l’âge adulte queer et exigent que les espaces dans lesquels ils pénètrent se conforment à eux au lieu de se faufiler dans les lacunes disponibles comme l’a fait la plupart de ma génération. Si j’avais su plus jeune qu’une jeunesse queer aussi dynamique était possible, la personne que j’étais à l’adolescence aurait couru à toute vitesse vers
    cette vie.
     
    Summer Qamp est pour moi plus qu’un film. Cela a changé ma vie. Et ça m’a démontré à quel point ma génération queer et celles de ceux et celles nous ont précédés peuvent profiter et enrichir leur vie en passant du temps avec la plus jeune génération, celles des futurs queers. 
     
    J’étais de retour au camp cet été en tant que membre du personnel et artiste en résidence, mais le véritable objectif de mon cœur était de me replonger une fois de plus dans mes
    années d’adolescence. Et de trouver des moyens de communiquer à mon jeune moi avec la conviction qu’ils et elles iront très bien.

    par Jen Markowitz

    INFOS | Summer Qamp de Jen Markowitz sera présenté dans le cadre du Festival image+nation lgbtqueer de Montréal, au Cinéma J.A. De Sève, le 25 novembre, à 13h.
    https://www.image-nation.org

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