Rencontre avec les quatre principaux candidats à la mairie de Montréal

La grande séduction

Denis-Daniel Boullé
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Scandales, corruptions, collusions, les candidats aux municipales doivent montrer patte blanche pour convaincre que le ménage sera fait dans la gestion, sous leur gouverne, en misant entre autres sur la mise en place de contrôle et en jouant la carte de la transparence. Les quatre candidats principaux souhaitent vendre leur vision pour, sinon régler tous les problèmes, du moins s’attaquer aux grands irritants. Seules leurs gestions saines et les améliorations nécessaires dans tous les domaines pourront, selon eux, ramener la confiance des Montréalais dans l’administration municipale. D’habitude un peu moins de 40 % des électeurs se déplacent pour cette consultation, et parmi eux, l’abstention des plus jeunes est alarmante. Les différents scandales qui ont marqué l’administration Tremblay pourraient décourager une partie de la population montréalaise de se rendre aux urnes le 3 novembre prochain. De par la loi, le maire – ou la mairesse – de Montréal est automatiquement maire de l’arrondissement Ville-Marie, là où se trouve le Village, au cœur économique et touristique de la métropole. Pour beaucoup, cette attribution particulière d’un arrondissement constitue une aberration, puisqu’ils pensent que la res-ponsabilité d’une ville par le prochain maire fasse passer en second la gestion de l’arrondissement Ville-Marie, laissée entre les mains des conseillers de ville.

Rencontrés tour à tour, Richard Bergeron (Projet Montréal), Denis Coderre (Équipe Coderre), Mélanie Joly (Groupe Joly) et Marcel Côté (Coalition Montréal), nous ont tous dits que le quartier du Village et la population LGBT sont des atouts pour la ville et, pour certains, participent à l’essor du tourisme qui, comme le souligne Denis Coderre, en revient à l’excellent travail de Charles Lapointe de Tourisme Montréal.

Les quatre s’entendent pour confirmer qu’une fois élus le défilé de la Fierté, la fermeture de la rue Sainte-Catherine, ou encore l’aide à apporter pour améliorer l’esthétique de la rue, feront partie de leur programme. Et ils ont été sensibilisés lors des rencontres des différents acteurs de l’arrondissement, aux problématiques de l’itinérance, de la drogue et de la sécurité aux alentours de Berri-UQAM et sur la rue Sainte-Catherine. Car si les quatre sont unanimes pour constater la complexité du problème, aucun n’ose avancer une solution qui dans un court terme améliorerait la situation.

Unanimité aussi pour travailler avec l’ensemble des organismes communautaires sur le terrain qui ont l’expertise mais qui manqueraient de ressources pour instaurer des programmes à longs termes ou encore qui travailleraient dans leur coin sans partager et coordonner leurs actions pour mieux encadrer, aider, réinsérer ou assurer un suivi des itinérants.

Unanimité encore sur la nécessité d’avoir un portrait clair de l’itinérance, qui non seulement permettrait de chiffrer cette population et de chiffrer ceux qui relèvent d’une itinérance liée à des facteurs sociaux, à la drogue ou encore à des questions de santé mentale. Un nombre ressort : 6000 personnes dans le quartier centre-sud seraient sujet à l’itiné-rance contre seulement 500 places de disponibles dans les refuges. Les propositions de constructions de logements sociaux avec des loyers abordables apparaissent pour tous les candidats comme un premier pas pour sortir les gens de la rue, tablant sur des études qui démontreraient, qu’un toit serait la première étape pour retrouver un peu de dignité, une confiance en soi, et donc d’être sur le chemin de la réinsertion.

Itinérance, toxicomanie, santé mentale et sécurité

Aucune solution miracle n’est proposée. Entendre que ce sera à la population de vivre encore avec ces irritants. En fait, il faut s’inspirer de ce qui se fait dans les autres grandes villes d’une part, et d’autre part travailler avec les forces vives du milieu, et assurer une meilleure coordination de l’action avec les différents intervenants. Marcel Côté de Coalition Montréal qui avoue candidement d’avoir pris conscience de ce phénomène il y a quelques mois, « la solution passe par un meilleur suivi et accompagnement des personnes toxicomanes et souffrant de maladies mentales qui à l’occasion peuvent se montrer dangereuses pour les commerçants, les résidants et les passants. Une clinique psychiatrique ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, en lien avec le CHUM et les organismes permettaient de prévenir les dérives. De même pour les toxicomanes avec des centres d’injections supervisées (CIS), qui pourraient recevoir des seringues mais aussi un suivi de la part de spécialistes ». Mélanie Joly prévoit de nommer une personne à la mairie qui aurait un mandat de six mois pour d’une part évaluer la situation sur le terrain. «Au bout de six mois, elle nous présenterait les résultats et proposerait des solutions en ayant été voir ce qui se fait ailleurs. Calgary a fait de gros efforts pour lutter contre l’itinérance. On pourrait reprendre des initiatives. Par exemple, il est interdit de donner quoi que ce soit aux itinérants sinon des coupons pour un repas chaud dans un centre. Il y a une expertise à aller chercher ailleurs », affirme la jeune candidate. Denis Coderre, conscient de la difficulté de l’exercice souhaite « trouver des solutions curatives et durables ». Et il est prêt à secouer les différents paliers de gouvernement, pour financer des programmes qui seraient issus du communautaire. «La question des CIS est une question de santé publique et le ministre fédéral de la santé Tony Clement ne pourra pas niaiser longtemps suite à la décision de la Cour suprême qui ne s’oppose pas à ces centres». L’homme se fonde sur son expérience de ministre fédéral qui a œuvré pour le financement d’organismes travaillant auprès des itinérants. «C’est une question de dignité humaine, et la dignité humaine passe par le logement et le travail. Pour cela, je pense qu’il faut aussi travailler avec les grandes entreprises locales pour qu’elles-mêmes soient la solution du problème». Pour Richard Bergeron de Projet Montréal, la solution passe, entre autres, par le logement social en s’assurant de loyers abordables. « Il y a des tas de terrains à Montréal qui appartiennent ou au fédéral ou au provincial qui sont à l’abandon, il serait intéressant de construire des logements sociaux avec de petites unités où les itinérants pourraient enfin avoir un toit. Les refuges n’offrent pas un logement durable et le nombre de lits est nettement insuffisant par rapport aux nombres d’itinérants ». Mais le candidat de Projet Montréal souhaite avant tout des statistiques. « Les chiffres que nous avons datent du milieu des années quatre-vingt-dix. Aujourd’hui certains pensent que le nombre d’itinérants à décupler, moi qui vit dans le quartier depuis toujours, je vois bien une augmentation mais pas un déferlement comme on pourrait le croire. Mais, c’est vrai aussi que les problématiques des itinérants sont différentes, entre les toxicomanes ou ceux qui souffrent maladies mentales, il faut intervenir spécifiquement en fonction des problématiques rencontrés ». Enfin le candidat souhaite s’il est élu maire, et donc en tant que président de la Communauté métropolitaine de Montréal, sensibiliser les élus de la rive nord et de la rive sud de la nécessité de collaborer. « Il faut que chaque municipalité prenne ses responsabilités pour que l’arrondissement ne soit pas le point de chutes de toutes les personnes ayant des problèmes d’itinérance. On parle d’instaurer trois centres d’injections supervisées, il ne faut pas qu’ils soient tous dans l’arrondissement pour multiplier l’arrivée de toxicomanes ». Position qui s’éloigne de celle de Marcel Côté qui fait une autre analyse. « L’attrait du centre d’une grande ville restera toujours pour ceux qui sont en ruptures sociales car ils bénéficient de l’anonymat. De se diriger vers une grande ville fait partie de la problématique. À quoi bon ouvrir un CIS dans une ville ou un quartier où les toxicomanes n’iront pas ». Et il faut aller là où ils sont, d’où la suggestion de Mélanie Joly de penser peut-être à «un CIS mobile comme on le fait pour les popotes roulantes ».

Les quatre candidats soulignent l’excellent travail de la police dans le quartier, même s’ils reconnaissent qu’il y a encore des améliorations à apporter dans le réseautage, la collaboration avec les organismes communautaires, et les hôpitaux dans la réduction des méfaits. Denis Coderre souhaite créer une agence municipale qui permettrait une action plus concertée des différents intervenants. «Cette agence n’aurait pas comme seul objectif la sécurité et la répression, mais le développement d’un partenariat social pour sortir les gens de la rue». Plus pragmatique ou moins confiant dans le travail de l’administration, Marcel Côté souhaite créer une Fondation issue d’une grande famille montréalaise à l’image de la Fondation Chagnon, qui chapeauterait la coordination des différentes actions communautaires et de santé publique, et dont une des grandes missions serait la levée de fonds destinés aux organismes communautaires et à des programmes de réinsertion. «Si la Fondation pouvait assurer un financement de base de 2 millions de dollars par année, cela changerait beaucoup de choses sur le terrain, auxquels s’ajouteraient le financement de programmes soutenus par le Provincial et le Fédéral. Mais je ne crois pas que la solution de l’itinérance passe par les gouvernements. La solution passe par le milieu, c’est-à-dire tous les acteurs de l’arrondissement », conclue le chef de Coalition Montréal.
« Mais Montréal manque d’argent », souligne Mélanie Joly, «c’est pour cela que si j’étais élue, je demanderai au ministre de la métropole que Montréal bénéficie d’un statut particulier et que 0,5% de la TVQ générée par la métropole soit reversée à la ville soit environ 300 millions supplémentaires. On serait moins soumis au financement par les taxes foncières ». Plus spécifiquement sur l’itinérance, la candidate a aussi avancé une autre proposition qui selon elle devrait faire son chemin. «Avec le scandale de la corruption, beaucoup de firmes d’ingénierie ne peuvent plus se porter candidates pour les contrats. Je propose une amnistie totale. En échange les firmes rembourseraient toutes les sommes perçues illégalement. Ces sommes récupérées seraient utilisées pour venir en aide aux organismes communautaires qui s’occupent des itinérants. Après tout ces sommes ont été volées aux Montréalais et ce serait bien que ce soit la communauté montréalaise qui en bénéficie ».


Transports et 375e anniversaire de la ville de Montréal

Impossible de dissocier les transports en commun du 375e anniversaire de la ville pour les candidats même si Richard Bergeron se distingue des autres. Il maintient le fait que les autres candidats ne connaissent pas leur dossier et que le Tramway serait beaucoup moins cher que ce qu’ils essaient de faire croire. « Et je ne comprends pas d’ailleurs pourquoi au Québec au Canada, tous les travaux de grandes envergures coûtent toujours cinq fois plus chers qu’ailleurs. On parle de cinq milliards de dollars pour le pont Champlain alors que le récent viaduc de Millau, chef d’œuvre de technologie et plus important que le pont Champlain, a coûté un peu plus d’un milliard de dollairs. Même le pont de la Confédération n’a pas coûté autant ». L’urbaniste de formation maintient que le tramway résoudrait une grande partie des problèmes de transport. Le non est unanime de la part de ses opposants. « Richard Bergeron oublie que nous sommes dans un pays nordique et que cela nécessite de creuser plus profondément pour assurer une bonne stabilité des rails », réplique Denis Coderre. Mais c’est le manque de flexibilité du tramway qui rallie les opposants. « En dehors du coût, le tramway est prisonnier de ces rails, et on ne peut pas lui demander de changer de parcours en cas de congestions », explique Marcel Côté. Il se rallie à Mélanie Joly qui souhaite installer un Service Rapide de Bus (SRB) dont l’utilisation par les Montréalais serait simplifiée. Le SRB bénéficierait de voies réservées et de certaines exclusives, d’abris plus grands chauffés et climatisés et qui relieraient ainsi l’est et l’ouest de la ville en n’oubliant pas le centre ville. « On pourrait aussi voir à des rues réservées aux autobus et à la circulation locale », conclue Marcel Côté. Et surtout, pour Denis Coderre, que chaque arrondissement réfléchisse à un meilleur aménagement de la circulation qui tienne compte des piétons, des vélos, des autos et des transports collectifs, le fameux Cocktail de son programme. « Et goûtez à mon cocktail, et vous verrez qu’il est bon ! » conclue-t-il dans un grand éclat de rire.

À travers le transport collectif amélioré, performant, écologique, les candidats pensent qu’ils pourront aussi rendre attractif la ville pour y vivre et donc endiguer l’immigration vers les banlieues. De plus, ce serait une belle vitrine pour attirer les visiteurs pour les événements entourant le 375e anniversaire de Montréal en 2017. Une meilleure mobilité des Montréalais permettraient le développement de vie de quartiers, un embellissement de fait de secteurs oubliés, et donnerait une signature permanente à Montréal comme ville écologique, ou encore comme le souhaite Mélanie Joly, comme une des meilleures villes au monde en termes de qualité de vie, d’espaces verts et de réduction des gaz à effet de serre. D’où l’idée de la candidate entre autres de piétonniser la rue Sainte-Catherine, d’Atwater jusqu’à Papineau. « J’ai parlé avec de nombreux commerçants de la rue, et il voit ce projet d’un bon œil à condition qu’il y ait des aménagements sur les heures d’ouverture pour que les gens restent le soir dans le centre ville ». « L’idée n’est pas mauvaise », avance Denis Coderre « à condition de le faire en partenariat avec tous les acteurs concernés. Il faut se rappeler qu’une rue piétonnière, c’est bien l’été mais l’hiver ? À moins de trouver des activités qui permettent que la rue reste vivante même au mois de janvier ». Même son de cloche de la part de Marcel Côté. Les rues piétionnières sont une bonne chose à condition de s’assurer que la circulation des autos n’en pâtira pas et de régler aussi l’approvisionnement des magasins.

Faire rêver sur Montréal

Mise en valeur du patrimoine culturel de la ville, embellissement des arrondissements, abribus qui pourraient devenir des musées virtuels, les propositions ne manquent pas. Et même dans le rôle plus prépondérant de l’administration municipale dans l’aménagement urbain de la ville. Les candidats souhaitent aussi un changement radical dans la planification des chantiers pour en réduire l’impact sur la population et sur la circulation, ne souhaitant pas que se reproduisele scandale de la rue Saint-Laurent, d’autant que l’aqueduc doit être remplacé sur la rue Sainte-Catherine d’Atwater à Papineau. En matière de lutte contre la corruption, la collusion et une plus saine gestion des finances de la ville, Richard Bergeron et Mélanie Joly promettent de mettre en place des mécanismes efficients de contrôle et prônent la transparence en rendant public tous les comptes. Pour Denis Coderre, il n’y a pas de réponse, « Il ne faut pas s’attarder sur ces questions et se mettent au travail le plus vite possible ». Quant à Marcel Côté, le candidat est plus fataliste. « C’est désolant tous ces scandales, et ça n’incite pas les Montréalais à aller voter, surtout les jeunes, mais entre nous, des scandales, il y en a toujours eu, et il y en aura encore. Montréal n’est pas la seule. Toutes les grandes métropoles au monde doivent vivre avec les scandales. Aucune ville n’est à l’abri ».