Samedi, 24 février 2024
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    Le ressac : attendre ou réagir

    On vit une époque formidable. On se félicite d’un côté de toutes les avancées sociales et législatives pour les personnes LGBGTQ+, mais d’un autre côté on ne construit pas de réponses voire de défenses collectives face à une montée anti-LGBTQ+ de plus en plus virulente et de mieux en mieux orchestrée.

    Sans oublier le manque de congruence de nos gouvernements qui ne cessent de rappeler qu’ils sont nos alliés. J’en veux pour preuve la récente nomination de Gabriel Attal comme premier ministre français ouvertement gai. Le président Emmanuel Macron n’a pas trouvé contradictoire de nommer à la tête du ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités, Catherine Vautrin, une élue qui s’est opposée au mariage de personnes de même sexe, allant jusqu’à participer à La Manif pour tous. De même, la nouvelle ministre de la Culture, Rachida Dati qui, lorsqu’elle était députée européenne, a voté contre un rapport qui encourageait les États membres à promouvoir l’accès à la PMA sans discrimination. La même Rachida Dati n’a jamais non plus défendu le mariage pour tous. Bref, un pas en avant, mais deux pas en arrière.
     
    Au Québec, le gouvernement alloue une somme conséquente pour les organismes LGBTQ+ et tout le monde s’en félicite, mais dans le même temps crée un « Comité des sages » sur les questions trans sans qu’aucune personne trans ne soit nommée sur ce comité ni même un.e spécialiste ayant l’expertise des réalités trans.

    Comprend qui peut ?
     
    Dans les deux cas de figure, on peut se demander si nos dirigeant.e.s ne tentent pas de façon maladroite de ménager la chèvre et le chou. Que ce soit en France ou au Québec, on tient à ménager un électorat conservateur, voire réactionnaire, en lui donnant quelques bonbons pour les rassurer. On crée ici un comité sur lequel les personnes trans n’ont pas voix au chapitre pour soi-disant des questions d’impartialité. En France, on fait appel à des ministres qui ont œuvré sous des gouvernements de droite et qui ne sont en aucun cas des allié.e.s des LGBTQ+. Des stratégies qui risquent de frapper un mur en ne contentant personne.
     
    Bien sûr, comme la ministre responsable du Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie, on se doit de s’inquiéter de la montée de discours et d’actes anti-LGBTQ+, mais encore faut-il y apporter des réponses claires. Entre autres, de rappeler ouvertement et fermement l’engagement de nombreux pays en faveur du respect et de la défense des droits de la personne. En clair, ne pas se contenter de susurrer à quel point ils nous aiment d’un côté, alors que de l’autre ils ne montrent pas d’empressement à nous défendre.
     
    Car pendant ce temps, si l’on regarde la situation internationale, il y a franchement de quoi s’inquiéter. Donald Trump reste majoritaire dans les sondages pour un second mandat à la Maison-Blanche. Et si l’on en croit le dernier rapport d’Amnistie internationale sur les droits des personnes LGBTQIA, l’année 2023 a été marquée par une flambée de lois discriminatoires dirigées contre les personnes LGBTQIA+ sur le continent africain. Et si on pousse la recherche un peu plus loin, on se rend compte que ce ne sont pas seulement les pays africains qui bafouent le droit des minorités sexuelles et de genre. De nombreux autres pays, et non des moindres, font une chasse aux sorcières. Il suffit de regarder la Russie. La Cour suprême a banni le mouvement LGBT qui a été qualifié d’extrémiste. Les LGBT, ce ne sont pas de pauvres homosexuels ou des lesbiennes contre qui, comme on nous dit, la Russie a décidé de se battre. C’est un projet bien organisé et planifié pour saper les sociétés traditionnelles de l’intérieur, aurait assuré sur Telegram le vice-président de la Douma, Piotr Tolstoï.
     
    En ce sens, le vice-président de la Douma énonce tout haut ce que de nombreux opposants aux LGBTQ pensent aujourd’hui. Notre présence et surtout notre visibilité dérangent au point d’avoir fait naître l’idée que tout cela participait à un plan beaucoup plus large et plus concerté qui serait une menace. Et pour revenir à notre petit coin, nombreux chroniqueurs et chroniqueuses pensent la même chose quand ils et elles s’expriment sur la question du genre ou encore s’en prennent à des expositions comme celle présentée à Québec, Unique en son genre.
     
    Il ne fait aucun doute qu’aussi bien la ministre responsable du Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie que les organismes communautaires sont vigilants face à ce ressac, mais plutôt que d’être dans une position attentiste, ne devraient-ils pas être plus proactifs et ne cesser de rappeler, sinon de marteler, que l’homophobie et la transphobie n’ont pas leur place au Québec comme ailleurs. 

    www.amnesty.ch

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