Lundi, 22 juillet 2024
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    Le Conseil québécois LGBT fête ses 30 ans d’existence avec à sa tête un jeune directeur qui en veut

    Fort d’un réseau de plus de 70 organismes LGBTQ+ présents au Québec, le Conseil québécois LGBT est devenu un acteur incontournable de nos communautés. Depuis sa création il y a 30 sous le nom de Table de concertation des gais et des lesbiennes du Québec, le Conseil québécois LGBT a été entre autres le principal interlocuteur avec les élu.e.s aussi bien du côté provincial que fédéral. On doit à l’organisme son engagement pour la reconnaissance des couples de même sexe, l’union civile au Québec et le mariage homosexuel au Canada.

    Au cours de sa longue histoire, le Conseil a vécu comme beaucoup d’autres organismes des changements et des adaptations aux défis et enjeux différents que pouvaient rencontrer nos communautés. Aujourd’hui, sa mission principale se recentre autour de l’aide et du soutien à apporter aux organismes qu’il représente en voulant donner une plus grande visibilité aux organismes LGBTQ dans les autres régions. Bien entendu, comme le souligne son nouveau directeur général, James Galantino, en entrevue pour Fugues, impossible de ne pas être inquiet de la montée des discours haineux qui réapparaissent aussi bien au Québec qu’au Canada.
     
    Est-ce que ton parcours te destinait aujourd’hui à occuper un poste semblable ?
    James Galantino : J’ai fait un baccalauréat et une maîtrise en sexologie clinique. Durant cette période, j’ai fait beaucoup de recherches autour des enjeux qui concernaient les personnes trans et non binaires. J’ai au cours de ces années fait un stage à ASTT(e)Q (Action santé travesti(e)s et transsexuel(le)s du Québec), travaillé comme travailleur autonome à l’insertion des personnes trans à l’école, au cégep et à l’université. J’ai donc une grande expérience du terrain sur les enjeux des personnes trans. J’ai ensuite appliqué comme coordonnateur de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité de genre il y a plus de trois ans. Comme coordonnateur à la Chaire, je me suis retrouvé sur le conseil d’administration du Conseil québécois LGBT comme trésorier.
     
    Et quand il y a un poste pour la direction générale, tu décides de présenter ta candidature ?
    James Galantino : On m’a incité à me présenter. Je n’étais pas en recherche d’emploi avec mon poste de coordinateur à la Chaire, mais j’étais intéressé parce que ce poste représentait un travail qui correspondait tout d’abord à mes valeurs et que je pensais que je pourrais avoir un impact sur la vie des gens. En même temps, je me disais que j’étais peut-être un peu trop jeune pour occuper un poste de gestionnaire. J’ai donc présenté ma candidature en me disant qu’au mieux j’avais cet emploi, qu’au pire, je restais sur le conseil d’administration et que j’aurais l’occasion d’en apprendre un peu plus sur la gestion d’un organisme.
     
    Ces deux dernières années, on a l’impression, de l’extérieur, que le Conseil québécois LGBT manquait de leadership ?
    James Galantino : C’est une image un peu fausse. Je me suis rendu compte dès mon arrivée en poste que le Conseil travaillait très fort avec les organismes qu’il représentait. D’ailleurs les relations sont très bonnes avec tous les organismes. Nous venons […] de faire une tournée dans tout le Québec pour rencontrer tous les organismes et discuter avec eux de leurs besoins. Nous voulons développer des formations auxquelles ils pourraient participer pour les soutenir dans leur mission. Il ne faut pas oublier que les organismes sont sur le terrain, en lien direct avec les personnes de nos communautés, qu’ils ont donc une grande connaissance et une expérience des différents enjeux et défis auxquels nous sommes confrontés. Bien sûr, revient toujours la question du sous-financement des organismes qui les freine pour mener à bien leur mission. Mais on peut aussi parler de la crise médiatique avec l’arrivée de discours haineux et les organismes doivent pouvoir y faire face, avoir des outils pour contrer ces discours. Fort de ces consultations avec nos membres, nous avons préparé un plan de revendications que je vais être heureux de porter au cours des prochains mois. Nous avons aussi rappelé aux membres que notre rôle était de faire pression sur nos élu.e.s pour qu’ils et elles restent nos allié.e.s et que nos droits ne reculent pas.
     
    Tu fais le lien avec l’actualité récente. Face aux polémiques entourant l’utilisation de toilettes mixtes, ou encore dans d’autres provinces la question du consentement des parents pour l’âge de l’enfant qui veut changer de pronom, on a l’impression que les élu.e.s ont été sur un mode plus défensif que proactif.
    James Galantino : Je vais tenter de répondre à cette question qui relève avant tout d’une question de stratégie. Je sais qu’on nous reproche de faire un travail qui se situe un peu dans l’ombre, que l’on n’est pas assez visible dans les médias. Une grande partie du travail est d’appeler les élu.e.s dont les discours pourraient conforter les discours haineux qui naissent un peu partout. On les appelle, on essaie de leur faire comprendre ce qui se passe, on les sensibilise, et on s’assure d’avoir un discours plus organisé et qui va dans le sens d’un message commun. Comme nous avons des relations privilégiées avec le gouvernement, nous utilisons ce canal en contactant directement les élu.e.s, car je pense que c’est par ce moyen direct que nous pouvons avoir le plus d’influence et nous avons la chance en ce moment d’être bien placés. Et l’on compte aussi sur les allié.e.s, comme les syndicats, les commissions scolaires, des ordres professionnels, des municipalités qui peuvent aussi interpeller les élu.e.s et porter le même message.
     
    Si on se réfère aux déclarations du ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, sur une réflexion sur l’identité de genre avec la création d’un « Comité de sages », on peut se demander si on ne recule pas sur ces questions compte tenu de tout le travail qui a été fait depuis des décennies.
    James Galantino : Je ne pense pas que le ministre voulait mal faire. Il a peut-être à mon avis mal joué, alors que l’on aurait aimé avoir un gouvernement qui puisse rassurer la population. Bernard Drainville est un nouveau ministre et je ne pense pas qu’il avait toute l’information entre les mains. Comme je l’ai rappelé dans les médias, sa déclaration contredisait ce qui se trouve dans le Guide à l’intention des milieux scolaires* produit par son ministère il y a deux ans. J’ai rappelé aussi que j’étais étonné que l’on parle de la constitution d’un comité de sages parce que le Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie pilote déjà un comité ministériel qui se penche sur ces questions-là. D’autant que pour ce qui est de la question des toilettes, on est en retard sur les autres provinces. En Ontario, par exemple, il existe des toilettes mixtes en milieu scolaire depuis 10 ans et cela n’a pas soulevé de débats dans l’opinion publique. On aurait aimé que le gouvernement québécois se fasse plus rassurant.
      
    En tant que Conseil québécois LGBT serez-vous appelé à ce « Comité des sages » ?
    James Galantino : Disons que nous avons eu des contacts.
     
    Il y a eu un changement de ministre de tutelle à la tête du Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie, est-ce parce que la communication était devenue difficile avec le ministre Simon Jolin-Barrette qui en avait la charge ?
    James Galantino : Je ne pourrais me prononcer, car je n’étais pas en poste à ce moment-là, mais ce que je peux assurer c’est que contrairement à ce que je pensais moi-même en prenant mes fonctions, les relations sont très bonnes avec les personnes avec qui nous travaillons dans les différents ministères. Nous avons des contacts fréquents, nous sommes au courant de ce qui se passe, et ce qui est pour moi un très bon signe, les élu.e.s nous appellent et donc ils et elles voient le Conseil québécois comme une référence.
     
    On attend toujours le nouveau Plan de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Est-ce que le Bureau de lutte tel qu’il existe depuis 2013 ne devrait pas voir son mandat redéfini compte tenu des nouveaux enjeux ?
    James Galantino : Je crois que l’on parle trop souvent du Bureau de lutte comme un interlocuteur privilégié. Mais il faut se rappeler que ce sont avant tout des fonctionnaires qui n’ont aucun pouvoir décisionnel. Donc, si nous devons convaincre et obtenir des changements, c’est directement avec ceux et celles qui ont le pouvoir qu’il faut travailler, puis eux et elles seul.e.s peuvent prendre les décisions. Nous comptons entre autres sur le nouveau Plan de lutte contre l’homophobie et la transphobie qui devrait être annoncé sous peu, dans lequel nous sommes confiant.e.s de voir de grands changements. Entre autres, le poste de coordination sera changé pour un poste de direction pour le Bureau de lutte,
    en fait un titre qui aura plus de crédibilité auprès des directeurs et directrices des autres ministères.
     
    Vous avez été consulté.e.s pour ce nouveau plan à venir. Est-ce que vous en connaissez les grands axes ?
    James Galantino : Bien sûr, nous avons été consulté.e.s et nous espérons que nos propositions auront été retenues et se retrouveront dans le nouveau Plan de lutte, entre autres sur le financement des organismes. On souhaite qu’ils soient financés à la mission et non plus uniquement par projets, que le financement s’inscrive dans le temps sans être obligé chaque année de devoir refaire des demandes de subventions, afin d’éviter que le financement comme il est actuellement contraigne les organismes communautaires à se retrouver en compétition.
     
    On peut s’étonner de ne pas avoir plus entendu la ministre responsable du Bureau de lutte s’exprimer sur la question de l’utilisation des toilettes en septembre dernier, alors que Martin Drainville et le premier ministre François Legault ont tout de suite réagi ?
    James Galantino : Martine Biron est aussi ministre de la Francophonie et des Relations internationales, ministre responsable de la Condition féminine, disons qu’elle porte de nombreux dossiers. Mais au-delà de savoir si elle devait ou non intervenir, je tiens à souligner que nous avons de très bons rapports avec elle et que nous avons une très bonne écoute de la part de son équipe. J’ai extrêmement confiance dans la relation que nous avons avec elle.
     
    Le Conseil québécois LGBT fêtera son 30e anniversaire le 13 décembre prochain au centre d’art Le Livart, rue Saint-Denis. Mais pour James Galantino, le travail ne fait que commencer, lui qui plusieurs fois au cours de l’entrevue a témoigné de son inquiétude face à la résurgence de discours haineux qui touchent plus particulièrement les personnes trans, les jeunes comme les moins jeunes. 

    INFOS | https://Conseil-Lgbt.ca

    Pour une meilleure prise en compte de la diversité sexuelle et de genre. Guide à l’intention des milieux scolaires (2021), ministère de l’Éducation.
     

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