Dimanche, 19 mai 2024
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    Entrevue avec Catherine Corsini pour le film Le Retour

    Catherine Corsini est dans le paysage cinématographique français — et international — depuis maintenant plus de 40 ans. À travers les décennies, la cinéaste s’est fait remarquer non seulement par le simple fait qu’elle est une femme — chose qui, jusqu’à tout récemment, était rare — mais aussi par les thèmes abordés, dont l’homosexualité. Elle remporte d’ailleurs, pour son film La Fracture, la Queer Palm en 2021.

    Elle a fait un retour au Festival de Cannes en 2023 avec son film Le Retour, qui a été présenté en novembre dernier au Festival Cinemania, à Montréal, un festival qui lui tient « vraiment vraiment à cœur », elle qui a été présidente de son jury en 2021, aux côtés de Rémy Girard. Entrevue.

    Quelle est l’histoire de Le Retour ?
    CATHERINE CORSINI : C’est le retour d’une mère qui a vécu en Corse et qui s’en est éloignée quand ses filles étaient très petites. À l’occasion d’un travail, elle va revenir en Corse, là où elle s’est mariée, là où son mari est mort. Ses filles vont découvrir un pan de leur vie et de leur histoire dont leur mère les avait écartées. C’est une histoire assez intime, une histoire de famille, une histoire sur l’identité aussi.

    Le Retour, c’est un film plus intimiste, presque secret, parce que c’est un film qui parle aussi de mon histoire. J’ai été éloigné de la Corse comme la jeune fille dans le film. Quand j’y suis revenue, j’ai découvert des choses qui m’ont bouleversée. Je pense que, ce film, je n’ai pu le faire que parce que j’ai eu tout ce parcours derrière moi.

    J’ai choisi de parler de l’homosexualité féminine et de parler de l’homosexualité d’une jeune fille noire parce que c’est très peu montré. Je voulais aussi montrer cette jeune génération pour qui choisir sa sexualité n’est plus un problème, comme ça a pu l’être à mon époque. Il y a si peu de films qui parlent de l’homosexualité féminine. De film en film [j’ai assumé] moi aussi mon homosexualité aux yeux de la profession. [En fait,] ma filmographie s’appuie presque sur mon [propre] engagement et ma [propre] manière de me outer.

    Et le regard du cinéma sur les femmes a aussi changé, non ?
    CATHERINE CORSINI : Je pense qu’on a souvent relégué les femmes dans des rôles absolument terribles, épouvantables, affreux. On s’est habitué à voir des femmes soumises, à voir des femmes battues, à voir des femmes violées par leur mari. On regardait ces films sans vraiment se rendre compte de ce qu’il se passait. Aujourd’hui, la jeune génération, elle nous ouvre les yeux. Moi, j’ai montré des films à ma nièce de 25 ans et elle m’a dit : « Mais, Catherine, tu te rends compte de ce qui se raconte dans ce film !? », et en revoyant le film je me suis dit : « C’est vrai qu’on était complètement aliénées au regard masculin. » Je pense que, par mon parcours, j’ai participé à [l’]évolution [des choses].

    Vous l’avez dit vous-même : Le Retour s’inspire de votre propre relation avec votre Corse natale. Ce retour aux sources a-t-il été une expérience agréable ou difficile pour vous ?
    CATHERINE CORSINI : Une expérience difficile. Je pense qu’il y a une culpabilité de ma part d’avoir abandonné cette place, d’avoir abandonné un père que j’ai beaucoup vénéré, idolâtré, alors que je ne le connaissais pas — il est mort quand j’avais deux ans, deux ans et demi. À mes 6-7 ans, ma mère m’a donné une malle dans laquelle il y avait beaucoup de recueils de ses poésies. Il y avait également beaucoup de listes de films qu’il s’apprêtait à voir ou qu’il voulait voir, des programmes de théâtre et de cinéma. J’ai donc compris que mon père voulait être acteur et metteur en scène, et que, finalement, j’ai suivi sa route par une espèce de transmission de filiation. Cette transmission a été quand même lourde. C’est comme si je voulais le faire revivre et c’est comme si, si j’échouais là-dedans, j’allais presque en mourir, il y avait quelque chose de très pesant et très fort pour moi.

    L’homosexualité est-elle encore difficile à assumer en Corse ?
    CATHERINE CORSINI : Je pense que c’est encore extrêmement difficile, extrêmement caché. D’ailleurs, on a [développé une] réputation quand on a commencé le film. Ça disait : « Ah bah, le film de Corsini ne cherche que des homosexuels et des Noirs ! », pour vous dire la façon dont on nous a stigmatisés tout de suite d’une manière complètement ridicule.

    Après, on va vous dire que, dans tel village, il y a un homme homosexuel qui vit là depuis des années, qu’il est très très bien accueilli et que tout le monde s’entend avec lui… Il y a toujours des exceptions, mais disons qu’il y a quand même, dans la culture corse, un certain machisme.

    Dans tous les cas, il y a cette virilité très forte. Je pense qu’aujourd’hui, être un jeune homme homosexuel ou une jeune fille homosexuelle, ça ne doit pas être simple — comme dans beaucoup d’endroits.

    INFOS | Sortie en salles le 10 mai
    https://axiafilms.com

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