La SDC

LES ENJEUX DU VILLAGE

Denis Brossard
Commentaires

Lorsqu’on lit les différents commentaires sur les médias sociaux, on a l’impression que la Société de développement commercial (SDC) du Village appartient à toute la communauté LGBT. Nous en tirons une certaine fierté, car cela démontre la vitalité de l’organisation et l’impact de nos choix sur l’ensemble de la communauté, ainsi que sur les résidents du quartier. La SDC du Village a toujours pris en compte les répercussions de ses choix sur les résidents et travaille à développer une vie de quartier. C’est un défi de taille, mais nous travaillons sans relâche pour donner au Village la place qui lui revient.

Aujourd’hui, il nous apparaît important de clarifier le mandat de la SDC du Village, ses objectifs, ainsi que ses limites. Les SDC (il y en a 16 à Montréal et 64 à Toronto) sont des regroupements de commerçants sur un territoire défini, en l’occurrence, la rue Ste-Catherine entre Berri et Cartier (incluant Place Dupuis et excluant le parc Émilie-Gamelin) ainsi que la rue Amherst entre Robin et René-Lévesque. Cet OBNL (organisme à but non lucratif) est constituée de près de 300 commerçants qui sont représentés par un Conseil d’administration élu en assemblée générale. Le C.A. est constitué de 8 représentants des commerçants et d’un représentant de l’Arrondissement Ville-Marie qui agissent à titre bénévole. Les commerçants qui y participent, le font parce qu’ils désirent s’impliquer en développant et favorisant la mise en valeur de leur quartier.

Une SDC n’a aucun pouvoir prévu dans sa loi constituante. En effet, la Loi sur les Cités et Villes qui prévoit le fonctionnement des SDC au Québec ne permet qu’un pouvoir de représentation aux SDC. Ce n’est qu’en présentant des projets audacieux et novateurs à nos partenaires et en faisant preuve de persévérance que nous avons établi un certain rapport de force basé sur notre crédibilité et notre ténacité. Cet entêtement du C.A. de la SDC a permis la création de différents projets, dont Aires Libres qui est le projet phare. Pour réaliser ces projets, il y a un bureau. Combien d’employés rémunérés au bureau de la SDC? Deux! Seulement 2 personnes (le directeur et son adjointe) pour convaincre, mettre en place, tisser des liens avec les élus, les fonctionnaires de l’arrondissement Ville-Marie et ceux de la ville centre, les multiples groupes communautaires (communauté LGBT, aide à l’itinérance et aux toxicomanes, résidents du quartier), les policiers des PDQ 21 et 22, le Service des Incendies, en plus de servir quotidiennement 300 commerçants, superviser la propreté du Village via une équipe de 6 à 8 balayeurs de rue (financés par une subvention annuelle de l’arrondissement Ville-Marie), développer différents projets, assister aux innombrables réunions concernant la sécurité, chercher des commanditaires qui ont permis, par Aires libres, de donner une visibilité internationale au Village, dont récemment un prix au « World Architecture News », tenu à Londres, dans la catégorie « Paysage » pour les Boules Roses.

La création de la SDC en 2005 fût le résultat d’une chaude lutte entre les partisans et les opposants à sa création qui a culminé en un référendum. Les opposants considérant que ce n’était qu’une autre taxe déguisée et les partisans y voyant un outil important de transformation et de prise en main pour le Village. On aurait pu croire que ce débat aurait servit à animer tout le Village. Et bien non! Parce que seul les commerçants (et non pas les propriétaires d’édifices commerciaux) sont représentés par la SDC et seul les commerçants pouvaient voter lors de ce référendum. Aujourd’hui encore, la SDC ne représente que ses membres commerçant.

• Est-ce que la SDC pouvait intervenir dans le dossier de la fermeture (temporaire) de Priape? Non.

• Est-ce que la SDC peut intervenir lorsqu’un commerçant ferme car son loyer est trop élevé? Non.

• Est-ce que la SDC peut empêcher la fermeture de tel restaurant ou telle boutique? Non.

• Est-ce que la SDC peut décider quel type de commerce s’installe dans le Village? Non.

La SDC peut créer un environnement propice à l’investissement. Voilà son mandat. Lorsque la SDC du Village a été créé le taux d’inoccupation des locaux commerciaux frôlait les 22%. Il se situe maintenant entre 6 et 8%.

Est-ce que des commerces vont fermer cet hiver? Fort probablement, comme à chaque année… C’est la loi du marché… Ce qui est important, c’est de voir à quel rythme les locaux se remplissent de nouveau. Pour nous comme pour vous, lorsqu’une institution comme Priape est menacée, nous en sommes très attristés mais nous ne pouvons qu’espérer une solution. Heureusement, Priape a traversé la tempête et est toujours parmi nous et nous lui souhaitons longue vie.

Cette SDC, que vous vous êtes appropriées, est confrontée à deux grands enjeux fondamentaux qui vont déterminer à long terme le succès de tous les efforts consentis par la SDC. Le premier enjeu est celui de l’absence de législation en ce qui a trait au contrôle des loyers commerciaux.

• Saviez-vous que 95% des commerçants du Village sont locataires?

• Saviez-vous qu’à la fin d’un bail le propriétaire peut décider d’augmenter unilatéralement le bail d’un commerçant qui était de 3 000$/mois à 10 000$/mois?
• Saviez-vous qu’à chaque hausse de taxes municipales les propriétaires d’édifices commerciaux peuvent transférer 100% de cette hausse aux commerçants locataires?

Il n’y a pas de Régie du Logement pour les baux commerciaux. Qui a les moyens de payer des loyers exorbitants? Les grandes chaînes. Il est important qu’une majorité de commerces soit occupés par des petits entrepreneurs qui possèdent leur commerce et qui participent au développement de leur quartier. C’est ce qui donne une couleur et une force à un quartier. Nous devrons, avec nos divers partenaires, trouver des façons de favoriser la venue de petits commerçants indépendants.

Le deuxième enjeu concerne la revente de drogue et les incivilités s’y rattachant, qui participent au sentiment fort désagréable de se sentir menacés particulièrement près du Métro Beaudry et du Parc de l’Espoir. La SDC a fait toutes les représentations possibles et inimaginables depuis sa création auprès des Services de Police et de l’Arrondissement Ville-Marie avec lequel, grâce à leur subvention annuelle, on a créé deux postes d’intervenants de rue (Jean-François et Cyrille), une première à Montréal gérée par une SDC. Malheureusement, notre statut de commerçants nous stigmatise auprès de certains groupes de soutien aux itinérants et aux toxicomanes…

Dans ce grand défi qu’est celui de la sécurité publique, il manque un acteur capital. VOUS!!! Vous, les résidents du quartier. Vous les membres de la communauté qui ont à cœur le Village et sa vie de quartier.

Un nouveau maire vient d’être élu et il serait essentiel que les citoyens du quartier se présentent aux Conseils d’Arrondissement mensuels (19 novembre, 10 décembre,..., à 18h30 (800 de Maisonneuve, rez-de-chaussée, Place Dupuis) et posent des questions directement au nouveau Maire. Votre pouvoir est bien plus grand que vous le pensez. Vous votez et vous habitez le quartier et votre voix doit se faire entendre ailleurs que sur les médias sociaux… Ça demande l’effort de s’organiser, de se déplacer et de prendre la parole. Notre préoccupation commune sur la situation dans le Village, et pour l’ensemble du centre-ville de Montréal, doit devenir une priorité pour la nouvelle administration municipale. Votre voix, la nôtre, et celle de la communauté LGBT doit s’exprimer haut et fort sans tomber dans la stigmatisation d’une population démunie. Notre capacité de s’unir comme communauté et de parler d’une seule et unique voix face à un problème aussi important que la sécurité dans notre quartier peut faire toute la différence pour trouver des solutions à cet enjeu.

Il faut concrétiser notre ras-le-bol collectif en sortant de l’espace virtuel et en s’impliquant dans la réalité. C’est là où on peut vraiment faire la différence et contribuer à améliorer notre vie de quartier.