Samedi, 25 mai 2024
• • •
    Publicité

    SAPIN$, la comédie bienveillante du temps des fêtes

    Rémi, 21 ans, quitte son berceau natal de La Tuque au Québec pour aller vendre des sapins de Noël à New York dans le but de rembourser une dette menaçant son avenir. Largué au fin fond du Bronx, il fait la rencontre de Laura, une militante française pince-sans-rire, qui sera sa collègue pour le prochain mois. Ensemble, ils découvrent la vibrante communauté peuplant leur coin de rue et apprennent à survivre aux épreuves toutes aussi absurdes que dramatiques que leur réserve le «monde» de la vente de sapins. 

    SAPIN$  qui s’inscrit dans la lignée des comédies d’auteurs, est une production de Couzin Films, la compagnie de Ziad Touma. Il s’agit du premier long métrage de Stéphane Moukarzel, un cinéaste et scénariste libanais né en Côte d’Ivoire, plusieurs fois primé pour ses courts métrages: Nous avions et Black Friday

    Diplômé en communication de l’Université Concordia et de l’INIS, il croit que la réalité est une comédie sublime, mise en scène pour son éducation et son amusement, et qu’il existe un complot bienveillant pour le libérer de son ignorance et l’aider à transformer le réel.  

    Nous lui avons posé quelques questions sur SAPIN$…

    D’où vous est venue l’idée de ce film ?

    Stéphane Moukarzel : Mon ami et directeur photo Alexandre Lampron me racontait autour d’un verre qu’il y a 15 ans, il avait vendu des sapins de Noël à New York, comme le font beaucoup de Québécois chaque année depuis plus de 70 ans. Fait que j’ignorais. J’y ai immédiatement entrevu un univers cinématographique foisonnant, décalé, rempli d’humanité et d’absurde. J’ai donc entamé des recherches exhaustives et rencontré plusieurs vendeurs afin de recueillir leur expérience, anecdotes, et fonctionnement de ce milieu. Le concept que la réalité dépasse la fiction me fascine et me nourrit; il me sert de base pour ensuite intégrer une partie de cette réalité dans une fiction. Il ne restait plus qu’à choisir quelle histoire raconter à travers ce contexte.

    Justement, qu’est-ce qui vous a poussé à raconter l’histoire de Rémi ?
    Stéphane Moukarzel : Voyager, sortir de sa zone de confort, être en contact avec des cultures et des gens différents nous fait évoluer. Qu’elles soient positives ou négatives, ces expériences nous transforment. On réalise que nos valeurs sont un peu figées. Notre pensée critique se développe. 

    Le choix fut donc de faire de SAPIN$ un récit d’apprentissage avec pour fil conducteur l’ouverture au monde. J’ai donc choisi de faire de Rémi un jeune homme de région qui n’est jamais sorti de son petit bout de pays et qui, par un concours de circonstance, va devoir s’exiler pour se refaire. Son séjour new-yorkais le sortira de son nombril, l’éveillera au monde, le confrontera frontalement aux inégalités de la société nord-américaine. En se retrouvant dans la rue, en position précaire, il apprendra l’entraide, la compassion, la solidarité, et surtout à accepter sa condition, comprenant qu’il est tout de même bien privilégié.

    Est-ce que c’est un personnage qui est proche de vous, ou est-ce autobiographique ?
    Stéphane Moukarzel : Oui et non. Je suis né en Côte d’Ivoire de parents libanais, et j’y ai grandi, baignant dans une francophonie hybride, avec des Français, des Libanais, des Ivoiriens. J’ai débarqué au Québec à 17 ans, pour entrer au Cégep. J’ai donc déjà été le proverbial poisson hors de l’eau, et mon parcours de vie singulier m’a rendu sensible au sort des exilés. 

    Mon coscénariste, Germain Larochelle, lui, a passé une partie de sa jeunesse, en région. Nous avions donc ce point de départ, et nous avons trouvé le juste milieu pour notre personnage. J’ai d’emblée une plus grande ouverture sur le monde que Rémi, mais justement, je voulais qu’il parte de rien pour évoluer. 

    J’y ai infusé des thèmes que j’affectionne qui sont l’autoflagellation, la mauvaise estime de soi – ce personnage se tape dessus sans cesse. J’y ai greffé d’autres de mes préoccupations en arrière-plan : l’aliénation de la société de consommation, les rituels comme source d’ancrage et enfin comment l’environnement façonne notre mode de vie.

    À ce propos, comment avez-vous abordé le casting du film ?
    Stéphane Moukarzel : Étienne (Galloy), s’est imposé très tôt (dans le rôle de Rémi). Je l’avais vu dans Prank et le court métrage Petit frère. Il possède cette bouille et ce charisme qui font qu’on a envie de le suivre. On s’en ai parlé tandis que nous commencions à peine l’écriture, donc nous avons écrit avec lui en tête. 

    Pour Laura, l’idée qu’elle soit française est apparue assez tôt dans le processus. Ayant un parcours identitaire francophone très hybride, je voulais qu’on retrouve cette francophonie internationale à l’écran. Ce qui est tout à fait plausible dans une ville comme New York. Une agente de casting française nous a recommandé quelques choix dont Diane Rouxel. Diane est à la fois sophistiquée, très photogénique mais elle fait aussi du graffiti, a déjà parcouru la France en grimpant sur des trains de marchandises ! Elle avait le bon tempérament pour le personnage de Laura. 

    Pour le casting des seconds rôles, trouver des comédiens qui peuvent avoir l’accent new yorkais à Montréal, mais aussi des accents du monde entier, puisque plusieurs sont issus de l’immigration, est un exercice périlleux. C’était un casting compliqué mais excitant à la fois car c’est aussi la possibilité de faire découvrir des gens de talent qui sont méconnus du public québécois.


    On sent dans SAPIN$ une volonté de toucher à plusieurs styles. Comment avez-vous fait pour équilibrer le ton du film ?
    Stéphane Moukarzel : SAPIN$ se déploie sur une structure classique et complexe à la fois parce qu’il mélange plusieurs genres bien connus du grand public. Avant tout un récit d’apprentissage, il raconte l’histoire d’un jeune homme ayant une faible estime de lui, ne vivant qu’à travers le regard et l’approbation des autres, qui va apprendre à s’aimer un peu plus lors de ce voyage initiatique, et surtout à rencontrer des gens différents. 

    À cela, SAPIN$ combine le buddy movie, sous-genre populaire qui met en situation un duo de personnages mal assortis qui sont contraints de passer du temps ensemble. Ces types de films sont en général des comédies policières ou des road movies, mais SAPIN$ s‘apparente à un road movie stationnaire : au lieu que les personnages se déplacent d’un endroit à l’autre, les étapes et rencontres du voyage se font principalement au même lieu, et ce sont les gens qui viennent à eux. Je pensais inévitablement à En attendant Godot de Becket

    À travers ces rencontres, Rémi et Laura font l’apprentissage de l’Amérique contemporaine, servant des gens aisés et d’autres plus modestes, côtoyant des itinérants, etc… En plus du nouvel environnement qu’il découvre, Rémi est confronté à sa vision du monde par Laura. À travers ce cheminement, on y intègre des codes du thriller paranoïaque. Il y a toujours de l’humour à la fois bon enfant et sensible qui veut nous garder impliqué dans la quête des personnages. 

    Mon désir et défi personnel était que cet amalgame soit familier et original à la fois, qu’il puisse divertir et toucher à la fois, tout en laissant un côté feel good à la fin.

    INFOS : SAPINS à l’affiche dès le 22 décembre.
    https://sapins-lefilm.com

    Abonnez-vous à notre INFOLETTRE!

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité