Mercredi, 19 juin 2024
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    Danser pour être entendu

    Pour Rafael Palacios, légende dans son pays, la Colombie, la danse est une manière de parler haut et fort. Le spectacle Detrás del sur : Danzas para Manuel, qui sera présenté en février à Montréal par Danse Danse, offre un dialogue puissant entre percussions, chants, rythmes africains, militantisme, danse urbaine et danse contemporaine.

    La Colombie est considérée comme la quatrième plus grande population afro-descendante de l’hémisphère occidental (après le Brésil, les États-Unis et Haïti). Et à Medellín, Rafael Palacios cherche à déconstruire les stéréotypes associés au corps noir. Avec sa compagnie Sankofa Danzafro, fondée il y a plus de 25 ans, il a permis à de nombreux Afro-Colombiens de retrouver leur dignité grâce au mouvement et à la danse.

    «Sankofa» signifie «retour aux racines». Plus qu’un mot, c’est une philosophie africaine qui propose une reconnaissance du passé afin de comprendre le présent et de conceptualiser un avenir meilleur.
    « La danse est un positionnement politique ancré dans le corps » déclarait d’ailleurs Rafael Palacios en entrevue, il y a 2 ans. « Nous dansons pour sauver nos vies. On danse pour créer du lien communautaire. Nous dansons pour créer une identité. Nous dansons pour raconter nos propres histoires. Il y a un flux incessant de sentiments, de témoignages, de récits des Noirs que je crois que le monde est en train de perdre et qu’il est urgent et important de les sauver. »

    À travers la mise en scène de danse afro-contemporaine, sa compagnie de danse, Sankofa Danzafro, cherche à démanteler les stéréotypes sur les Noirs qui empêchent d’apprécier la pluralité des afro-descendants et l’hétérogénéité de leurs identités sociales.

    Sankofa Danzafro – photo Marcela Gómez

    De même, Sankofa Danzafro réaffirme la valeur des résistances qui s’expriment sous forme de savoirs communautaires incarnés dans les danses traditionnelles et urbaines, qui constituent des mémoires collectives et créent des liens de réciprocité.

    D’une certaine manière, on peut dire que le travail de Sankofa Danzafro remet en question l’héritage de la colonialité qui affecte les Afro-Américains, disciplinant leurs corps, établissant des normes de beauté eurocentrique et sapant les spiritualités. Cela dit, les thèmes et les messages de Sankofa Danzafro sont à la fois universels et spécifiques. S’ils abordent l’existence des Afro-Colombiens, ils s’élèvent et parlent de la nature et du sens de cette existence. On n’y danse pas que pour divertir, mais pour survivre. On ne fait pas que séduire, on revendique plutôt une autonomie sur le corps. Le corps noir y apparait aussi complexe que pluriel. En ce sens, l’art, comme l’activisme, joue dans les spectacles de la compagnie Sankofa Danzafro un rôle important dans la préservation et la protection du droit de chacun à s’exprimer. Et c’est exactement ce que propose Detrás del sur : Danzas para Manuel, qui rend hommage à la fresque monumentale du grand écrivain Manuel Zapata Olivella intitulée Changó el Gran Putas, qui retrace la saga de la diaspora noire africaine au Nouveau Monde. Au confluent du passé et du présent, cette proposition forte et engagée se transforme en une expérience sensorielle totale.

    INFOS | Detrás del sur : Danzas para Manuel, par la compagnie Sankofa Danzafro
    Du 21 at 24 février à la Salle Maisonneuve de la Place des Arts, dans le cadre de Danse Danse.
    https://www.dansedanse.ca



    AUSSI EN FÉVRIER : Minuit quelque part

    Distillant le pouvoir rassembleur de la danse, Minuit quelque part est un voyage tout en mouvement où dix interprètes naviguent à travers huit tableaux imaginés par des chorégraphes québécois·e·s renommé·e·s qui rivalisent de virtuosité pour que le plaisir de bouger déborde de la scène: l’inimitable Marie Chouinard côtoie l’intime subversivité d’Anne Plamondon, l’athlétisme poignant de Kristen Céré, la physicalité enivrante d’Ismaël Mouaraki, la sensualité de Virginie Brunelle, la poésie de Lydia Bouchard et Merryn Kritzinger et la pétillance explosive de Charles-Alexis Desgagnés. Battant au rythme d’une musique électrisante, le spectacle redessine les différentes façons de vivre la nuit, partant à la rencontre de l’art, de la finesse, et de l’éblouissant. Il nous rappelle qu’il est toujours l’heure de danser et rêver, puisqu’il est toujours Minuit quelque part. Un intrigant équilibre entre danse contemporaine et culture populaire !

    Minuit quelque part – photo Sylvie-Ann Paré

    INFOS | Minuit quelque part
    Les 6 et 7 février à la Salle Maisonneuve de la Place des Arts, dans le cadre de Danse Danse.
    https://www.dansedanse.ca

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