Vendredi, 21 juin 2024
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    Comment comprendre la polémique qui vise le Vatican suite à l’annonce de la bénédiction des couples gais?

    La Fiducia supplicans, le texte en question, n’a pourtant rien d’un brûlot révolutionnaire et est plus prudent que nombre d’initiatives épiscopales.

    La déclaration catholique ayant fait le plus de bruit en 2023 ne concernait, ni le réchauffement climatique, ni la guerre à Gaza, ni les abus sexuels ou le harcèlement, ni la faim dans le monde ou le drame des réfugiés, mais bien la possibilité de bénir les couples en situation irrégulière… Fiducirélia supplicans, publié le 18 décembre par le dicastère pour la doctrine de la foi, est même le magistère pontifical le plus contesté depuis Humanae vitae, l’encyclique de Paul VI (datant de 1968) sur la contraception.

    Cette fois, cependant, ce ne sont pas les épiscopats occidentaux qui se rebiffent, mais l’Église d’Afrique qui se distancie — Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, Ghana, Kenya, Malawi, RDC, Rwanda, Togo, Zambie, Zimbabwe —, ainsi que des pays de l’ex-URSS — Kazakhstan, Pologne et Hongrie.

    Que dit ce document tant décrié ? Que pour les couples en situations irrégulières (principalement les couples de même sexe et les couples de divorcés), une approche pastorale des bénédictions est possible, car “les personnes qui viennent spontanément demander une bénédiction manifestent […] leur ouverture sincère à la transcendance, la confiance de leur cœur qui ne s’appuie pas uniquement sur leurs propres forces, leur besoin de Dieu et leur désir de sortir de l’étroitesse de ce monde refermé sur lui-même. ”

    En effet, “la charité pastorale elle-même exige que nous ne traitions pas simplement de “pécheurs” d’autres personnes dont la culpabilité ou la responsabilité peuvent être atténuées par divers facteurs qui ont une incidence sur l’imputabilité subjective. ” . “Dans l’horizon ainsi tracé, il est possible de bénir les couples en situation irrégulière et les couples de même sexe, sous une forme qui ne doit pas être fixée rituellement par les autorités ecclésiales, afin de ne pas créer de confusion avec la bénédiction propre au sacrement du mariage. […] Cette bénédiction ne sera jamais accomplie en même temps que les rites civils d’union, ni même en relation avec eux. Ni non plus avec des vêtements, des gestes ou des paroles propres au mariage. ” 

    Fiducia supplicans n’a donc rien d’un pamphlet révolutionnaire et est plus prudent que nombre d’initiatives épiscopales. La déclaration s’inscrit dans la tradition romaine de mesures pastorales accompagnant les fidèles dans les aléas de la vie.

    Ainsi, quand le Vatican leva en 1963 l’interdiction de funérailles religieuses pour les suicidés, ce ne fut pas par laxisme disciplinaire ou relativisme moral. La connaissance psychologique avait progressé et permit de saisir que celui qui met fin à ses jours, ne rejette pas tant la vie offerte par Dieu, qu’il agit pour se libérer de douleurs intérieures insoutenables. Il en va de même pour les chrétiens divorcés-remariés ou homosexuels : aucun ne veut saper le sacrement du mariage, mais ils cherchent à confier leur parcours affectif à l’Esprit du Christ.

    Réaction révélatrice
    Les titres médiatiques, autant que le chœur des critiques, ignorent presque totalement la possibilité offerte par Fiducia supplicans de bénir les couples de divorcés-remariés ou polygames. Ce qui est salué comme un progrès par les uns et rejeté avec zèle par les autres, c’est la bénédiction des couples homosexuels. “Notre héritage culturel n’accepte pas les relations entre personnes de même sexe” (Zambie), car “l’homosexualité est une aliénation qui nuit gravement à l’humanité” (Cameroun).

    Clairement, l’homosexualité fait encore peur, car elle questionne notre intimité et menace une certaine bien-pensance patriarcale. Mais croire que l’Afrique soit pour autant immunisée de la présence d’homosexuels en son sein, ou que la «pratique homosexuelle» ait été introduite par les colonisateurs, est un mythe et un leurre.

    Pour l’heure, on peut douter de l’ouverture rapide de l’église africaine et on se demande quel impact aura la Fiducia supplicans sur la suite des choses et l’éventuel choix d’un successeur au pape François…

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