Un gala « hors série »

Onze activistes honorés

André-Constantin Passiour
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La 10e édition du Gala Arc-en-ciel, le 19 octobre, au Théâtre Corona nous a donné de nombreuses surprises. C’est que, pour ce 10e Gala organisé sous l’égide du Conseil québécois LGBT (CQ-LGBT), on a tenu à rendre hommage à onze personnes qui se sont battues d’une manière ou d’une autre pour la reconnaissance des droits des lesbiennes, gais, bisexuels et transsexuels. Encore cette année, plusieurs personnalités du monde politique s’étaient déplacées pour l’occasion. Et le divertissement était aussi au rendez-vous puisqu’on n’a pas voulu faire les choses comme à l’habitude. D’ailleurs, on a eu l’impression, par moments, d’assister à un « talk-show », les récipiendaires étant invités sur l’estrade à répondre à quelques questions de l’animatrice Johanne Fontaine. Le tout a débuté par le « Cocktail VIP », séance au cours de laquelle on a dévoilé les heureux élus des « Bourses des partenaires », soit les bourses Dorais-Ryan et Heffernan-Greenbaum, remises respectivement à Jorge Flores Aranda et à Anne-Sophie Rivest.

Un autre temps fort du Cocktail VIP fut la remise des médailles de l’Assemblée nationale du Québec. Normalement, une seule personne par Gala reçoit une telle distinction. Cependant, encore pour marquer la 10e édition de l’événement, le député de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Daniel Breton, a récompensé le travail de trois personnes cette année : Karol O'Brien, du Centre de solidarité lesbienne (CSL), Julie-Maude Beauchesne, d’AlterHéros, et Alexis « Solange » Musanganya, le directeur général d'Arc-en-ciel d'Afrique.


Le Prix Iris-Média, quant à lui a été attribué cette année à Chloé Robichaud la jeune réalisatrice des courts métrages Au revoir Tomothy et Chef de meute, ce dernier étant en nomination au Festival de Cannes l’an passé. Elle cherche à financer une websérie pour le site Lez Spread The Word, sur le monde lesbien. Le Prix Iris-Média est chapeauté par l’auteur Luc-Alexandre Perron et par le journaliste et écrivain Denis-Martin Chabot.

Si le Grand Prix a été remis à Mariela Castro Espin, la fille du président cubain Raul Castro, pour sa lutte dans son pays en faveur des droits des personnes LGBT (voir autre article à ce sujet), tour à tour, onze militants et militantes se sont dirigés vers l’estrade afin de recevoir ces nouveaux Prix Honoris.


Irene Demczuk : sociologue, elle a œuvré, parmi tant d’autres luttes, au sein de la Coalition pour la reconnaissance des conjoints de même sexe, en 1998. Elle s’est vouée pour les droits des femmes et des lesbiennes en particulier.

Ross Higgins : docteur en anthropologie, professeur dans les universités McGill et UQAM, il a cofondé les Archives gaies du Québec pour préserver la mémoire de la communauté et permettre aux chercheurs de se pencher sur l’histoire de la communauté.

Mona Greenbaum : directrice de la Coalition des familles homoparentales, elle s’est battue pour la reconnaissance des conjoints de même sexe et de leurs enfants. Avec sa conjointe Nicole, elle fonde l’Association des mères lesbiennes la même année que la naissance de leur premier fils. Ce fut un moment cocasse de la soirée alors que Nicole est montée sur scène pour parler un peu de sa vie de famille et de la rencontre du couple. Puis, elles ont été rejointes par leur fils Leo qui a pris le micro : « Alors si je comprends bien, tu reçois un prix non pas parce que tu es une super maman, mais pour être une super lesbienne ! ». La salle a éclaté de rire en applaudissant…


Hugo Valiquette : il est le cofondateur du Réseau des jeunes allosexuels du Québec (REJAQ). Son dynamisme n’est pas étranger à la création de nombreuses initiatives jeunesse LGBT, dont celle du Néo, un organisme régional de Lanaudière.


René Lavoie : il est bien plus que le cofondateur du Festival de films Image + Nation. Dès le début de l’épidémie du sida, il s’engage dans le combat, en faveur de ceux qui en souffrent et pour la prévention. Il deviendra le directeur général d’Action Séro Zéro (maintenant RÉZO), de 1994 à 2002, puis coordonnateur de projet pour la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre lld sida (COCQ-Sida).


Claudine Metcalfe : journaliste à Fugues et rédactrice en chef de la défunte revue lesbienne Gazelle, elle sera de deux émissions de télé LGBT, Sortie Gaie et C’est comme ça, mais elle participera au comité sur la violence à l’égard des personnes LGBT en compagnie de Roger Le Clerc, Michael Hendricks et Douglas Buckley Couvrette. Elle est aussi la première candidate ouvertement lesbienne aux élections municipales de 1994. « C’était difficile de faire Sortie Gaie à l’époque, parce qu’il n’y avait pas beaucoup d’artistes qui voulaient y participer, ils avaient peur pour leur carrière et d’être clairement identifiés gais », a dit Claudine Metcalfe en réponse à une question de Johanne Fontaine.


Marie-Marcelle Godbout : il y a 30 ans, elle fonde l’Aide aux transsexuels et transsexuelles du Québec. Depuis, elle ne cesse de parler du transgenrisme, des difficultés de vivre et milite pour le changement de sexe. Elle soutien, conseille, aide et console quand il le faut. Elle a été l’invitée de nombreuses émissions de télé et de la radio ainsi que donné des entrevues à la presse écrite. Revenant en arrière, elle indique que « c’était une époque dure parce que c’était illégal d’être LGBT avant 1969, la police passait et ramassait les transsexuels parce qu’ils étaient associés aux gais et ils les amenaient en prison, donc c’est comme ça que ça se passait », soulignait Marie Marcelle Godbout qui notait que, heureusement, les choses ont changé parce que les gens se sont battus et continuent de le faire…

Line Chamberland : elle est aujourd’hui titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie à l’UQAM. Dès 1970, elle s’investit dans les groupes de lesbiennes féministes, dont le Réseau des lesbiennes du Québec. Cette docteure en sociologie s’impliquera à l’Institut de recherche et d’études féministes de l’UQAM et obtient un poste au département de sexologie de cette université. Elle a collaboré à titre bénévole à la revue Treize…


Diane Labelle : l’engagement de celle-ci remonte aux années 1970 alors qu’elle participe à un des premiers groupes LGBT à McGill. Diane et sa conjointe seront présentes sur les comités qui feront pression sur le gouvernement pour la reconnaissance des conjoints de même sexe. Elle se consacre à la formation et à l’information dans les communautés amérindiennes pour démystifier l’homosexualité, entre autres.

Viviane Namaste : chercheure et professeure à l’Université Concordia, elle est titulaire de la Chaire de recherche sur le VIH-sida et la santé sexuelle à l’Institut Simone de Beauvoir. Elle a effectué de nombreuses recherches sur le transgenrisme et la bisexualité ainsi que donner des conférences autant sur le plan local qu’international sur le VIH-sida en lien avec les minorités sexuelles. Son travail est reconnu mondialement.


Bill Ryan : voici un autre professeur qui enseigne à l’École de service social de McGill. Il est, entre autres, le fondateur de Projet 10, l’un des plus grands groupe de soutien venant en aide aux jeunes LGBT. Ce modèle a inspiré pas moins de 65 groupes du genre à travers le monde. Il a siégé sur plusieurs conseils d’administration de groupes, dont la Fondation Farha et RÉZO. La soirée s’est terminée justement lorsque Steve, le conjoint de Bill, est monté sur les planches pour chanter cette très belle ode à l’amour de Jean-Pierre Ferland, « Une chance qu’on s’a »… Un instant très émouvant…

Le jury des Prix Honoris était composé de Érik Bisson et Nathalie Di Palma, coprésidents, et Rolande Anctil, Nathalie Ricard, Julie-Maude Beauchesne, Denis-Daniel Boullé, Ken Monteith, Jacques Prince, Marie-Ève Baron, alors que Roger Noël agissait à titre de secrétaire du jury.



À souligner que cette année, le président d’honneur de ce gala n’était nul autre que le personnificateur féminin Michel Dorion. Sans jeu de mots, c’est tout à l’honneur du Conseil québécois LGBT que de reconnaître la contribution de personnes telles que Michel Dorion et d’autres drag queens et Steve Foster, le directeur général du CQ-LGBT s’est fait un plaisir de présenter Michel Dorion sous les applaudissements nourris du public…

Photos : Serge Blais

 
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Anciens commentaires

  • Je suis membre du CA de l'ATQ. J'ai remarqué dans la section de Marie-Marcelle Godbout, il y a quelques lacunes. Dans cet extrait:« elle fonde l’Aide aux transsexuels et transsexuelles du Québec.», depuis cet été, l'ATQ se nomme «Aide aux trans du Québec». Je sais que c'est nouveaux, mais pour la prochaine fois, pouvez-vous écrire ceci SVP. Et dans cet extrait:« Depuis, elle ne cesse de parler du transgenrisme, des difficultés de vivre et milite pour le changement de sexe.» Ce n'est pas le transgenrisme mais le transsexualisme, et le nouveau terme utilisé par l'ATQ est le transidentarisme, qui vient du mot transidentitaire et transidentité. Ce qui englobe les transsexuelles, les transgenre et les intersexes en enlevant la connotation «sexuelle» qui porte à confusion. Le terme « le changement de sexe » est remplacé par le changement de genre. Il a beaucoup de nouveaux mots et termes dans la transidentité et ce n'est pas toujours évident de s'y retrouver et de comprendre. Je vous invite à communiquer avec l'ATQ pour les connaitre, merci et bonne journée. Publié le 25/10/2013
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  • Je suis membre du CA de l'ATQ. J'ai remarqué dans la section de Marie-Marcelle Godbout, il y a quelques lacunes. Dans cet extrait:« elle fonde l’Aide aux transsexuels et transsexuelles du Québec.», depuis cet été, l'ATQ se nomme «Aide aux trans du Québec». Je sais que c'est nouveaux, mais pour la prochaine fois, pouvez-vous écrire ceci SVP. Et dans cet extrait:« Depuis, elle ne cesse de parler du transgenrisme, des difficultés de vivre et milite pour le changement de sexe.» Ce n'est pas le transgenrisme mais le transsexualisme, et le nouveau terme utilisé par l'ATQ est le transidentarisme, qui vient du mot transidentitaire et transidentité. Ce qui englobe les transsexuelles, les transgenre et les intersexes en enlevant la connotation «sexuelle» qui porte à confusion. Le terme « le changement de sexe » est remplacé par le changement de genre. Il a beaucoup de nouveaux mots et termes dans la transidentité et ce n'est pas toujours évident de s'y retrouver et de comprendre. Je vous invite à communiquer avec l'ATQ pour les connaitre, merci et bonne journée. Publié le 25/10/2013