Mercredi, 21 février 2024
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    Adam Déragon exister, tout simplement

    Adam Déragon est de genre fluide, mais iel est aussi bien plus que ça. À travers son contenu sur les réseaux sociaux, iel propose des vidéos à portée éducative, mais aussi du contenu sur sa vie, ses aspirations et sur le bien-être

    Adam a fait ses débuts dans l’univers numérique il y a six ans environ. À l’époque, iel et son amoureuse formaient l’un des rares couples queers ouvertement affichés sur Internet au Québec. Aujourd’hui, Adam est un·e professionnel·le en sexologie suivi·e principalement par les 18-25 ans autant de la communauté LGBTQ2IA+ que par des allié·es s’intéressant à son univers et son parcours trans.  Iel ne se décrit cependant pas comme un·e influenceur·euse, mais bien comme un·e créateur·trice. Optimiste quant à l’avenir des personnes fluides de genre, Adam voit en sa collaboration avec le programme MADE/NOUS une confirmation que son message mérite d’être entendu. Sur les réseaux sociaux de NOUS, iel analyse notamment les contenus de chez nous sous l’angle de la diversité de genre et de l’engagement social et politique.

    Certaines de tes vidéos ont une portée éducative. Vis-tu une certaine pression à devoir éduquer les gens ?
    ADAM DÉRAGON : Je pense qu’il y a plusieurs manières de parler d’un sujet, d’en faire la représentation et je pense que je me suis mis moins de pression quand je me suis dit que je peux aussi montrer qui je suis. Je peux vraiment montrer mon style de vie aussi et arrêter de tout le temps juste mettre la grosse étiquette de fluidité de genre sur mon front, parce que ça devenait un poids de performer.

    À un moment donné, j’étais tellement overwhelmed de tout, que j’avais arrêté de publier. J’avais commencé à publier bien plus comme ton ami [qui ne travaille pas sur les réseaux sociaux] fait, et ça a été une des années qui m’a le plus marqué, parce que c’est là où j’ai eu le plus de coming out de gens. Ils me disaient juste : « Le fait de te suivre me permet de me reconnaître puis de découvrir moi-même, mon propre parcours trans, ma propre non-binarité, fluidité de genre… » C’est là que, pour moi, ça a été vraiment un switch. Je me suis demandé : « Comment amener l’activisme en 2023, en 2024 ? »

    Comment t’es-tu senti.e après ta sélection comme ambassadeurice pour le programme MADE/NOUS ?
    ADAM DÉRAGON : J’étais tellement honoré. Ça a été, je pense, un des moments les plus marquants de 2023. Ça faisait longtemps que je faisais de la visualisation sur ma carrière. [Je cherchais à] avoir un signe à savoir si j’étais sur la bonne lignée. Je sentais intérieurement que je voulais faire de la création de contenu à plein temps, mais c’est tellement un milieu qui peut être instable dans la reconnaissance du métier, mais aussi par son éphémérité : dès qu’il y a quelqu’un de plus intéressant, on passe au prochain.

    Quand on m’a contactée pour le Fonds des médias du Canada, j’ai répondu au courriel en 15 minutes. [Être pris,] ça a été une belle confirmation que mon message mérite d’être
    entendu.

    Y a-t-il du contenu canadien où tu te sens représentée ?
    ADAM DÉRAGON : Peut-être pas au niveau de l’identité de genre, mais vraiment plus au niveau de l’orientation sexuelle : j’ai recommencé à écouter dans les dernières semaines Féminin/Féminin [de Chloé Robichaud], une série queer lesbienne. On dirait que ça m’a tellement ramené des souvenirs, parce que je l’avais écoutée quand c’était sorti, alors que j’étais ado/début adulte.

    Puis, là, je le réécoute avec des nouveaux yeux. Je vois toutes les avancées qu’on a faites. C’est une série qui a été tournée en 2014, mais ça me ramène une nostalgie de « ça fait longtemps que je suis queer ». On dirait que ça me fait un gros câlin. On a tellement évolué dans nos manières de faire des choses. Je pense que ça m’a vraiment fait du bien dans mon parcours queer en général.

    Est-ce que, de manière générale, tu te sens représenté dans la culture ?
    ADAM DÉRAGON : Non, mais, en même temps, je reste vraiment optimiste sur le fait que, dans quelques années, ça va être à notre tour. Juste de voir qu’il y a des gens qui s’abonnent à nous, c’est quand même une confirmation que le public est prêt. Le public souhaite s’intéresser à notre discours, à notre richesse de vision, puis juste aussi à la légèreté de ce qu’on peut amener — de pas tout le temps juste être le token, d’être la personne choisie pour représenter de quoi. Je pense vraiment que la représentation peut vraiment sauver des vies et changer des perspectives.

    Au Québec, les derniers mois ont été marqués par des tensions politiques et sociales concernant l’identité de genre et la transidentité. Comment t’es-tu sentie à travers ce climat ?
    ADAM DÉRAGON : Ça m’a tellement mis dans un état perplexe quand il y a eu [l’annonce du] Comité des sages. Je me suis posé à maintes reprises la question : « Est-ce que je me prononce ou non ? » En toute franchise, je n’avais pas l’énergie pour me prononcer. Il faut parfois guérir soi-même avant de porter le chapeau de la revendication.

    J’ai quand même entendu qu’un comité queer va être là [le Conseil LGBTQ du Comité des sages]. Mais, au final, ça reste que le pouvoir est dans les mains de personnes cis uniquement. C’est un climat alarmant, mais je vois quand même plein de personnes s’unir et dénoncer ça. Le combat ne se porte pas juste sur une personne, ça se porte sur une communauté, sur une société. Donc, sur le coup, ça m’a déstabilisé complètement, ça m’a fait sentir impuissant. Mais, si je ne continue pas d’exister, je leur laisse raison de continuer.

    Juste parfois exister, avoir une communication, un sourire avec des gens résistants.
    Ça peut changer des choses.

    INFOS | https://www.instagram.com/celebronsnous/
    https://www.tiktok.com/@made_nous

    NOTE DE LA RÉDACTION : Adam Déragon utilise le pronom iel et souhaite une alternance dans les accords/adjectifs.

    Cet article a été rendu possible grâce au soutien de NOUS | MADE

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