VIH : une année 2023 riche en études et en données prometteuses

Les traitements s’améliorent et certains patients séropositifs peuvent voir leur prise de médicaments facilitée par des traitements injectables mensuels ou bimestriels… Non, il n’y a pas encore de vaccin encore, mais il y a certainement de l’espoir avec des traitements qui rendent les patients indétectables. 

Doxycycline, une avancée pour certaines ITSS
En début d’année 2023, une étude française appelée DoxyVAC avait été présentée lors de la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) qui se déroulaient à Seattle. Cette étude de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) avaient démontré l’efficacité de l’antibiotique doxycycline sur des infections telles que la syphilis, la chlamydia ou la gonorrhée. Cette recherche démontrait que, prise 72 heures après une relation sexuelle, elle donnait des résultats prometteurs : elle réduisait de près de 80% les risques de chlamydia et de syphilis et de 50% de contracter la gonorrhée et ce, pour les personnes bénéficiant de la PrEP (prophylaxie pré-exposition sexuelle). «C’était une très bonne nouvelle pour pouvoir traiter les personnes qui font des ITSS [infections transmissibles par le sexe et pas le sang] à répétitions», se réjouit le Dr Pierre Côté de la Clinique du Quartier latin. «Ce sont des chiffres très encourageants. La doxycycline est un antibiotique à large spectre, mais on peut aussi développer facilement des résistances.»

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En fait, si on exclut des résultats de la gonorrhée, ces chiffres augmentent de 80% à 88% pour la chlamydia et la syphilis.  Il faut dire ici que, même si ce n’est que 50% pour la gonorrhée, c’est un résultat encourageant.

Mais à qui devraient-on prescrire la doxycycline ? «Ça c’est le gros challenge», avoue-t-il. Il est clair que les gens sur l’étude française recevaient déjà la PrEP. Donc, on imagine que ce sont les gens les plus à risques de développer une telle maladie après une relation sexuelle, comme les HARSAH (hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes) ou encore les personnes trans. «Il n’y a pas encore de directives claires au Québec, mais on pense que les personnes qui ont eu au moins une de ces maladies au cours de la dernière année pourraient bénéficier d’un tel traitement pour éviter qu’elles en soient infectées. Cela veut dire que les gens devront se faire dépister régulièrement. On attend les directives du ministère de la Santé à cet effet-là. Mais on le prescrit déjà ici à la clinique», souligne le Dr Pierre Côté.

La doxycycline est aussi utilisée pour les personnes HARSAH et trans qui ne sont pas sous la PrEP, mais qui sont à risque de contracter ces maladies en raison de relations sexuelles non protégées avec de multiples partenaires ou avec des partenaires à risque. 
 
De nouveaux résultats sur les résistances à la doxycycline devraient être présentés prochainement à la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) qui se déroulera du 3 au 6 mars à Denver, au Colorado. «On devrait voir aussi des études sur le vaccin contre la gonorrhée. On sait que ce ne sera pas efficace à 100%, d’ailleurs aucun vaccin n’est efficace à 100%, mais on espère voir des conclusions intéressantes de ces tests sur des humains
[…]», dit ce médecin. 

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D’autres études reliant le VIH à d’autres maladies
Une autre recherche portait sur 7,000 patients séropositifs en relation avec les statines (médicament contre le cholestérol). La moitié des patients recevaient un placébo et l’autre moitié prenait une statine. On a y a constaté qu’il y avait 35% moins de risque de développer des complications cardiaques. «Cela va changer nos pratiques, souligne le Dr Pierre Côté. On devra travailler sur les comorbidités des patients, les surveiller et être plus agressifs. Peut-être mettre plus tôt les patients sous des statines pour éviter qu’il y ait des maladies cardiaques, surveiller aussi le diabète, etc. C’est une étude intéressante dans le sens que cela nous démontre qu’on devra être plus vigilant […]»

Durant la pandémie de Covid-19, plusieurs instituts avaient déjà émis des recommandations concernant les patients séropositifs qui pouvaient être infectés par le coronavirus et les diverses complications. Une étude américaine portait sur 4,000 patients séropositifs ayant été infectés au coronavirus. «35% d’entre eux ont eu des complications cardiovasculaires.

Il y a eu une atteinte importante au niveau du muscle cardiaque. Mais on a remarqué que beaucoup de ces patients avaient des taux de CD4 de 200 ou moins. Donc c’est inquiétant pour ce type de patients parce que cela démontre que des traitements antirétoviraux (TAR) sont importants et qu’il faut absolument augmenter le nombre de CD4 si l’on veut lutter efficacement contre le coronavirus chez les patients séropositifs», explique-t-il.

«Donc, pour des patients séropositifs, on recommande de se faire vacciner pour la Covid-19 et éviter ainsi des problèmes supplémentaires», dit-il. 

Cabenuva et Lenacapavir deux médicaments injectables
Le Cabenuva (cabotegravir 2 ml ou 3 ml et rilpivirine 2 ml ou 3 ml) est un traitement antirétroviral par injections au mois ou à tous les deux mois produit par ViiV Healthcare. Il doit être injecté par un professionnel de la santé dans deux points distincts du muscle fessier. C’est certain que ce type de médicament injectable possède des avantages pour un patient. «Il est bien toléré par les patients qui sont très contents parce cela ne leur rappelle pas à chaque jour qu’ils sont séropositifs et qu’ils doivent prendre leur médication. Par contre, le patient doit absolument se présenter à la clinique pour se faire injecter. Il n’y a pas de possibilité de le faire chez soi. C’est une question de conservation du traitement et de technique d’injection», de spécifier le Dr Côté. Aux États-Unis, les autorités médicales ont autorisé l’injection de Cabenuva en tant que PrEP. Ce qui est une belle avancée.

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Pour ce qui est du Lénacapavir (Sunleca) produit par Gilead Sciences, celui-ci a été approuvé par Santé Canada en novembre 2022, donc c’est assez récent. Il nécessite une injection dans l’abdomen une fois tous les six mois. Oui, vous avez bien lu : une fois tous les six mois. Malheureusement, au contraire du Cabenuva, il ne suffit pas de prendre que le Lénacapavir, celui-ci doit être combiné à d’autres médicaments. «Pour le moment (et dans un avenir proche), on doit prendre le Lénacapavir en association avec d’autres médicaments anti-VIH sous forme orale parce que, à lui seul, ce produit ne suffit pas à traiter efficacement le VIH.

Gilead Sciences mène cependant des recherches dans l’espoir de créer un nouveau médicament que l’on pourra associer au Lénacapavir et dont les doses pourront être espacées comme celles de ce dernier. Il est donc possible qu’il existe un jour une association de médicaments anti-VIH injectables qu’il suffise d’administrer tous les six mois», indique le site catie.ca.

«Le Lénacapavir est prescrit aux patients qui ont développés des résistances ou dont leurs médicaments actuels fonctionnent moins bien. Il a démontré, également, une bonne efficacité chez les patients naïfs [qui n’ont pris aucun autre médicament que celui-ci]. Il y a aussi une formulation orale. Il pourrait être utilisé en tant que PrEP. Donc, c’est une bonne nouvelle pour les patients séropositifs et cela augmente la gamme de traitements que l’on peut offrir», de commenter ce médecin.

Le Lénacapavir est déjà disponible au Canada pour des cas spéciaux. Il faut que son coût, 24 000$US est élevé et n’est pas couvert par les assurances médicaments des provinces. «Mais c’est une autre bonne nouvelle pour traiter des patients», renchéri le Dr Côté.

INFOS | Dr Pierre Côté est médecin à la CMU du Quartier Latin

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