Who’s Afraid of Vagina Wolf?

Original et hilarant

Julie Vaillancourt
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À l’image de son titre, le premier long-métrage de fiction de la réalisatrice Anna Margarita Albelo est original et hilarant. Si certains pourraient à priori s’y méprendre, puisque le titre semble évoquer un «porno lesbien», le film a tous les ingrédients d’une comédie romantique lesbienne indépendante américaine.

Dès les premières images, le ton est lancé : Ana célèbre ses 40 ans, avec ses amies lesbiennes, dans une maison privée de LA. La référence aux chic lesbiennes de l’émission L Word s’arrête ici. Anna, arbore un costume de vagin. Le vagin marchant qu’est cette femme, titube de par l’alcool et recueille, par le biais d’adresses à la caméra, les réflexions de ses amies lesbiennes sur leurs relations amoureuses. Anna (interprétée par la réalisatrice Anna Margarita Albelo), en cette journée de célébration de ses 40 ans, renouvelle ses résolutions; 1) réaliser un film, 2) perdre 20 livres et 3) se trouver une petite amie. Les prémisses de Who’s Afraid of Vagina Wolf ? sont lancées…



Le traitement du film est particulièrement intéressant au niveau de la mise en abîme, soit le tournage d’un film dans un film par la réalisatrice, elle-même actrice principale. Ceci donne lieu à une narration à la première personne, non pas lassante, mais à saveur humoristique. Ana décrit son parcours, souvent laborieux, mais toujours de façon cocasse. Une artiste, une femme atypique, voire une antihéroïne des plus sympathiques. Celle qui vit dans le garage d’une amie (au grand désarroi de celle-ci), prend la liberté d’y tourner son film, intitulé Who’s Afraid of Vagina Wolf ?



Le film d’Ana se veut une version «lesbienne» de la célèbre pièce de théâtre Who’s afraid of Virginia Wolf? adaptée au cinéma par Mike Nichols, en 1962, mettant en vedette Élisabeth Taylor et Richard Burton. La pièce (et le film) met en scène le couple formé de Georges et Martha, puis un couple d’amis hétéro venant prendre un verre à la maison. Blessures, excès verbaux et jeux cruels s’en suivent. Ainsi, dans Who’s Afraid of Vagina Wolf ? une transposition des rôles de la pièce originale aura lieu (tous les rôles sont interprétés par des femmes, même les rôles masculins); le jeu psychologique cruel de la pièce originale prendra la forme d’une improvisation «non mixte» ayant pour titre «faisons le procès de la vie d’Ana». Ainsi, Ana, qui réalise le film et qui y joue le rôle de Georges, verra ses torts exposés à l’écran, ironiquement, dans son propre film.



Le tournage du film deviendra vite un prétexte pour Ana, de séduire la belle Katia (Janina Gavankar, Papi dans la série The L Word), et ce, sous les yeux de sa séduisante camérawoman (Agnès Olech) qui a un œil sur Ana. Mais Ana saura-t-elle faire le bon choix? Saura-t-elle accomplir une de ses trois résolutions?

Gagnant du prix du public de la meilleure comédie au plus récent Festival international du film gai et lesbien de Philadelphie, Who’s Afraid of Vagina Wolf? offre des interprétations hilarantes et attachantes : Guinevere Turner (film lesbien Go Fish et The L Word) est particulièrement drôle, au même titre que Carrie Preston (Arlene Fowler dans la série True Blood). Si Who’s Afraid of Vagina Wolf ? est le premier long-métrage de fiction d’Anna Margarita Albelo, aussi journaliste et activiste, la réalisatrice américaine d’origine Cubaine, a jadis été primé pour ses courts métrages, notamment avec The Turky à la semaine de la critique du Festival de Cannes, en 2008. De plus, son long-métrage documentaire Hooters! fut récipiendaire du Centerpiece Award au Queer Black Cinema Film Festival de Harlem en 2010. De plus, Ana Margarita Albelo a réalisé, pour la chaine de télévision française Canal Plus, de nombreux documentaires sur la culture gaie et lesbienne de Cuba, Palm Spring et Los Angeles.