Mercredi, 24 avril 2024
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    Benoît McGinnis incarne Alan Turing, l’homosexuel qui a sauvé le monde

    En décembre dernier, Duceppe a fait salle comble en présentant l’adaptation théâtrale du roman N’essuie jamais de larmes sans gants, un incontournable de l’histoire et de la culture queer. À son tour, le Rideau Vert met en scène la vie d’Alan Turing, le mathématicien britannique qui a renversé le cours de la 2e Guerre mondiale, mais qui a été répudié pour son homosexualité. Jusqu’au 24 février, cette figure historique prendra les traits de Benoît McGinnis.

    À quel moment le nom d’Alan Turing a-t-il signifié quelque chose pour toi ?
    Benoît McGinnis : À la sortie du film The Imitation Game en 2014. Puis, quelques années plus tard, la productrice Lucie Rozon m’a proposé la pièce, après l’avoir vue à Paris. Peu à peu, je me suis rendu compte de l’importance du personnage. Il était tellement différent des autres qu’il s’est fait ramasser et tasser dans un coin toute sa vie. Non seulement il ne pouvait pas s’exprimer sur le fait qu’il avait trouvé les codes pour arrêter la guerre, mais en plus, il a été condamné en raison de son homosexualité. Il a choisi la castration chimique pour éviter la prison, parce qu’il voulait continuer de lire, d’écrire et de vivre librement. C’est un personnage fascinant à aborder.

    Devais-tu te détacher de ce que l’acteur Benedict Cumberbatch avait installé dans le film ?
    Benoît McGinnis : J’ai complètement mis sa performance de côté dans ma tête. Je n’ai même pas revu le long métrage durant les répétitions. Mon collègue Jean-Moïse Martin avait suggéré de regarder le film ensemble durant les Fêtes, mais je ne voulais pas le revoir et le trouver bon après avoir construit mon personnage. J’ai fait comme si c’était une création pour trouver ses couleurs avec le metteur en scène Sébastien David.

    Alan Turing est décrit comme un homme lunatique, socialement maladroit et obsédé par les détails. Comment traduis-tu cela dans ton interprétation ?
    Benoît McGinnis : Au niveau de la voix, je propose quelque chose de juvénile, sans être enfantin. On met de l’avant sa naïveté et sa franchise lorsqu’il affirmait être homosexuel et rencontrer des hommes. Il ne le cachait même pas à ses collègues. On lui a aussi donné un petit bégaiement. Quand je le joue, il n’est pas nécessairement à l’aise dans son corps, mais dans une scène de baiser avec un amant, on voulait aussi montrer qu’il était capable de faire ça, contrairement à certaines personnes qui n’arrivent pas à se rapprocher des gens. C’est intéressant de montrer qu’il a eu une vie sexuelle et amoureuse.

    Sur quels aspects le texte de Benoit Solès se concentre-t-il ?
    Benoît McGinnis : La pièce se passe à travers des flash-back, de ses études universitaires jusqu’à sa mort, entre 1938 et 1952. On commence à l’université quand il rencontre certains collègues qui l’amènent au bâtiment numéro 8 où il travaille sur la machine Enigma pour décrypter les codes allemands durant la guerre. On évoque ses rencontres avec des garçons le soir, dans les rues. On ne parle pratiquement pas du fait qu’il a été fiancé avec une fille, comme c’était le cas dans le film. La pièce montre également sa vision philosophique de la vie.

    On t’a vu jouer des rôles très exigeants comme dans Hamlet, Being at home with Claude, Hedwidg et le pouce en furie, Tableau final de l’amour, etc. Pourquoi les personnes qui donnent les rôles pensent-elles à toi pour les propositions de haute voltige ?
    Benoît McGinnis : Quand on en fait, on dirait que les gens nous en proposent d’autres. J’adore avoir des gros rôles avec beaucoup de matière à travailler. Je ne sais pas ce qui fait que je reçois ces propositions-là, mais je les accueille avec plaisir. J’adore fouiller pour trouver ma version d’un personnage. Et j’aime beaucoup être sur scène du début à la fin d’un show, comme c’est le cas de La machine de Turing.

    Que penses-tu de l’idée que les personnages queers devraient être joué.e.s par des,interprètes queers ?
    Benoît McGinnis : Je suis partagé. Je pense que ça doit être la personne avec le talent pour le faire. J’ai aussi le goût de dire que ce n’est pas obligé que ce soit une personne homosexuelle qui en joue une. Je crois qu’il faut laisser place à la composition. Si Patrick Hivon avait envie de jouer Alan Turing, il serait super, sans être obligé d’être gai. Cela dit, je comprends le débat et la nécessité de laisser la place à tout le monde. Donner le rôle à quelqu’un juste parce qu’il est queer, alors qu’un acteur hétéro pourrait être tellement plus prêt d’Alan Turing, je ne sais pas.

    INFOS | https://www.rideauvert.qc.ca/piece/la-machine-de-turing

    https://www.instagram.com/benoitmcginnis
     

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